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Tunisia
Exploralis au secours des trésors cachés de la rivière Medjerda en Tunisie
2022-05-28
Grâce à un inventaire de la zone humide de Béchouk, à l’embouchure du barrage Sidi Salem, au cœur de la Medjerda, la rivière la plus emblématique de Tunisie, livre ses secrets. Un travail de longue haleine réalisé par l’association Exploralis.
Fauvette babillarde © Ridha Ouni
Les voyages, l’aventure, l’exploration de territoires méconnus, voire secrets, font partie des inclinations de toujours de cet ingénieur en génie biologique qu’est Arafat Ben Marzou. Et même si ce jeune homme de trente ans et quelques poussières s’est également frotté au monde des télécommunications, des industries pharmaceutiques et de l’informatique, un fil rouge réunit tous ses centres d’intérêt : la passion immodérée de l’écologie.
Car y compris lorsqu’il parcourt, à pied, fin 2010, 20 000 kilomètres à travers le grand désert pour atteindre l’Afrique du Sud, ou encore lorsqu’il part à vélo, quelques mois plus tard, en Asie, sur la route de la Soie -expérience, dont il tirera un livre-, la beauté du monde, reste sa première préoccupation. Sa constante fascination.
En 2014, il co-fonde avec Ridha Ouni, expert dans le domaine de l’environnement, l’Association Exploralis.
Tout a commencé avec une envie de promouvoir la nature et la beauté de l’écosystème tunisien. Avec le temps, notre démarche a pris une voie plus technique, notamment avec le projet Med’Ex ou encore Medjerda Expédition à travers ses deux phases 1 et 2, explique Arafat Ben Marzou.
Portrait Arafet Ben Marzou.
370 km en canoë-kayak
Le projet Med’Ex, qui s’intéresse à la conservation de l’un des écosystèmes humides les plus riches et complexes de la Tunisie est né d’une action ludique : la traversée des 370 km de la rivière emblématique de la Tunisie en canoë-kayak. Une rivière, qui constitue le principal fournisseur d’eau potable pour les Tunisiens et une des principales sources d’arrosage de leurs terres agricoles. Une rivière méconnue malgré sa récurrence dans les livres de géographie destinés aux écoliers et aux lycéens tunisiens. A
vec son compagnon de route Ridha Ouni, ils embarquent en avril 2014 dans cette expédition scientifique, écologique et culturelle, qui durera un mois, démarrant à Ghar El Diwan, sur les frontières algériennes, et prenant fin à Ghar El Melh, en Tunisie, sur les rives de la Méditerranée où se jette l’oued.
Au cours de cette traversée, nous avons découvert un site d’une beauté inouïe, un endroit plus ou moins préservé situé aux environs de la ville de Béja. Il s’agit de la zone humide de Béchouk, se rappelle Arafat.
En fait la construction du barrage Sidi Salem en 1982, au cœur de la Medjerda, a créé non seulement un lac artificiel, mais a laissé également apparaître, au fil des années, une zone humide stable, qui s’étend sur plus de 600 hectares. Cette zone, en relation étroite avec la dynamique écologique de la Medjerda, est devenue un sanctuaire pour une biodiversité exceptionnelle.
Ce site, qui va retenir l’attention d’Exploralis et sera l’objet dès 2016 d’une étude approfondie, à l’issue de laquelle les militants de l’ONG appelleront à la mise en place d’une réserve naturelle dans cette zone. L’Inventaire de la biodiversité de la Medjerda1 qu’ils publient en 2022 à l’issue de cinq ans de travail sur la faune et la flore de la rivière, le guide zoologique Med’Ex 22 également édité en 2022, ainsi qu’une exposition organisée le mois de février dernier à Tunis, et le film documentaire réalisé par Arafat Ben Marzou sur le projet sont les outils mis au point par Exploralis comme plaidoyer de leurs ambitions.
