Politiques

Tunisia

Le paysage politique au lendemain des élections

2011-12-03

Le paysage politique au lendemain des élections
Noureddine Bhiri

 

 

Le peuple tunisien attend les premiers résultats des élections pour connaître les partis politiques qui vont le représenter à l'Assemblée constituante nationale à travers les alliances politiques qui seront annoncées dans les prochains jours. Celles-ci entraineront la désignation du gouvernement intérimaire et de son président. Ceux-ci auront la charge de sortir le pays de sa situation actuelle sur le plan politique, économique, et social. Il s’agira également d’honorer les objectifs principaux de la révolution tunisienne. Afin de mieux cerner ces défis, le Journal du Citoyen a contacté de nombreux partis politiques qui ont participé aux élections de l'Assemblée constituante nationale afin de débattre des programmes qu'ils élaboreront pour tenter de répondre aux attentes des citoyens tunisiens. Ces mêmes attentes auxquelles des forces politiques, autrefois persécutées et exilées, pourront répondre en accédant au pouvoir et à la prise de décision politique.

Le parti "Ennahda" a promis d'entreprendre un dialogue avec tous les partis politiques: suite au premier échange avec M. Noureddine Bhiri porte-parole du mouvement "Ennahda", celui-ci a déclaré que « le mouvement fait partie de la société tunisienne et sa mouvance sociale. Les dirigeants du mouvement "Ennahda" se sont donc lancés dans un dialogue avec le reste des composants de l'arène politique et sociale" complétant que «la préoccupation première du mouvement est que les élections entrainent un saut qualitatif pour le pays et ramènent stabilité et sécurité au travers de l'adoption de nouvelles institutions constitutionnelles inspirés par la révolution.» Il a rappelé « l’importance d'être fidèle aux principes et valeurs de la Révolution et de traiter les problèmes urgents, en particulier les problèmes des victimes de l'ancien régime, des blessés de la révolution et de compensation aux familles des martyrs.»
D'autre part, «les problèmes sociaux rencontrés par la jeunesse au chômage et la situation inhumaine dans certaines régions du pays qui prive certaines personnes d'une vie décente seront les priorités du gouvernement. Celui-ci cherchera à s'attaquer à ces problèmes afin d'assurer au peuple tunisien un minimum de vie décente pour atteindre la partie des objectifs de la révolution que le peuple tunisien ne peut plus attendre.»
D'autre part, M. Noureddine Bhiri a rajouté que « le nombre de portefeuilles ministériels ou leurs types importe peu car le mouvement aspire plutôt à un consensus national et cherche à constituer un gouvernement inclusif d'unité nationale, représentant le spectre politique le plus large, sans exclusion ni exception d'aucun parti politique.»
Il a affirmé que «Le mouvement "Ennahda" prendra contact avec tous ceux qui ont participé aux élections, ceux qui ont obtenu des sièges à l'Assemblée constituante, ceux qui n'ont pas obtenu de sièges, ainsi que les partis qui n'ont pas participé aux élections. En somme, toutes les personnalités qui, selon leur potentiel et leurs compétences, pourront porter une responsabilité et sortir le pays de la situation à laquelle il est confronté.»
M. Noureddine Bhiri, porte-parole du mouvement Ennahda , affirme que le retard pris pour engager des discussions sur les alliances possibles avec les différents partis est dû au retard dans la divulgation des résultats définitifs des élections et, dans l’attente de ces résultats, le mouvement va ouvrir des concertations avec toutes les parties concernées, sans exclure quiconque, parce que les points de vue les plus variés ont le droit de citer à l'assemblée constituante, et ce dans l'intérêt du pays et afin de réaliser un gouvernement d'unité nationale.
Au sujet de la possible nomination de M. Hamadi Jebali à la tête du prochain gouvernement, M. Noureddine Bhiri n'a pas nié ni confirmé cette information, tout en évoquant «les capacités et les qualifications qui caractérisent ce personnage charismatique qui se débattait dans le régime précédent contre l'oppression, l'injustice et la tyrannie».
Il a ajouté que «le mouvement n'a pas encore entamé de discussions sur ce point précis.»

