De la cendre dans la bouche, de Charles Ducal, poète et écrivain belge
2014-10-29
Tu es meilleur, après tout. C’est écrit
dans le Livre. Ça se lit dans ton regard
quand tu les vois approcher: leurs habits fanatiques,
poussiéreux, le laissez-passer à la main.
Tu poses sur eux ton regard de créateur d’eau
dans un monde de sable. Ils habitent au hasard,
sans promesse, balayables
comme feuilles mortes. Ceci est ton pays.
Tu as appris à garder en vie, sans angoisse,
l’angoisse de la persécution, arrogant
comme celui qui s’est choisi son ennemi.
Tu l’abats. Tu es menacé,
la dette en souffrance donne à chaque bulldozer,
à chaque char le droit d’une sécurité
sans frontières. Tes yeux ont vu démolir
le Temple, saigner les pavés sous les sabots
des Croisés. Tu as deux mille ans,
tu étais là à Treblinka, à Schirmeck,
à Dachau. Que tu voles leur eau,
tires sur leurs enfants, les confines derrière
des barbelés, après tout, tu es le peuple
de Dieu, élu sur cette terre précisément.
Celui qui sous tes bois, tes villes, tes routes
entend pleurer l’ancien village
aura de la cendre dans la bouche.
Charles Ducal
Traduction du néerlandais de Katelijne De Vuyst et Danielle Losman du Collectif des traducteurs de Passa Porta.
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