Tunisia
La haute instance… entre droits et obligations…
2011-10-25
Samir Dillo , le Secrétaire général de l'Association internationale pour le soutien des politiques, affirme que la Haute Instance pour atteindre les objectifs de la révolution a réussi certaines choses et échoué dans d'autres domaines, comme tenter de créer les conditions de la démocratie appropriées pour les élections à venir. «La Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution a atteint certains de ses objectifs. La préparation des élections de l'Assemblée constituante, en dépit de la réserve sur certains des postes comme celui du président de l'Autorité Yadh Ben Achour, a été faite dans le respect. Et ce malgré plusieurs dysfonctionnements tels que la perturbation de la composition de l'organe, des préjugés envers certains partis; des décrets et des lois émis sans justification.»
Le juge Mokhtar Yahyaoui , juge et membre du conseil de la Haute Instance, considère l’autorité comme un microcosme du parlement, «très similaire au Parlement de Ben Ali». «Malgré les manœuvres répétées, j'ai essayé d'imposer l’autorité sur la scène politique, mais j’ai échoué."a-t-il précisé.
Le juge Ayaz Ashour exprime lui aussi de profondes réserves sur le travail de l'Autorité, et ses modestes objectifs. Celle-ci aurait seulement réussi à constituer un organisme national indépendant pour superviser les élections en tirant ainsi le tapis d'entre les pieds du ministère de l'Intérieur a qui revenait cette tâche. Elle aurait également promu certaines personnes au rôle d'observateurs.
Pour M. Mokhtar Trifi , l'ancien président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme, la Haute Instance a réalisé ce qui est exigé de tous les professionnels, leur rôle étant de nature consultative. L'instance a ratifié la loi électorale, la loi des partis, celle relative aux associations ainsi que celle sur l’audiovisuel et l'information.
Pour sa part M. Ahmed Kahlaoui , chef de l'anti-normalisation, pense que la Haute Commission, pour atteindre les objectifs de la révolution, n'a pas été impartiale dans le traitement de certains sujets importants, notamment en ce qui concerne la criminalisation de la normalisation et de l'identité arabo-islamique de l'État. Magré cela la Tunisie restera une nation arabo-musulmane.
M. Choukri Belaïd , le porte-parole du mouvement des démocrates nationaux éprouve un immense respect pour le rôle de la Haute Commission pour la réalisation des objectifs de la révolution. Il considérait le premier dialogue national sérieux malgré les divers problèmes et l'agitation qui ont eu lieu pour une raison imputable à l'absence d'une culture de la concertation et du dialogue. M. Choukri rappelle que personne en Tunisie n’était qualifié pour réaliser les objectifs de la révolution plus dignement que l’Instance. C'est maintenant le peuple tunisien qui doit porter la responsabilité de protéger la révolution.
M. Mouldi Riahi , membre de la commission et représentant du Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés, a exprimé sa grande admiration pour le travail de la commission malgré les difficultés rencontrées par cette dernière. D'après lui, le soulagement ressenti par les citoyens est le résultat de la réussite de l'organisme à sortir les Tunisiens de la crise via les élections. Il a aussi exprimé son étonnement vis à vis de certaines personnalités qui ont exagéré leur apparition médiatique, cherchant à se faire passer pour héros et révolutionnaires, ce qui a pu laisser une impression négative dans l'opinion publique.
la Haute Instance pour atteindre les objectifs de la révolution, outre la promulgation des décrets lois, a publié le "contrat républicain" objet d'un large accord. M. Riahi considère aussi que le sujet de l'identité arabo-musulmane n'était pas pertinent, étant donné que la Tunisie ne vit pas une crise identitaire. D'après lui, la vraie difficulté rencontrée par la commission, provient de l'article 15 qui a été traité avec sagesse.M. Riahi a affirmé que la commission a réalisé une partie des objectifs de la révolution et qu'elle ne peut les réaliser tous en même temps : La première étape est la phase de transition et de préparation des élections, la seconde étape est celle des élections, la troisième étape est l'Assemblée constituante, pour la quatrième, c'est la création d'une autorité législative pour gouverner le pays et maintenir la sécurité et la stabilité et s'attaquer au problème du chômage, enfin la cinquième étape c'est celle de la rédaction de la constitution du pays qui va instaurer une république civile et moderne.
Pour Habib Guisa , secrétaire général de l'Assemblée générale de la Ligue de Tunisie pour l'emploi, les travaux de la Haute Instance doivent être appréhendés comme le premier dialogue national civilisé depuis l'indépendance. L'Instance utilise le principe d’un pluralisme authentique et représente une nouvelle tendance démocratique. Habib Guisa considère que la Haute Instance a réussi à établir des normes pour permettre la création de partis politiques, d’associations et de médias audiovisuels. Cette bonne préparation aux élections a donné l’impulsion pour passer à une phase temporaire de transition après l'Assemblée constituante. Cependant Habib Guisa déplore que la Haute Instance n’ait pas su arbitrer le rôle essentiel du conseil fondateur, ni la durée des mandats des responsables politiques. Il regrette également que cette institution ait marginalisé les questions économiques et sociales pour lesquelles le peuple tunisien s’était soulevé.
Salem Ayari (Coordonnateur général de la Fédération des employeurs de l'université au travail des chômeurs diplômés) soulève quant à lui le problème des sièges attribués aux membres de l'ancien régime. Par ailleurs, la Haute Instance n'a pas atteint tous ses objectifs. Le gouvernement publie le chiffre de 80 000 personnes au chômage, mais la vérité est qu'en Tunisie il ya plus de 230 000 personnes sans emploi. Les partis politiques de l'Autorité sont loin de la réalité de la rue tunisienne, de ses besoins économiques et sociaux qui ont conduit à la révolte du peuple.
(Octobre 2011)
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