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Syria

POUR SAMA : D’ALEP ASSIÉGÉE AUX OSCARS

2020-02-13

Cela pourrait être un vrai conte de fée : Waed vit à Alep, elle est amoureuse d’Hamza, un jeune médecin, après quelques atermoiements ils se marient, Waed est enceinte, elle accouche d’une superbe petite fille : Sama. Cependant, comme dans les vrais contes de fées, il faut compter avec l’ogre. Bashar Al Assad avec l’aide de ses alliés russes assiège sa population à Alep, bombarde les populations civiles et prend de mire les hôpitaux. Avec le documentaire For Sama de Waed Al Kateab, cette réalité d’une guerre où tous les principes du droit international humanitaire sont bafoués par les belligérants et ignorés par la communauté internationale sautent à la gorge.

« Où est ma petite ? Où est Sama ? » hurle Waed au milieu d’un bombardement qui a touché, une nouvelle fois, l’hôpital où elle et son mari habitent. C’est un hôpital de fortune qu’ils ont organisé après que l’hôpital de la ville a été bombardé. Waed filme tout, tout le temps. On le pressent, pour ne pas devenir folle elle s’est donnée comme objectif de documenter l’horreur que la population civile syrienne est en train de vivre. A chaque bombardement, elle a donc un œil sur sa fille et la caméra à la main. Elle descend dans les sous-sols de l’hôpital et filme.

Une journaliste syrienne ‘embedded’

For Sama est un des meilleurs documentaires jamais tourné sur la guerre en Syrie parce qu’il est tourné par une femme, journaliste et syrienne. Beaucoup tient au fait que Waed est ‘embedded’ dans son propre pays, mais aussi parce que son regard est strictement féminin et a un objectif très clair. Aucune image de milicien, de kalachnikovs, de tir de mortier. La réalisatrice n’a pas besoin de filmer les armes pour rendre l’horreur de la guerre. L’Apocalypse que filme Waed montre les victimes des armes : un enfant de 6 ans en train de mourir entouré de ses frères en larmes, une jeune femme enceinte de 9 mois touchée par un bombardement à qui il faut faire une césarienne d’urgence dans des conditions impensables. La réalité de la guerre, sa vérité la plus crue est devant nous comme jamais. Selon l’Observatoire syrien des droits de l'Homme, 112 623 civils, dont plus de 21 000 enfants et 13 000 femmes, sont morts depuis le début du conflit. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha) de l'ONU, 2,9 million de personnes vivent avec une invalidité permanente. Et c’est bien cette réalité que n’échappe pas à la réalisatrice.

L’intimité est politique

Beaucoup d’images sont juste intolérables à voir. Waed devait-elle vraiment continuer à filmer une femme folle de douleur pour la perte de son enfant ? Une des scènes les plus troublantes du film donne la réponse : cette même femme demande à Waed de continuer à filmer alors qu’elle porte son enfant comme s’il s’agissait encore d’un bébé, en lui promettant du lait. « Le monde doit voir » dit-elle. Depuis 9 ans, la question reste suspendue aux lèvres des Syriens : « Pourquoi le monde ne veut-il pas voir ce que nous vivons ? »