Tunisia
Quels partis pour les jeunes?
2011-10-13
La multiplication des partis politiques en Tunisie a créé un espace de liberté pour les Tunisiens qui exercent aujourd’hui leurs activités politiques et n’ont plus peur d’exprimer leur opinion à voix haute.
Le multipartisme a enrichi la transition démocratique du pays, mais a-t-il pour autant encouragé les jeunes à participer à la vie politique ?
Mohamed Amine, 20 ans, étudiant en droit, ne voit pas l’intérêt d’avoir autant de partis politiques. Selon lui, cela complique le choix du jeune et le rend confus lors des élections. Il préfère l’idée de « pôles » facilitant la compréhension et regroupant des partis rassemblés sous des idéaux relativement communs. Malgré le nombre plutôt important de partis, la majorité d’entre eux ne représenterait pas les jeunes et ne répondrait pas à leurs attentes. A cause de toutes ces raisons on constate une maigre participation des jeunes qui cherchent encore un cadre politique de confiance capable de faire progresser le pays en favorisant l’intérêt général, en se rapprochant du peuple tunisien et en abandonnant les slogans.
Chams Eddine, 19 ans, élève, approuve et soutient l’opinion de Mohamed Amine en expliquant que plusieurs partis profitent de la révolution et n’ont aucun rapport avec la rue tunisienne ni les jeunes. Ils inventent des programmes infondés uniquement pour attirer les jeunes et font souvent des doubles discours, ce qui pousse la jeunesse à ne plus avoir confiance et à s’éloigner.
De son côté, Rabii, 26 ans, étudiant, considère que ce multipartisme enrichit la démocratie, et c’est ce que chercherait le jeune tunisien d’aujourd’hui « vivre dans une démocratie pratique et non théorique, » confie-t-il. Le multipartisme facilite l’introduction du jeune dans le parti adapté à ses idées qu’elles soient de gauche, de droite ou du centre. Rabii ajoute que si les jeunes prenaient le temps de s’intéresser et de découvrir tous les programmes ils trouveraient certainement ce qu’ils cherchent. Seulement, quelques jeunes ne se donnent pas la peine de faire des recherches et veulent des informations toutes prêtes. Il est aussi vrai que certains partis ne transmettent pas les informations simples aux jeunes, ce qui expliquerait leur éloignement de la vie politique.
Souheila, 27 ans, affirme que le multipartisme attire les jeunes en leur permettant de pratiquer leur activité politique en sécurité et en protégeant leurs positions et leurs choix sans avoir peur des représailles. Elle n’est pourtant pas favorable à un grand nombre de partis car cela perturbe, selon elle, la vision et les idées des jeunes électeurs en leur compliquant la compréhension des programmes de tous les partis. D'après elle, « cela ne va ni dans l’intérêt des jeunes ni dans celui des partis ». Elle est favorable au multipartisme mais avec un choix limité pour pouvoir attirer plus de jeunes.
Mohamed Jouili, professeur de sociologie, rappelle que « le rôle des partis est de pousser le jeune à produire des idées et non à les consommer ». Nous l’avons rencontré à l’université de Tunis pour mieux comprendre les enjeux et les différentes formes de participation des jeunes tunisiens à la vie politique de leur pays. .
Selon Mohamed Jouili « il faut partir d’un phénomène international qui est la faible implication des jeunes dans les partis politiques qui se reflète lors des élections. Cette faible participation est du à au fait que la structure du pouvoir au sein des organisations politiques est dominée par les pionniers de la politique tunisienne. Il n’y a aucun jeune en tête de parti comme si la politique n’était réservée qu’aux anciens. » Ainsi Le discours des partis ne s’accorderait pas aux attentes et aux ambitions des jeunes. Le mouvement des partis est lent, et cela à cause de la bureaucratie qui ne s’adapte pas au dynamisme des jeunes. »
« Les jeunes d’aujourd’hui, explique encore Mohamed Jouili «participent à la création de leurs projets et de leurs rêves à leur manière et si on prend en considération le fait qu’il représentent un tiers de la population tunisienne cela nous montre qu’ils représentent une force imposante dans la société et la vie politique.»
Enfin le professeur Jouili nous rappelle que pendant les années 1970 et 1980, « les jeunes participant à la vie politique se contentaient d’exécuter les idées de politiciens, ils n’ont jamais été producteur d’idées ou de projets. Maintenant les partis politiques sont encouragés à faire confiance aux jeunes et à les accompagner afin qu’ils puissent avoir leurs propres idées et non être de simple consommateurs de celles des autres.
Si nous comparons l’organisation des jeunes dans les groupes « Ultras composés de supporters des équipes de football à celle des partis politiques, nous constatons que les jeunes sont davantage attirés par le premier cas de figure. Et cela pour la simple raison qu'au cours de cette expérience, ils produisent eux-mêmes leurs points de vue, et ce sont eux qui les défendent et les présentent au public, chose absente dans le milieu politique.
On exige désormais des partis politiques de changer leur façon de procéder afin de convaincre les jeunes de participer activement à la vie politique. Peu importe le nombre de partis, ce sont ceux qui sont les plus proches des jeunes qui auront à leur tête des jeuness gens des deux sexes, dont le dynamisme leur permettra de participer à l’intérêt public.
Zouhour Lahbib
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