Tunis. Couvrez ce corps, que je ne saurais voir.

La Marsa. (Photo: Sana Sbouaï)

 

La plage, en Tunisie, c’est d’abord une aventure en famille, avec : les couffins que l’on rempli de casse-croûtes, de sodas, de pastèques… Les voitures dans lesquelles on s’entasse avec des foutas, des parasols, des chaises en plastique, des glacières…

 

Le Kram.(Photo: Sana Sbouaï)

 

Une fois le pied posé sur le sable on s’installe sous le parasol, en ayant pris soin d’accrocher des draps, fabriquant ainsi des tentes de fortune, qui permettent de profiter d’un peu d’ombre et de créer un peu d’intimité, alors que l’on est dehors, assis là, dans un espace public, un peu dénudé.

La schizophrénie commence là : sortir mais ne pas vouloir être vu, tendre des draps pour se dissimuler, se dénuder pour se recouvrir. Se cacher du regard des autres et ne pas vraiment s’abandonner. Et même si l’on adore la plage, ne pas vraiment y être libre, contraint par une règle qui n’existe nulle part ailleurs que dans nos têtes. La règle de la pudeur.

 

La Marsa. (Photo: Sana Sbouaï)

 

Le Kram. (Photo: Sana Sbouaï)

 

Il y a aussi l’exacte opposé : aller à la plage à l’hôtel. Payer pour profiter de deux choses gratuites, une place sur le sable et une baignade dans la mer. Payer pour pouvoir, quand un regard se fait trop insistant, demander au serveur qui passe par là d’aller toucher deux mots au reluqueur.

Sur ces plages les femmes ont souvent d’impeccables brushings et les hommes des polos bien trop près du corps. Des signes extérieurs qui présagent du fait que personne n’est là pour aller se baigner et se laisser aller. Ici les gens viennent plutôt pour être vu. Mais ici comme ailleurs personne ne semble libre.

 

La Marsa. Photo: Sana Sbouaï)

 

Au milieu de tout ça il y a des jeunes femmes qui se moquent bien des contraintes. Sans éclats de voix, sans s’énerver contre la terre entière, tranquillement, elles résistent. Tranquillement. En riant.

Elle n’ont pas l’air de mener de combat, quand elles racontent leurs histoires, comme ça, en passant. Pourtant elles gagnent des batailles contre les obligations faites au corps des femmes. Un corps qui doit être mince, soigné, qui doit faire plaisir à voir, mais qui ne doit pas être montré.

Samah et Dorah racontent leur rapport à la plage, à leur corps, à la liberté. Deux jeunes femmes décidées. Comme de nombreuses autres tunisiennes.

 

La Marsa. Photo: Sana Sbouaï)

 

D’autres témoignages vous attendent : à Alger, à Nice et à Rome, des femmes racontent aussi.

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