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Algérie. Association Sidra

2022-05-27

L’association Sidra intervient au niveau régional en tant que membre actif de la fondation Anna Lindh dans le domaine de l’éducation à la citoyenneté inter-culturelle, de la participation des jeunes dans le développement local et des techniques de débat à travers le "Young Arab Voices".

Algérie. Association Sidra | Babelmed

« Nous manquons de moyens pour travailler dans la durée »

 

En dépit des effets de la pandémie de la COVID-19,  les animateurs  de l’association tentent de maintenir le contact avec leur réseau.  Meriem Chikirou, secrétaire générale de Sidra précise :

« Nous n’avons pas de projet bilatéral actuellement mais nous rencontrons souvent des associations de la rive nord de la Méditerranée, en France par exemple, et au sud en Tunisie et au Maroc pour échanger parce que nous appartenons aussi au PCPA Jossour 1. Recémment j’étais en Jordanie pour le projet Salam, un projet MENA pour la rive sud. »

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L’association SIDRA depuis sa création en 2011, a réussi à se distinguer des autres organisations civiles algériennes par son dynamisme sur les questions de citoyenneté, sa capacité à fédérer les compétences locales et à nouer des partenariats dans la région méditerranéenne.

 

Elle a pris à bras le corps sa mission de promotion de la citoyenneté active des jeunes à travers des projets innovants dans l’éducation, la solidarité et le développement durable se tenant loin des querelles politiciennes. Portée par des jeunes, SIDRA a à son actif plusieurs distinctions. En 2013 elle est labellisée par l'UNESCO et en 2015 elle devient ambassadrice en Algérie de l’évènement mondial EarthHour.

 

L’association travaille avec plusieurs bailleurs et partenaires nationaux et internationaux comme les départements ministériels, les collectivités locales, des ambassades et agences de coopération, l’Union Européenne, l’agence ONU, ainsi que des entreprises algériennes étrangères. En 2020 elle est sélectionnée par l’UNESCO  pour sa campagne de consultation auprès de la jeunesse de la région face aux défis de la pandémie du COVID-192. Elle est aussi recensée dans la publication Bridging the Sea. Meriem Chikirou explique que son organisation privilégie le partenariat avec tous ceux qui sont prêts à s’y engager :

Nous avons toujours essayé de travailler en partenariat avec les pouvoirs publics dans la transparence pour les allier et les associer à nos actions. Nous n’avons pas de problème particulier avec eux mais nous n’avons pas non plus de soutien clair de leur part. En dehors d’un projet avec le ministère de l’énergie, nous n’avons pas d’appui financier ni de subventions de l’Etat.

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Impliquer la société civile

 

La mission principale de l’association est de promouvoir la citoyenneté active des jeunes à travers des projets de service communautaire. Par des manifestations à travers le pays, elle renforce les capacités de dizaines organisations sur plusieurs thématiques relatives à la gestion associative, la communication et le plaidoyer.

 

Sidra a ainsi organisé un atelier sur « La mobilisation et l’organisation de la société civile face aux risques liés aux incendies » au profit de plusieurs associations de la région de Kabylie très engagées dans la lutte contre les incendies de l’été 2021, et dans l’aide aux populations sinistrées. Ce projet a été réalisé grâce à un partenariat que Sidra à initier avec une entreprise algérienne et une marque internationale de luxe. Meriem Chikirou se félicite de l’engagement des jeunes dans les actions de solidarité grâce à la communication soutenue sur les réseaux sociaux.

 

Un méga projet Ecodzair

 

La capacité de l’association à  « monter » des partenariats s’est particulièrement révélée avec le projet EcoDzair lancé en 2018 à Alger, entre la wilaya (préfecture) d’Alger, le ministère de l'Environnement et des énergies renouvelables, de la Coopération technique belge (CTB), et de dix associations actives dans ce domaine. Le projet "Ecodzair" qui bénéficie d'un budget de 2 millions de dinars, dont un apport européen de 15.000 euros, a pour objectif d'associer la société civile dans les questions liées à l'environnement et la protection de l'espace au niveau de la capitale, et d’éradiquer les décharges publiques qui enlaidissent la Alger. 