Le paysage politique au lendemain des électionsHésitation du parti démocratique progressiste pour entreprendre ou non des alliances au sein de la constituante:
La seconde interview a été réalisée avec M. Fahem Mouldi, membre du Bureau politique du Parti démocrate-progressiste (PDP), qui a confirmé que le parti ne rejetait pas la possibilité d'engager des concertations avec les autres partis politiques, mais cela sans dépasser la feuille de route et le programme de travail établi au préalable avec ces partis. De son côté M. Ahmed Najib Chebbi, fondateur du Parti démocratique progressiste, a jugé improbable toute possibilité d'alliance avec le mouvement Ennahda.
M. Fahem Mouldi a annoncé que le parti réunirait le samedi 29 octobre sa commission politique et exécutive afin d'envisager la possibilité d'entamer des alliances avec d'autres partis ou personnalités indépendantes.
Par ailleurs, M. Fahem Mouldi a soulevé moult interrogations sur «le mystère ou le secret de la hausse soudaine de la liste indépendante de "la pétition populaire de la liberté, la justice et du développement" », insistant sur «l’importance de poursuivre et d'approfondir cette question selon les observateurs de la vie politique.» Il a posé la question de savoir qui était derrière ce succès, sachant que son fondateur est propriétaire d’un média privé et étranger et que cette chaine de télévision a continué à travailler sur la propagande politique, M. Fahem Mouldi a également souligné que cette liste avait recruté des gens qui ont continué à communiquer avec le peuple directement par téléphone ou par d'autres moyens, signalant aussi que « ces sujets préoccupent la Haute Commission électorale indépendante et l’institution judiciaire qui finiront par donner leur avis à cet égard. »
Celui-ci a aussi relevé que «le Parti démocrate-progressiste n'est pas un nouveau né et qu’il a été soumis à de nombreuses difficultés» affirmant que «le parti va poursuivre ses travaux et passera en revue ses programmes, d’autant que les résultats préliminaires constituent le premier vrai test pour le parti en dehors du système de contrôle politique d’avant la révolution.»
M. Fahem Mouldi a reconnu que «le parti n’avait pas su gérer les premières élections démocratiques en Tunisie.» Il a déclaré que le succès du mouvement Ennahda dans les élections était dû à l'intervention étrangère qui avait affecté le processus électoral, soulignant aussi « la naïveté de [son] parti face à l'importance du mouvement de Ennahda comme parti rival dans les élections de la constituante.»
Enfin, celui-ci a souligné l'importance de vérifier l'identité de ceux qui se sont vu confier la tâche de surveiller les élections dans plusieurs régions du
pays, affirmant que « 80% d'entre eux n'étaient pas neutres, ce qui a affecté le résultat. » Il a appelé le mouvement Ennahda à respecter les accords antérieurs sur la feuille de route pour l'après 23 Octobre et a répété, qu'en cas de non-respect, son parti serait du côté de l'opposition.

 

 

Le paysage politique au lendemain des élections
Hamma Hammami

 

Le Parti communiste des ouvriers prendra position sur les élections qui étaient basées sur l’argent politique
Pour sa part, M. Hamma Hammami, Secrétaire général du Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie, a déclaré à la radio Kalima que le bureau politique du parti allait se réunir pour discuter de la situation politique actuelle du pays après l'élection de l'Assemblée nationale constituante. Ils décideront ainsi s'ils vont conclure des alliances avec certains partis politiques représentés à l'Assemblée constituante.
D'après lui la question des alliances n'est pas une formalité car elle constituera le centre d’intérêt d’un programme de travail du gouvernement dans l'avenir.

 

Le paysage politique au lendemain des élections
Caricature de M. Hamma Hammami

 

 

