Muzzika

Portugal

MUZZIKA ! PORTUGAL : PORTUGAL INSTRUMENTAL - Les solistes de Coimbra & Lisbonne 1950-1962 (Frémeaux)

2021-04-25

Voilà un sublime triple coffret qui consolera les milliers de musiciens qui se désolent de ne pouvoir vivre de leur art ! Car cette anthologie nous apprend que les meilleurs compositeurs et interprètes de la musique portugaise instrumentale dans la première moitié du XX° siècle avaient eux aussi un « job alimentaire », même ceux qui étaient acclamés dans des tournées internationales ! Même lorsqu’ils étaient professeurs de futurs Rois du Portugal !  Des métiers humbles en général, car beaucoup venaient de classes populaires : cordonnier, barbier, marin, ouvrier… Et pour quelques-uns plus chanceux, dans les années plus récentes, ingénieur ou magistrat. 

 

Ceci vient nous rappeler que jusqu’à une époque récente et dans la plupart des pays du Nord du Sud, mis à part quelques exceptions, les musiciens ne pouvaient vivre de leur talent, et devaient exercer un autre métier pour vivre. Même Mozart, en tournée auprès des Princes d’Europe pour y dénicher un job de musicien attaché à la cour, devait, après ses concerts-démonstration, dîner avec les domestiques, et ne recevait souvent en guise d’émoluments, plutôt qu’un cachet, un cadeau en nature : broche, montre ou autre babiole - il le raconte lui-même dans sa correspondance.

 

Pour tous les amoureux de la musique du Portugal - dont nous sommes ! - ce triple coffret de Frémeaux est un « must » pour votre discothèque : plus de trois heures d’une musique tour à tour mélancolique, dansante, intérieure, puissante, légère, ou grave, mais toujours reconnaissable immédiatement à l’oreille comme « portugaise », avec son identité enracinée. 

Le livret nous raconte la fabuleuse saga de ces artistes qui donnèrent leurs lettres de noblesse à un genre musical - la musique portugaise jouée à la « guitarra portuguesa » (en forme de goutte d’eau, à 6 paires de cordes métalliques) et à la « viola » (guitare), instruments joués en solo, duo, trio ou plus, dans des salles de concert mais le plus souvent dans des « casas de fado ». Musique qui était largement diffusée par la radio , ce qui contribua notamment à asseoir sa popularité et son enracinement dans l’identité portugaise. 

 

Armandinho (1891-1946) qui grava les premiers 78 tours du genre ; José Marques dit « Piscalarete » ; Carvalinho (1918-1992) qui était réparateur de montres ; Raul Nery (1921-2012) qui était ingénieur ; et la dynastie des Paredes, de Coimbra : Gonçalo le père, Artur le fils (1925-2004) et Carlos le petit-fils, ce dernier conciliant à la fois tournées internationales et un emploi de fonctionnaire dans un hôpital de Lisbonne  : le livret, fort détaillé, passe en revue quelques-uns de ceux qui étaient dans leur temps de véritables stars dans leur pays, et dont l’influence se fait sentir jusqu’à nos jours.

En effet, les compositions de ces pionniers du disque sont devenus des classiques du répertoire, et ces musiciens accompagnaient - ou accompagnent encore - en tournée les stars du fado, comme Amalia Rodrigues ou Misia aujourd’hui. Ils sont le plus souvent des improvisateurs hors pair le plus souvent, et nous éblouissent autant par leur inventivité que leur incroyable virtuosité - parole de votre servante qui a étudié 10 ans la guitare classique !

Trois heures de pur bonheur donc, du baume au coeur, de la légèreté pour l’âme, un nuage de sérénité dans notre monde de brutes… Ah prendre l’avion et s’envoler pour Lisbonne, vite…

n.khouri AT orange.fr