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Tunisia

Lang'art, lieu de danse, lieu de vie

2017-07-05

"En Tunisie on fait croire aux gens que l'art c'est pour le divertissement, que les artistes ne doivent pas partager leurs idéaux " déplore Bahri Ben Yahmed, danseur, artiste polyvalent, en charge de Lang'art. Lui pourtant ne badine pas avec son art. Si la danse est un plaisir, avec sa démarche le danseur éduque les jeunes  "qui seront les citoyens de demain."

Bahri Ben Yahmed voit dans la danse et dans l'art des outils de construction pour la jeunesse - © Sana Sbouai

Et pour lui l'éducation passe par la rigueur. Passer la porte de Lang'art donne vite le ton. Sa voix forte, directive, résonne dans l'immense espace, ancien dépôt de boissons. Il bat la mesure et un groupe de jeunes, très concentrés, répètent inlassablement la chorégraphie qu'ils doivent bientôt présenter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lang'art est un projet de l'association Danseur citoyens, une association qui propose de la formation professionnelle pour les danseurs tunisiens.  L'espace culturel a ouvert ses portes en mai 2015. Il propose différentes activités dont de la danse, du théâtre et des arts de rue. Le lieu accueille une cinquantaine de jeunes, de 13 à 20 ans, originaires de différents quartiers de Tunis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Danseurs citoyens - Street Dreams

 

D'un dépôt de boissons à une salle de répétition

Il est loin le temps où Lang'art était un dépôt de bouteilles d'eau, il est loin le temps où les jeunes dansaient dans un local non aménagé, un simple espace, immense, vide, mais un espace à eux. Aujourd'hui Lang'art est un centre de formation Tuniso-africain pour les arts de la rue et les arts scénique, dont Bahri Ben Yahmed est le directeur artistique et le directeur des études. Il raconte la transformation du lieu :

  Répétitions et chorégraphies - © Sana Sbouai

"Le groupe était solidaire. On a tout fait : la menuiserie, le ciment, l'aménagement... pour réussir à avoir un lieu pour recevoir des jeunes artistes, pour leur formation, l'expérimentation, l'échange et des représentations." Des mois de travaux ont été nécessaires pour que l'espace prenne forme.

Lang'art est un espace culturel ouvert à de nombreux arts : on y trouve un lieu dédié aux graffiti - © Sana Sbouai

Aujourd'hui le local contient un lieu de répétition avec une scène de prés de 70 m2 et un espace public : un café ouvert à tous. Mais aussi le Tag store : "l'unique lieu d'accueil des tagueurs en Tunisie" précise Bahri. Un partenariat monté avec l'association Art Solution, qui promeut le street art en Tunisie.

 

 

Tag store - © Sana Sbouai

 

Lang'art : lieu d'apprentissage de la vie

Les jeunes qui s'y entrainent, viennent passer un moment, discuter ou jouer de la musique, ont entre 13 et 20 ans: " A cet âge on peut encore leur apporter des choses, on peut avoir un impact intellectuel ", explique Bahri. Si de prime abord il s'agit de danse, l'apprentissage est bien plus complet. " Comment entrer dans le monde professionnel? Comment vivre de l'art ? Comment créer un système alternatif pour l'art en Tunisie? Ce travail commence dés maintenant. Les jeunes doivent comprendre qu'il y a un objectif " affirme-t-il.

 

Répétitions et chorégraphies - © Sana Sbouai

 

Le travail réalisé pendant l'année donne lieu à des représentations, comme en juillet 2016 où une quarantaine de jeunes avaient investi la scène d'un théâtre ouvert, à Hamam Lif à quelques kilomètres de la capitale. Ou comme les représentations prévues à la fin du mois de juin 2017, avec un rendez-vous dans une salle de cinéma du centre ville de Tunis. Au programme : diffusions de films, discussions autour  de l'engagement artistique et la durabilité de l'action culturelle, et, surtout, la présentation de deux spectacles par les jeunes danseurs de Lang'art : "Chaos" et "Le Noir est une valeur".

 

ACTS Ifriqiya

En 2016 Lang'art est devenu un centre de formation. Ainsi grâce au partenariat avec Acts danse -une école d'art spécialisée en danse contemporaine à Paris-, une formation diplômante de 2 ans niveau BTS est proposée pour la Tunisie et l'Afrique.

 

Beaucoup de jeunes danseurs viennent de quartiers populaires - © Sana Sbouai

 

"C'est la première institution en Tunisie qui forme des artistes professionnels avec un diplôme!" explique Bahri. " C'est une valorisation de notre travail. L'équipe de Acts a vu notre projet et notre historique (NDLR : avec Danseurs citoyens), depuis la révolution, avec des danseurs qui ont passé des auditions à l'étranger et qui ont été pris. Notre formation a valorisé des jeunes tunisiens qui viennent de quartiers populaires", précise-t-il. Et il insiste : même sans être bon en cours  on peut avoir un talent, suivre une formation, et avoir un travail. L'idée est de faire évoluer tous les talents, même si les études restent importantes.

 

Une formation qui est un pas de plus sur le chemin que Bahri veut tracer pour la danse en Tunisie : que cet art, considéré mineur si longtemps, y trouve une vraie place.

 

Reportage réalisé dans le cadre du projet WAR avec le soutien de la Fondation Anna Lindh et de la Fondation de France