D'après lui, «les élections étaient basées sur l'argent politique et ellesont profité du manque de maturité du citoyen tunisien au lieu d'être fondées sur les programmes élaborés par les partis politiques». Il a ajouté que «le Parti a été victime de nombreuses attaques de la part de
certains partis politiques qui ont intérêt à ce que le Parti communiste des ouvriers n'ait pas de place dans la constituante ». Il a également condamné « l'utilisation des mosquées pour la propagande politique, comme c’est le cas pour la ville de Kebili et de nombreuses autres villes de l’intérieur du pays ». Il s'étonne aussi de «la montée du parti de la "pétition populaire" (pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement «Al Aridha ») dans l'Assemblée constituante, surtout sachant que la personne en tête de liste de ce parti soutenait le
président déchu dans le passé et qu’elle a utilisé sa chaine de télévision étrangère pour mener sa campagne électorale». D'après lui l’erreur faite par le Parti Communiste vient du choix du nom de la liste soutenue,"l'alternative révolutionnaire", nom trop peu connu par les citoyens qui n’ont pas pu faire le lien avec la liste du Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens. Il a ajouté aussi que «le parti a contacté l’Instance Supérieure Indépendante des Elections pour rajouter le nom du parti à la liste, mais ceci n’a été fait que dans la ville de Sfax. Par conséquent, le parti n'a pas atteint les résultats escomptés de ces élections.»

 

 

Le paysage politique au lendemain des élections
Moncef Marzouki

 

Moncef Marzouki satisfait des résultats des élections
M. Moncef Marzouki a déclaré lors d'une conférence de presse qui s’est tenue mercredi 26 octobre qu’il était «assez satisfait des résultats qui ont été annoncés puisqu’ils représentent la voix du peuple qui a finalement été en mesure de parler et d'exprimer son opinion.» Il a ajouté que les priorités de l'Assemblée constituante sont le fondement du gouvernement d'unité nationale et de la coalition nationale qui commencera par déployer les réformes urgentes tant attendues par le peuple tunisien, l'élaboration d'une constitution qui protègera les
générations futures du retour de la tyrannie. M. Marzouki a exprimé sa volonté d'entretenir des consultations avec tous les partis politiques afin de former un gouvernement de coalition. Il s’est prononcé également au sujet de « la montée de la "Pétition populaire" dans l'Assemblée constituante » et a déclaré qu’ «il y a des gens, qui sont tellement dans le besoin, qu’ils ont cru à n’importe quelles promesses ». Il a aussi souligné qu’il y avait un « déséquilibre dans les partis qui n'ont pas été en mesure de transmettre leurs discours politiques», indiquant que «les personnes ayant des capacités intellectuelles limitées n’ont pas pu bien
assimiler les discours des partis, décrits par certains comme des discours élitistes ne répondant pas aux besoins fondamentaux des citoyens.» Il a ajouté que « pour le cas de la "pétition populaire", nous allons attendre ce que va décider le pouvoir judiciaire à propos de ces listes élues.»
Il a noté que les fonctions de base du parti "le Congrès pour la République" à l'Assemblée constituante seraient « la défense des libertés individuelles et publiques et les droits de la femme et de l’homme, sans entrer en conflit avec l'idéologie conservatrice de la société civile, représentée par les islamistes », soulignant en même temps, «l'identité arabo-musulmane de l'Etat, mais sans que cette identité ne devienne une couverture pour la tyrannie, l’isolationnisme et l'ossification». Il a dit que « le parti prendrait soin des droits économiques et sociaux du peuple tunisien, mais sans entrer en conflit avec la catégorie des investisseurs nationaux » qu'il a invité à « assumer leur responsabilité dans le développement et à respecter les droits des ouvriers et de l'environnement.»

 

Le paysage politique au lendemain des élections
Khalil Zaouia

 

Autre réaction, celle du Dr Khalil Zaouia, l’un des membres fondateurs du Forum démocratique pour le travail et les libertés , "Ettakattol". Celui-ci a déclaré à radio Kalima que son parti « était prêt à s'engager dans des dialogues et des consultations avec les partis politiques qui ont été choisis par le peuple tunisien pour le représenter dans l'Assemblée nationale constituante», tout en soulignant que son parti «cherche à constituer un gouvernement d'unité nationale, contenant l'ensemble du spectre politique dans toute sa diversité idéologique et intellectuelle».
Au cœur des changements majeurs que la société tunisienne vit depuis fin décembre 2010, une question se pose : qu’en sera-t-il du pays et du peuple tunisien dans les prochains mois? Et surtout, le nouveau pouvoir parviendra-t-il à développer les secteurs économiques et sociaux tant malmenés par l’ancien régime? 

 


Ameur Ayed
Novembre 2011)