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440 enfants sont morts en essayant de rejoindre l’Europe entre 2018 et 2021

2021-06-20

En ce 20 juin 2021, Journée mondiale des réfugiés, nous mettons en avant l’initiative UNITEDAgainstRefugeeDeaths.eu. Geert Ates, coordinateur de la campagne et directeur du bureau UNITED d'Amsterdam, a répondu à quelques questions. Son organisation a créé une base de données afin de documenter les décès de migrants, “List of Refugee Deaths”.

440 enfants sont morts en essayant de rejoindre l’Europe entre 2018 et 2021 | Babelmed

Lost In Europe : Comment la “List of Refugee Deaths” a-t-elle vu le jour ?

 

Geert Ates : UNITED a commencé en 1993, après une rencontre de jeunes au Conseil de l'Europe, contre le racisme. L’idée a été de mettre en réseau le mouvement anti-discrimination.

C'était le bon moment et l’idée s'est rapidement développée, au point de devenir un réseau de 550 ONG dans 45 pays européens.

En 1993, par le biais du réseau, nous avons reçu des coupures de presse sur la noyade de réfugiés dans la rivière Oder Neisse, entre l'Allemagne et la Pologne. Nous avons remarqué qu'il ne s'agissait pas de cas isolés, mais d'une tragédie en cours, et nous avons donc commencé à compiler les informations dans une base de données.

Depuis, le secrétariat du réseau UNITED (personnel et de nombreux bénévoles) a continué un travail de recherche et d’ajout d’informations dans cette bas, au point que maintenant nous avons documenté 44.764 décès.

Tout en gardant en tête que nombre d’entre eux restent inconnus...

 

LIE : Quelle est la fiabilité des chiffres? Sont-ils représentatifs de la réalité ou sous-estiment-ils les phénomènes ? Pourquoi?

 

Geert Ates : Nous incluons des données provenant de sources fiables, de préférence en multipliant les sources. Au début, les informations provenaient principalement du réseau. Au cours de la dernière décennie, Internet et les médias ont également beaucoup publié sur les décès de réfugiés. Et depuis quelques années, l'OIM a commencé à tenir une liste de sources officielles, au côté de la nôtre.

Les cas que nous incluons sont tous liés aux « Politiques fatales de la forteresse Europe », ainsi nous incluons également les suicides dans les centres de rétention.

Nous ne documentons que les cas publiés. Bien sûr, il y a beaucoup plus de morts. Au début, les décès de réfugiés n'étaient pas des informations qui étaient publiées, ou seulement dans les journaux locaux. Maintenant, depuis que la « crise des réfugiés » est devenue un problème médiatique, de plus en plus de données sont connues.

J’estime qu’au cours des premières années nous ne connaissions que 50 à 60% des décès survenus. Aujourd’hui, avec le travail de toutes les ONG et les groupes de secours, on peut estimer que 80 à 90 % d’entre eux sont connus.Mais, en même temps il faut dire que personne n'a d’idée précise de ce qui se passe en Afrique en général, en Lybie, en Tunisie quand des gens sont renvoyés dans le désert...

LIE : Les autorités des différents pays comptent-elles correctement les décès ? Quelle est leur attitude à cet égard ?

 

Geert Ates :  Cela dépend. Les autorités comptent maintenant les décès dont elles ont connaissance. Mais elles ne comptent pas toujours les « disparus » et ne comptent pas les cas comme : une personne africaine renvoyée en Afrique sans la vaccination contre la fièvre jaune, et qui décéde de cette maladie.

Nous comptons ces décès, car pour nous ils sont causés par les politiques fatales de la forteresse Europe.

Il y a un point qui pour moi est un scandale : 98% des défunts de notre liste n'ont pas de nom, aucune identification sérieuse. Et pourtant il y a des morts enterrés dans toute l'Italie.

 

LIE : Vous collectez des données depuis 1993. Avez-vous constaté une évolution des chiffres concernant les enfants ?

 

Geert Ates : Non pas de constat particulier car nous ne séparons pas vraiment les adultes et les mineurs dans la base de données. Nous devrions sans doute faire un décompte séparé, mais c'est beaucoup de travail. Et, souvent on sait simplement qu'un bateau a disparu, avec à son bord des hommes, des femmes, des enfants… mais sans chiffres précis

 

LIE :  70 ans après la Convention de Genève, pensez-vous qu'il existe une meilleure protection et prise en charge des réfugiés et en particulier des enfants ?

 

Geert Ates : Après avoir compilé les données pour 2020 et 2021 notre équipe arrive à la conclusion que  la situation s'est aggravée. Les réfugiés ne sont pas considérés comme des êtres humains, même par les États. Ils ne sont vus que comme un problème. Et la gestion se résume à Frontex, refoulements, deals avec les pays voisins…

 

Cas connus, liens vers d’anciennes publications de Lost In Europe

"Lost in Europe"

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet de journalisme collaboratif Lost In Europe qui se penche sur la disparation des migrants mineurs non accompagnés. Retrouvez d'autres articles sur la situation vécue par des femmes Nigérianes en Europe sur le site.

 

Vous pouvez également lire sur Babelmed : « Europe : 18 292 migrants mineurs non accompagnés disparus entre 2018 et 2020 »

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