 

Ecodzair permettra aux associations de bénéficier d'ateliers pour le renforcement des capacités existantes dans le domaine environnemental et aussi pour améliorer la couverture médiatique des questions liées à l’environnement. Des dirigeants de Sidra ont relayé le contenu de ce programmes dans des émissions de radios locales et sur les réseaux sociaux. Le constat sur la question de l’environnement en Algérie que fait Meriem Chikirou est cependant contrasté :

Bien que nos concitoyen.ne.s prennent de plus en plus conscience des défis de la cause environnementale, cela n’est pas suffisant parce qu’il faut la conjonction de plusieurs facteurs pour changer les choses. le secteur associatif a lui seul ne peut faire face et sensibiliser. Il faudrait une volonté politique, il faudrait que tous les acteur s’y mettent. Si nous n’avons pas de financements des bailleurs de fonds, de l’Etat ou des entreprises, le travail des associations se résumera à nettoyer des plages ou des forêts. Organiser des conférence, diffuser des spots, former, nécessite des moyens pour avoir un plus grand impact.On continue malgré tout car nous avons pris conscience que le travail sur l’environnement durable est plus important pour notre devenir commun que les gestes de solidarité ponctuelle.

Earth Hour et SHAREK

 

Cette année encore Sidra a organisé, en collaboration avec des entreprises et des agences étatiques, l’évènement mondial « Earth Hour » (extinction symbolique des lumières pendant une heure afin de sensibiliser à la valeur de l'énergie électrique consommée quotidiennement). Dans ce cadre, des actions de sensibilisation à l’écocitoyenneté, à l’économie de l’énergie et au réchauffement climatique ont été programmées dans plusieurs villes.

 

Le programme SHAREK est un programme national de développement de la jeunesse algérienne initié par l’association SIDRA. Lancé en 2017, le programme renforce les organisations de jeunesse dans différentes wilayas du pays afin qu’elles puissent jouer leur rôle d’acteur actif du développement au niveau local et national. Le programme renforce la collaboration et le dialogue entre les associations de jeunesse, et entre ces dernières et les autorités locales en Algérie.

 

Concrètement, Sharek se décline en quatre axes d’intervention : le renforcement des capacités organisationnelles et programmatiques des organisation de jeunesse (OJ) ; le développement de leurs capacités en matière de plaidoyer et de suivi des programmes et des politiques publiques ; l’amélioration de la couverture des associations dans les médias classiques et numériques et sur les réseaux sociaux ; et, enfin, la création d’une dynamique de dialogue et de collaboration entre ces organisations elles-mêmes et avec les autorités locales et les autres parties prenantes.

 

Sharek, avant de produire sa radio-web, a d’abord créé une plateforme web répertoriant toutes les associations actives sur le réseau national. Le programme a  également mis en place un guide associatif de gestion d’association. Grace à l’appui de l’Union Européenne, les jeunes ont bénéficié de sessions de formations sur les réseaux sociaux et les médias.

 

Nassim Filali, président de l’association, explique dans un entretien au journal El Moudjahid :

Tous les sujets qui sont en relation avec la citoyenneté sont traités, notamment l’environnement et l’éducation. Pour ce projet, nous travaillons avec une centaine d’associations au niveau national. Il s’agit pour nous de transformer cette dynamique positive qui existe chez les jeunes en force constructive qui peut apporter une valeur ajoutée dans différents domaines. Il faut mettre en place des mécanismes réels pour ouvrir le champ à cette jeunesse et l’inciter à rester dans son pays pour contribuer à son édification.

Le problème n’est pas la mobilisation des jeunes confirme Meriem Chikirou : « La difficulté est de les fidéliser par manque de moyens. Nous, nous avons certes la chance d’avoir un local mis à notre disposition par la mairie mais ces dernières années nous avons eu beaucoup de mal à trouver des financements. Il y a peu d’appels à projets pour les associations algériennes. Nous n’avons que peu de visibilité sur l’avenir de notre action. Or, il faut agir dans la durabilité pour mobiliser des jeunes autour des causes comme celle de l’environnement. »

 

Article produit dans le cadre du partenariat éditorial entre Babelmed et Bridging the sea, revue des sociétés civiles méditerranéennes (Med Dialogue for Rights and Equality, programme de l'Union européenne).

1 PCPA Jossour est un le programme concerté pluri-acteurs est un dispositif de coopération qui a été mis en place en 2002 entre le ministère français des affaires étrangères et les acteurs non-gouvernementaux de la solidarité internationale. Conduite en concertation avec ceux-ci, ce dispositif vise notamment à favoriser les complémentarités entre l’action publique et les initiatives de la société civile en matière de coopération.

2 « La Jeunesse du Maghreb en Action pour relever les défis liés au COVID-19», Bureau de l’UNESCO pour le Maghreb, 20 avril 2020. Dans le cadre de son engagement pour l’autonomisation des jeunes femmes et hommes, et en réponse à la crise mondiale COVID-19, le Bureau de l’UNESCO pour le Maghreb lance en partenariat avec SIDRA en Algérie, l’Association Initiatives Citoyennes (AIC) au Maroc et NEFZAWA en Tunisie, et en collaboration avec Radio Monte Carlo Doualiya, l’initiative « La Jeunesse du Maghreb en Action pour relever les défis liés au COVID-19 ».