Tunisia
Les mouvements et l’évolution de la situation mondiale
2013-02-14
En partant des mouvements, le FSM sera l¹occasion de penser l¹évolution de la situation mondiale et mettra l¹accent sur la manière de renforcer le processus au service des mouvements sociaux et citoyens, de leurs mobilisations, de leurs luttes et des alternatives qu¹ils portent. Parmi les enjeux, on peut retenir l’évolution de la situation mondiale, la stratégie des mouvements, l’évolution des printemps arabes, le nouveau cycle de luttes et de révolutions ; l’évolution du processus des forums sociaux mondiaux.
Le FSM de Tunis permettra aux mouvements de confronter, à partir de leurs
situations, leurs appréciations de l’évolution de l’état du monde. Malgré la
profondeur de la crise, la bourgeoisie financière reste encore au pouvoir et
la logique dominante reste celle de la financiarisation. Mais la
mondialisation est en train d¹évoluer et ses contradictions augmentent. Elle
se traduit par une différenciation des situations suivant les régions du
monde, une sorte de dérive des continents. Chaque grande région évolue avec
des dynamiques propres et l¹évolution des mouvements sociaux cherche à
s¹adapter à ces nouvelles situations. Cette évolution modifie les conditions
de la convergence des mouvements.
En Amérique Latine, des régimes desarrollistas ou développementalistes,
mettent en place des politiques post-néolibérales. Des politiques qui ne
sont pas du tout anticapitalistes et qui combinent des gages au marché
mondial des capitaux et des politiques sociales avec des redistributions.
Elles ont pour conséquence une forme de banalisation de l¹altermondialisme
et une fragmentation des mouvements sociaux. En Asie, des alliances
combinent des bourgeoisies étatiques, nationales et mondialisées. Comme en
Amérique Latine, se pose la question sur le rôle des mouvements sociaux des
nouvelles puissances qu¹on appelle faute de mieux « pays émergents ». Dans
ces deux régions, le mouvement social s¹organise autour des travailleurs en
lutte pour leurs droits et leurs salaires, qui passent des alliances
spécifiques avec la bourgeoisie étatique, d¹autant que cette dernière
contrôle une partie de l¹appareil productif.
Au Moyen Orient, le nouveau cycle de luttes et de révolutions débouche sur
une période de fortes contradictions. La présence réelle des mouvements est
confrontée à l¹émergence de forces politiques se référant à l¹islam
confrontées au pouvoir gouvernemental, et à l¹instrumentalisation des
grandes puissances qui cherchent à compenser la chute de leurs alliés
dictateurs en jouant des situations. En Afrique, la course aux matières
premières et à l¹accaparement des terres et la multiplication des conflits
et des guerres qui en résulte brouille la dynamique économique réelle et la
vivacité des mouvements.
En Amérique du Nord, les nouveaux mouvements, occupy et carrés rouges, sont
confrontés à la violence de la réaction des pouvoirs économiques et à la
montée des conservatismes inquiétants. En Europe, les mouvements sont
confrontés à trois défis principaux : la précarité, la xénophobie, la
définition d¹un projet européen alternatif. Le premier concerne
l¹indispensable et très difficile alliance pour les luttes communes entre
travailleurs précaires et travailleurs non-précaires. Le second concerne la
montée des idéologies racistes et xénophobes qui prolifèrent à partir de la
peur et des insécurités sociales, écologiques et civiques. Le troisième
concerne la définition d¹un projet européen alternatif qui se dégagerait du
projet européen dominant et de ses impasses et qui traduirait en termes
politiques et culturels l¹unité du mouvement social européen.
Confrontés à la nouvelle situation et à la vigueur de la réaction
conservatrice, les mouvements déploient une très forte combativité et
beaucoup d¹inventivité. Ils n¹ont pas encore redéfinis les nouvelles formes
et les priorités qu¹ils veulent accorder à la convergence des luttes
internationales. Ils sont conscients de son importance et restent présents
dans les espaces existants, notamment dans les forums sociaux, sans toujours
les investir avec une attention suffisante.
La situation du processus des forums sociaux mondiaux
Le FSM joue un rôle central dans le processus des forums sociaux. Il est
l¹occasion d¹événements spécifiques qui s¹y préparent (Forum Mondial Science
et Démocratie, Forums des Autorités locales, Forum de Parlementaires, Forum
syndical, Forum des médias libres,..) et de l’organisation d’activités qui
sont directement issus d’autres événements qui ont eu lieu ou qui se
préparent (Rio+20, Forum des migrants d¹Oujda, Forum Free Palestine,
Tribunal Russell sur la Palestine, Forum Irakien, Forum Paix et désarmement,
Florence+10 sur le mouvement social européen, Forum pan canadien, Forums
Paix et désarmement à Sarajevo en 2014, etc.).
Les forums nationaux et régionaux explorent des voies de transformations
politiques et ouvrent la question de l¹évolution des régimes et des rapports
entre les mouvements et les Etats. Des politiques post-néolibérales sont en
gestation. Elles ne sont pas anticapitalistes, mais elles cherchent des
voies d¹autonomie par rapport au marché mondial des capitaux et des
possibilités de redistribution partielle. Par rapport à la fragmentation du
mouvement social dans certaines situations, l¹autonomie des mouvements
sociaux reste la priorité, y compris dans les négociations et dans le
soutien à certains régimes. Les forums thématiques approfondissent
l¹orientation stratégique, celle de l¹égalité des droits et des
mobilisations contre la logique du capitalisme. La liste des forums
thématiques, régionaux et mondiaux s¹allonge ; on en compte une cinquantaine
pour la période 2012 à début 2013. Par rapport à la nouvelle période, le FSM
de Tunis amorcera la mutation du processus des forums sociaux mondiaux.
Gustave Massiah, le 2 février 2013
*Gustave Massiah est représentant du CRID au Conseil International du FSM
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