Zone humide Yagouma - Medjerda © Arafet Ben Marzou
Une dynamique d’intérêt collectif
L’inventaire, qui a demandé la mise en place d’une équipe de vingt experts tunisiens dans divers secteurs scientifiques, a été soutenu par le programme PPI-OSCAN, « Programme des Petites Initiatives pour les Organisations de la Société Civile d’Afrique du Nord » sous l’égide du Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN-Med), et avec un Financement conjoint de la fondation MAVA et du Fonds Français pour l’environnement Mondial (FFEM).
Toutes ces ONG internationales ont été séduites par la pertinence du projet d’Arafat Ben Marzou et de ses amis, en particulier par : « La dimension pédagogique et artistique qui représente un volet essentiel de notre démarche », insiste le coprésident d’Exploralis. Les partenariats noués avec d’autres associations pour élargir le rayon du plaidoyer ont également interpellé les bailleurs de fonds. Si des institutions universitaires ont adhéré au projet, la société civile tunisienne y a pris elle aussi une part active, notamment des ONG comme La Vie Sauvage et Hedge Grow.
Nous avons créé une dynamique d’intérêt collectif pour la zone humide de la Medjerda, constate Arafat Ben Marzou.
Car c’est bien la première fois en Tunisie que la Medjerda est fouillée de fond en comble, avec une focalisation sur cette zone humide à l’embouchure de la retenue du Barrage Sidi Salem. Les zones humides, espaces de transition entre la terre et l’eau, constituent un patrimoine naturel unique en raison de leur richesse biologique et de leurs services écosystémiques, et sont protégées par des conventions internationales. Les équipes d’Exploralis y ont découvert et étudié 187 espèces d’oiseaux, 28 espèces de mammifères, 16 espèces de reptiles, 5 espèces d’amphibiens et plus de 400 espèces d’invertébrés.
Chouette chevêche © Ridha Ouni
Toutes les possibilités d’une réserve
Comme le démontre l’Inventaire de la biodiversité de la Medjerda, l’intérêt général pour les zones humides a changé au fil des années dans le monde. Elles ne sont plus considérées : « comme des terres marginales et une source de nuisance mais plutôt en tant que composantes du patrimoine naturel d’une importance environnementale et socioéconomique inestimable », constate l’étude. C’est dans ce cadre-là qu’Exploralis défend l’idée du grand potentiel dont dispose la zone humide de Béchouk, appelée à devenir un site reconnu au niveau national et international en raison de sa biodiversité exceptionnelle.
Or le site est menacé par l’expansion urbaine et les fouilles archéologiques anarchiques sur ses rivages, la rivière, elle, est souillée par les rejets industriels de l’oued Béja. Le classer permet à la fois de le protéger et de le valoriser. Le transformer en réserve naturelle peut générer, de manière encadrée, selon Arafat Ben Marzou, plusieurs réponses et possibilités :
Un parcours pour l’observation des oiseaux, un circuit de tourisme scientifique et d’aventure, un écomusée. En 2015, j’ai visité une cinquantaines de parcs écologiques aux Etats Unis. Ces endroits offrent trois dimensions, une zone de récréation accessible au public, une autre ouverte uniquement aux scientifique et la troisième préservée de tous.
Ce système écologique bourdonnant de vie situé à près de 150 km de la capitale mérite aujourd’hui que les autorités s’y intéressent sérieusement.
Article produit dans le cadre du partenariat éditorial entre Babelmed et Bridging the sea, revue des sociétés civiles méditerranéennes (Med Dialogue for Rights and Equality, programme de l'Union européenne).
1 « Inventaire de la biodiversité de la Medjerda. A l’embouchure du Barrage Sidi Salem. Tunisie, Béja, 2016-2021 », chef de projet : Arafar Ben Marzou, directeur scientifique : Ridha Ouni et assistant scientifique : Zakher Bouragaoui, 119 pages.
2 Guide zoologique. Richesse faunique de la Medjerda. Exploralis, Edition 2022, 274 pages.
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