Tunisia

Les courants islamistes en Tunisie après la révolution

2011-09-28

 

Article 1

La citoyen entre l’incertitude et la peur
La révolution tunisienne ou comme certains aiment à l’appeler « la révolution du jasmin » nous a fait vivre de nombreux paradoxes. Comment le jasmin a-t-il pu donner naissance à 106 partis politiques? Malgré un foisonnement vertigineux, cette révolution a permis la gestation et la naissance d’une société civile sensible aux questions sociales et aux tendances politiques, y compris les Partis islamistes : Ennahdha, le mouvement salafiste, Hezb ettahrir al Islami, Jamaat Tabligh, les chiites et les progressistes islamistes. Ce sont tous des mouvements qui ont adopté la mouvance islamiste et qui ont été écartés pendant des décennies. Leur retour n’a cependant pas eu de valeur ajoutée pour le citoyen tunisien si ce n’est d’accroitre les incertitudes et les peurs. Nous avons recensé l’avis d’un certain nombre de citoyens tunisiens au sujet de ces courants politiques. Nous vous livrons leurs réactions.

«L’intérêt de la nation puis du citoyen avant tout»
C’est ce qu’a déclaré Mohamed, chef chantier âgé de 62 ans : « Nous ne savons pas qui ils sont et nous ne voulons pas les connaître, tout ce que nous voulons, c’est la stabilité, la sécurité et gagner notre vie. Personnellement, je ne comprends pas la prolifération de tous ces mouvements et la multitude des dénominations, à force, nous n’y comprenons plus rien. En plus, peu importe qui va remporter les élections, nous voulons une démocratie dont nos enfants pourront jouir et qu’ils puissent vivre en paix. En revanche, nous ne sommes opposés à aucun courant puisque pour finir nous ignorons ce dont ils parlent. Tout ce qui peut advenir de bon est le bienvenu ».

«La stabilité, la sécurité et une vie décente»
Nous nous sommes entretenus avec Abdelaziz, 52 ans, ouvrier. Ses propos rejoignent un peu ceux de Mohamed. Il a déclaré : « à dire vrai, j’ignore ce que sont ces courants islamistes, leurs idées et leurs orientation, c’est pourquoi je ne peux pas émettre d’opinion à leur sujet. Mais d’un autre côté je ne suis pas inquiet au sujet de ces mouvances que je ne connais pas. Le plus important pour nous, la classe prolétaire c’est la sécurité, la stabilité et une vie décente loin des querelles et des affrontements

«Nous ne lâcherons aucun des droits que nous avons acquis»
Quant à Hayet, 30 ans, enseignante dans un lycée, elle avait des notions plus claires sur ce type de partis politiques. Elle a affirmé qu’elle connaissait le parti Ennahdha étant donné qu’il est un des partis les plus actifs sur la scène politique et qu’il a résisté à toutes les pressions et s’est opposé au régime dictatorial précédent, le considérant comme le plus représentatif du courant islamique. Elle a également déclaré : « Je suis pleinement consciente de la portée de ce qui est communément appelé mouvement Salafiste, Ettahrir El Islami, les chiites et les islamistes progressistes, de même que des dimensions sous-jacentes de la pensée véhiculée par ces partis ».
Concernant l’autorité de ces courants et la possibilité qu’ils parviennent au pouvoir, Hayet a expliqué : « En réalité, la majorité du peuple tunisien a une attitude neutre face à ces courants puisqu’il ignore tout de leurs origines et de la réalité de leur pensée. Pour cette raison, nous sommes tous d’accord pour choisir un mouvement modéré dans ses orientation et son idéologie et nous refusons, surtout personnellement en ma qualité de femme tunisienne, de régresser et de lâcher un des droits que nous avons acquis ».

«Nous devons préserver notre identité religieuse avant tout»
Alala, ouvrier, a déclaré : « ce qui nous importe le plus c’est notre religion notre culte et nos racines islamiques. La Tunisie en tant qu’Etat islamique doit préserver son identité arabe et son authenticité conformément à l’article premier de la constitution de 1959. Nous ne devons pas suivre les idéologies occidentales et en adopter des principes qui sont incompatibles avec notre islam et notre culte ».
« J'encourage les courants islamiques, bien que j’ignore presque tout de leur pensée, mais il faut gouverner selon la loi divine et appliquer la loi islamique, sans exclusion et sans retour à la dictature ».

«La modération quelque soit le courant»
C’est ce qu’a affirmé Sarra, une jeune tunisienne âgée de 28 ans : « je ne suis ni pour ni contre aucun courant islamique, seulement je suis pour la modération, surtout qu’en tant que femmes tunisiennes, nous sommes parvenues à un niveau très avancé dans le domaine intellectuel et social et nous ne pouvons pas nous permettre de faire marche arrière quel qu’en soit le coût. Ces courants doivent s’adapter à ce qui existe et essayer de le faire progresser loin des fanatismes et des extrémismes auxquels nous ne sommes pas accoutumés ».
Quant à Emira, elle affirme que le peuple tunisien est divisé à ce sujet. Certains sont convaincus que ces courants marqueront un mouvement de régression et que leurs idées seront dominées par le fanatisme, ce qui contribuera à la suppression des libertés acquises pendant 50 ans. Pour cette raison, il faut les contrer et ne pas les encourager à s’activer sur la scène politique. D’autres pensent au contraire qu’il faut au préalable s’informer des idées et des directions de ces courants qui pourraient apporter peut être un jour leur contribution effective à la réforme politique et démocratique et réaliser ainsi les objectifs de la révolution et du peuple tunisien. Ainsi, selon ces derniers, cette tendance ne peut être jugée à l'avance sans chercher à la connaitre. Il faut donner sa chance à chacun, et pour finir, il faut préserver la religion islamique.

«Camoufler pour parvenir à ses fins»
C’est ce qu’a déclaré Myriam. Selon cette jeune tunisienne, ces partis doivent s’éloigner de la politique de l’hypocrisie. Le parti Ennahdha par exemple, qui est considéré comme étant le parti islamiste actif le plus en vue sur la scène politique est en train de tromper le peuple et ne dévoile pas ses véritables opinions et idées. Il a choisi de s’intégrer à la société civile en essayant d’harmoniser son discours avec ce qui existe déjà, alors qu’en réalité, le président de ce mouvement Rached El Ghanouchi s’est prononcé dans une chaine de télévision égyptienne en faveur de l’établissement d’un Califat en d’autres termes il prône le retour en arrière
Si les avis divergent entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre l’intégration de ces courants islamistes dans la scène politique dans une période de transition difficile, la modération des idées fait néanmoins l’unanimité. Il ne s’agit donc pas de revenir en arrière, mais il faut faire progresser et améliorer l’existant et avancer vers la démocratie.

 


Leila Zouaoui