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Tunisia
Elections législatives en Tunisie : Quel sera l’avenir du pays proche du déficit financier ?
2022-12-14
Le 17 décembre, des élections législatives auront lieu pour mettre en place le nouveau Parlement, suite à l’approbation de la nouvelle charte constitutionnelle. Mais le pays traverse une grave crise économique et sociale. Sera-t-il en mesure de faire face à cette crise, étant donné que ses institutions ont été fragilisées après que le Président se soit emparé de nombreux pouvoirs suite à la dissolution du Parlement il y a plus d'un an.
Crédit : Chadly Ben Ibrahim
Le 17 décembre, jour de l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, ne restera pas seulement dans les mémoires comme un jour marqué par le geste extrême du jeune homme, geste à l’origine de la vague de manifestations connues sous le nom de « Printemps Arabe » (Thawrat al-Karama en dialecte tunisien). Cette année, cette date est aussi celle de la tenue des premières élections législatives depuis le référendum du mois de juillet 2022, qui a vu l'approbation de la nouvelle Constitution hyper-présidentialiste voulue par le président Kais Saied.
En même temps, une nouvelle loi électorale a été préparée, avec la mise en place du scrutin majoritaire uninominal à deux tours, qui a pour effet d’annuler les partis et de donner plus de pouvoirs aux candidats individuels qui se présenteront avec leurs propres programmes, désengagés des partis traditionnels, partis qui se sont opposés à ce nouveau système !
La Tunisie fait face à une campagne électorale terne, peut-être parce que l’attention des Tunisiens semble s’être déplacée vers la Coupe du monde de football et que les préoccupations sont à la survie dans un contexte de crise économique. Mais ce n’est pas seulement la Coupe du monde qui détourne les Tunisiens des affaires politiques : malheureusement, ce qui prévaut, c’est une attitude de méfiance et de résignation à l’égard des politiciens incapables de diriger le pays qui traverse une grave crise économique.
Surtout il n'y a pas de débat public : il n'y a pas de débats télévisés, aucun sondage n’a été publié et certains des candidats en lice sont des quasi-inconnus. A tout cela s’ajoute une profonde crise économique qui pourrait faire glisser la Tunisie vers un scénario à la libanaise.
Si, en effet, au début, le démantèlement du Parlement et du Conseil supérieur de la magistrature par le Président Saïed, avait été perçu favorablement par une partie de la population qui voyait dans ce geste-là la volonté d'éradiquer la corruption endémique, même dans les plus hautes sphères institutionnelles. Néanmoins, quelques mois après peu ou voire quasiment rien n'a été fait, et le pays semble de plus en plus s'enfoncer dans la crise.
La pandémie du Covid, suivie de l'agression russe contre l'Ukraine a laissé les Tunisiens presque sans nourriture : le pain, la farine, le sucre, le riz sont rationnés et de longues files d'attente sont dorénavant fréquentes devant les pharmacies et les pompes à essence. L’inflation est vertigineuse, le taux d’endettement du pays a dépassé les 100% et dans les caisses de l’État, il y a peu de devises pour les importations.
Le Fonds monétaire international (FMI) a proposé un prêt de 1,9 milliard d’euros en plusieurs tranches à la Tunisie, à condition qu’elle fasse des réformes structurelles, ce qui signifie essentiellement des privatisations dans différents domaines que le très puissant syndicat UGTT a déjà renvoyé à l’expéditeur et tout en se mettant sur le pied de guerre.
Alors que les oppositions boycottent ces élections perçues comme une « farce » et que les jeunes Tunisiens - dans des proportions jamais vues jusque là - quittent le pays illégalement (les dénommés « harraga ») pour rejoindre les côtes italiennes et le sol européen, des questions se posent. Dans un contexte si explosif, le Président Saïed sera-t-il capable de gérer la situation socio-économique du pays. Un Parlement vidé de ses pouvoirs peut-il vraiment permettre une meilleure gestion des affaires publiques ?
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