Littérature
Malta
Histoires de traductions et de rencontres : « Bejn baħar u baħar » - بين بحر وبحر
2023-03-28
La version arabe de mon recueil de poésie en maltais « Bejn baħar u baħar » (Merlin Publishers, 2019) a été publiée en janvier 2023 sous le titre ين بحر وبحر chez Sefsafa Publishing. Traduite par la talentueuse Maria Pakkala, cette publication résulte d'une constellation de rencontres qui ont eu lieu au cours des dernières années.
Couverture du recueil en arabe publié en janvier 2023.
J'ai rencontré la chercheuse et traductrice Maria Pakkala pour la première fois en 2012. C’était à Bruxelles dans le cadre d'une réunion intitulée, “The State of Play of Translation Across the Mediterranean”, organisée par Literature Across Frontiers (LAF) dirigée par Alexandra Büchler (que je remercie chaleureusement) et la Fondation Anna Lindh au Bozar, un espace artistique et culturel. J’étais alors chargée de projets culturels auprès de la Fondation René Seydoux.
Avec Maria, la rencontre était de celle où l'on se suit sur les réseaux sociaux, où l'on se réjouit des projets annoncés et où l'on prend plaisir à bavarder de temps en temps. Le type de renconte avec la conscience profonde que, sous les fils de la distance et de la virtualité, se tisse un lien pas seulement autour d'intérêts communs ni purement intellectuel mais contient les germes d'une amitié potentielle.
Lorsque bejn baħar u baħar a été publié en maltais, Maria a aperçu les informations partagées sur les réseaux sociaux et m'a écrit pour me faire part de son intérêt à le lire en maltais. Je lui ai demandé son adresse en Finlande et le livre a voyagé vers le nord. Lorsqu'elle l'a lu, elle m'a immédiatement dit qu'elle souhaitait traduire les poèmes et nous avons décidé d'être attentives aux appels à projets, car je souhaitais qu'elle soit rémunérée pour ce travail littéraire.
La magie des rencontres
Quelques années plus tard, elle a proposé de parler de notre projet à son éditeur en Égypte, Mohamed El Baaly. Lorsqu'elle m'a dit son nom, j'ai eu une nouvelle fois confirmation que les rencontres ne sont pas fortuites. Elles sont l'œuvre de mouvements subtils et magiques qui réunissent des personnes dans un but dont nous n'avons pas toujours besoin de connaître les détails. J’avais moi-même rencontré Mohamed El Baaly au Festival de littérature méditerranéenne de Malte en 2018 où il était invité à partager son expérience d'éditeur et aussi à découvrir d'autres auteurs. Mohamed a tout de suite soutenu le projet.
Astrid Alben, poètesse (GB) lisant sa traduction avec Elizabeth Grech au Festival de littérature méditerranéenne de Malte en 2019. Photo de Virginia Monteforte pour Inizjamed.
Sefsafa Publishing avait déjà publié, en arabe, d'autres auteurs maltais comme Clare Azzoppardi, Leanne Ellul, Adrian Grima, Alfred Sant et Karl Schembri, grâce aux relations établies par Inizjamed (une ONG maltaise dont l’objectif principal est de promouvoir la littérature et la traduction), Literature Across Frontiers (LAF) et le Conseil national du livre de Malte.
Sefsafa a répondu à l’appel annuel du Conseil national du livre de Malte dédié aux projets de publication de livres maltais en d’autres langues. Entre-temps, Maria Pakkala a même suivi un cours de langue maltaise à l'Université de Malte pour affiner ses compétences en matière de traduction directe du maltais vers l'arabe. Les résultats du fonds de traduction ont été publiés en août 2022. Notre projet avait été approuvé et بين بحر وبحر a été publié en janvier 2023, juste à temps pour le Salon international du livre du Caire !
L’importance des festivals
J'ai souhaité partager l'expérience de ce processus pour souligner la grande importance des festivals et autres espaces permettant les rencontres (non virtuelles) entre écrivains, éditeurs, maisons d'édition, agents littéraires et traducteurs littéraires.
La mise en réseau rendue possible par Inizjamed, grâce au festival de littérature méditerranéenne de Malte et à LAF, a été essentielle pour ce projet et pour ma trajectoire professionnelle. Ce festival est unique en son genre. Avec la collaboration de LAF, un atelier de traduction est organisé entre les auteurs au cours de la semaine précédant le festival.
Cela permet aux écrivains de se traduire les uns les autres dans un grand nombre de langues différentes. Les lectures-performances du festival sont donc le résultat de ce travail – chaque auteur lit sur scène ses œuvres, accompagné par les autres auteurs qui lisent leur traduction.
En d’autres termes, la TRADUCTION est CRUCIALE. La littérature maltaise reste très peu connue à l'étranger et c'est le seul moyen d'atteindre un public plus large dans le but de faire entendre ces voix si différentes.
Personnellement, je préfère partager mes mots, leur permettre d'habiter d'autres langues, d'autres cultures, d'autres mondes grâce à la créativité des traducteurs avec lesquels je collabore, leur donner la liberté de partager aussi leur propre voix à travers le choix des mots, plutôt que de recevoir des prix.
Le plus beau des cadeaux, c'est lorsque je reçois les messages de mes lecteurs pour me dire que mes mots ont résonné chez eux, qu’ils sont devenus les leurs, au-delà de toutes les frontières géographiques et autres.
Enfin, ce projet n'aurait pas été possible sans le Fonds de traduction du Conseil national du livre de Malte, qui permet à la littérature maltaise de voyager grâce à la traduction et à la publication dans d'autres langues. J'aimerais également vous faire découvrir HELA /Hub for Excellence in Literary Arts qui a publié en ligne, l'année dernière, un répertoire des auteurs maltais.
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