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France

MUZZIKA ! FRANCE-BRÉSIL : LE COLLECTIF BOSSA FLOR, Brassens dans tous ses états

2021-12-26

Brassens adorait le jazz et les musiques « tropicales » comme on disait dans ces années 50 et 60 de ses débuts - avant que le terme « musiques du monde », après les décolonisations, viennent remplacer les vocables « tropicales », « exotiques », voire « folkloriques »…

Comment je le sais ? Parce que de nombreuses photos témoignent de séances où, avec son ami jazzman Moustache et d’autres amis, Brassens s’amusait sur scène derrière une batterie, une fois le public parti ; parce que Brassens adulait Ray Ventura et son orchestre swing, ayant rendu hommage à quelques chansons de ce dernier dans un 33 tours consacré aux chansons de sa jeunesse ; et enfin, et surtout, parce que votre servante a eu la chance, et le bonheur, de rencontrer l’un des meilleurs amis de Georges - Mario Poletti - et d’écrire un livre ensemble (Brassens au quotidien - Un homme simple parmi les siens, Au coeur du monde Éditions), et que l’ami Mario lui a montré ces cassettes (photos dans le livre), enregistrées par Georges à la radio parfois, et consacrées à Sidney Bechet ou Duke Ellington, mais aussi à de la rumba ou du reggae pris sur France Inter, dans l’émission de Patrice Blanc-Francard alors défricheur de nouveaux sons… 
 
Bref cette longue introduction pour vous dire que de son nuage là-haut, Brassens doit se régaler d’entendre la « tropicalisation » ou « jazzification » de ses chansons par une bande de joyeux lurons - et luronnes - tous artistes de leur état, une bonne partie d’entre eux étant Brésiliens ! Ainsi « Le parapluie » avec une intro jazzy au saxo et sur un rythme de bossa-nova ; « Les bancs publics » animés du souffle vif d’un violon tsigane ; « Dans l’eau de la claire fontaine » façon jazz dixieland avec moult cuivres suaves ; « La non-demande en mariage » chantée en brésilien et en français - car le thème dont la chanson parle est bien universel…
Brassens nous prouve encore, avec ce coffret de deux disques, qu’il reste toujours vivant - depuis sa disparition d’ailleurs, chaque année plusieurs disques lui sont consacrés, et il est chanté dans bien des langues sur la planète…
 
Nous ne pouvons citer les dizaines d’artistes qui ont participé à ce projet - financé en partie par du crowfunding. Citons seulement : 
 -  le Sextet Bossa Flor, mené par Philippe Quevauviller avec 5 musiciens brésiliens ; - Pierre Barouh, qui fut l’un des catalyseurs du projet, à la fois admirateur de Brassens et amoureux des musiques brésiliennes, et qui ressuscite ici en nous parlant, dans l’un des disques, de la chanson « Le vieux Léon » - et en la chantant un peu ; 
  • Joël Favreau, qui accompagnait Brassens à la guitare ; 
  • le guitariste brésilien Osman Martins, qui substitue à la guitare le cavaquuinho, la mini-guitare brésilienne ; 
  • Benjamin Barouh fils de Pierre ; 
  • et même la petite-fille de la célèbre « Fernande » de la chanson, Stéphanie Scultore, jeune artiste à la voix d’or qui nous offre ici, en duo avec Philippe Quevauviller, une merveilleuse version de… « Le vieux Léon » justement. 
Et le plus étonnant est que, malgré la diversité des artistes et des relectures, la fidélité est totale avec l’esprit et l’âme de Brassens. Car c’est là tout le miracle de l’artiste disparu : créer, parmi ceux qui aiment ses chansons, un extra-ordinaire sentiment d’être tous des amis, comme les membres d’une grande famille, les « copains de Georges », famille devenue internationale, et qui inclut aussi les disparus…
 
Au total une belle idée et une belle réussite, car animée par l’amitié, valeur que Brassens plaçait très haut…
 
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