Jeunesses

Grève générale du 30 octobre en Italie, la Gen.Z en marche

31 octobre 2026

Lycéen.ne.s, étudiant.e.s, travailleurs et travailleuses, précaires, mouvements sociaux et militants de la solidarité avec la Palestine... Ils sont des dizaines de milliers -plus d’un million selon les organisateurs - à être descendus dans les rues des principales villes de la Péninsule.

Manifestation, Rome le 30 octobre. Photo Nathalie Galesne

Même pas peur

 

L’énième décret sécurité adopté par le gouvernement Meloni et la diabolisation du jeune chercheur Youssef Siher présenté par la droite et l’extrême droite comme un dangereux terroriste, instigateur des violences du 17 octobre à Milan, n’auront pas eu raison de l’immense foule qui a conflué dans une soixantaine de villes italiennes.

 

Mieux vaut être enfant unique que frères d'Italie (du nom du parti de Giorgia Meloni : Fratelli d'Italia)

D’une part à l’autre du pays, le refus de l’exécutif s’est exprimé au gré de chants, slogans et danses marqués par la contestation irrévérencieuse de la Gen.Z et la radicalité de ses aînés : tous les partis de la gauche radicale avaient répondu à l’appel : de « Potere al popolo » à « Rifondazione Comunista » en passant par le « partito communista » et « Sinistra italiana ».  

 

Manifestation, Rome le 30 octobre. Photo Nathalie Galesne

Comment faire confiance à un gouvernement qui pratique l’autocélébration, mais porte la responsabilité d’un bien piètre bilan : augmentation de l’inflation et de la dette publique, accentuation de la pauvreté, difficultés des foyers à finir les fins de mois, abandon du welfare au profit d’un capitalisme néo-libéral débridé, évasion fiscale impunie ...

 

En Italie, selon le rapport ISTAT 2025 « plus de 5,4 millions de personnes vivent dans des conditions de pauvreté absolue, tandis que 8,7 millions sont en situation de pauvreté relative. Au total, plus de 13 millions de personnes sont exposées au risque de pauvreté ou d’exclusions sociale. La pauvreté absolue touche particulièrement les familles étrangères : son incidences atteint en effet 29,4% d’entre elles. Ces chiffres donnent une mesure des inégalités qui traversent la société italienne et frappent les populations les plus précaires.

 

Sur l'affiche : "Le gouvernement plus stable de toute l'histoire d'Italie. Ben voyons, encore un peu et on claque"

Uni.e.s contre le réarmement

 

Loin de se limiter aux revendications aux revendications matérielles, la contestation porte également sur les orientations budgétaires et géopolitiques du gouvernement. Pour les manifestants, le réarmement constitue un choix politique et économique qui se fait au détriment des dépense sociales. L'argent consacré aux armes pourrait être alloué au service public.

L'USB avait précisément placé cette journée sous le signe du refus de l'économie de guerre, du «carovita» (vie chère), et de la répression. 

Le syndicat appelait aussi à une mobilisation internationale dans les ports contre le trafic d'armes : l'initiative impliquait plus de 100 installations portuaires dans 17 pays.

 

Le pacifisme italien, une valeur transgénérationnelle. Photo N. Galesne

Palestine, mon amour

 

Une marée de drapeaux palestiniens, mêlés au tricolore italien, flottait au-dessus des cortèges du 30 octobre. Les slogans de solidarité avec Gaza rappelaient la dimension internationale de l'engagement d'une grande partie de la jeunesse italienne en faveur de la Palestine, contre l'inaction du gouvernement italien et, plus largement, de l'Europe, accusés de n'avoir rien entrepris pour contraindre Israël et le gouvernement Netanyahou à mettre un terme à la guerre.

La dénonciation du génocide à Gaza et des violences perpétrées par les colons en Cisjordanie trouve ainsi naturellement sa place aux côtés de la contestation des politiques sécuritaires et migratoires du gouvernement Meloni, mais aussi du racisme et des discriminations qui traversent la société italienne. 

Les combats internationaux et les luttes menées sur le territoire national se rejoignent dans une même dénonciation des rapports de domination associés au fascisme : « Siamo tutti antifascisti » (nous sommes tous anti fascistes) ont crié à l’unisson les dizaines de milliers de manifestant.e.s dans les différents cortèges.

Photo N. Galesne

Gen. MaranZa

 

La Gen Z italienne s'oppose notamment au dispositif gouvernemental qui prévoit, à partir de la rentrée 2027-2028, de limiter à 30 % les élèves de nationalité étrangère dans les classes.

 

Antiracistes, les jeunes manifestants ont revendiqué leur appartenance à la « Gen MaranZa », inscrite en lettres géantes sur une banderole. Une manière de renverser le stigmate et de transformer en emblème collectif ce terme à double connotation, classiste et raciste, largement relayé par les médias et les responsables politiques pour désigner les jeunes issus de l'immigration maghrébine.

Intertextualité transalpine

 

Les lycéen·nes et étudiant·es italien·nes ont emboîté le pas à la contestation de la jeunesse française, à quelques semaines d'intervalle. Hyperconnectées, les revendications de la Gen Z défient les frontières et les outrepassent avec aisance.

Le bilinguisme franco-italien était donc de rigueur dans les cortèges. « Le monde est à nous » pouvait-on lire sur de nombreuses pancartes, mais aussi « Siamo noi le tenebre e vi cancelleremo », reprise ironique du slogan « Bismillah, c'est les ténèbres ». 

Photo N. Galesne

Quant au désormais célèbre « Tout le monde déteste la police », il était scandé en chœur à l'adresse des rangées de CRS qui encadraient les manifestations. À Bologne, on a vu toutefois des policiers déposer leurs casques et leurs boucliers à leurs pieds. À Naples, des manifestants sont allés jusqu'à leur offrir des sfogliatelle, pâtisseries emblématiques de la ville, aux forces de l’ordre. Autant de scènes qui contrastent avec les images anxiogènes des précédents affrontements, largement relayées par les médias mainstream.

Ce 30 octobre, on a vu déferler dans toute l’Italie une énergie revigorante : celle de la galaxie des centres sociaux, des mouvements antifascistes, ceux de l’écologie et de la solidarité à la Palestine...d'ordinaire peu visibles dans l'espace public. 

 

 

 

« Preferisco marciare che marcire » (je préfère marcher que pourrir) pouvait-on lire dans le cortège, un slogan au parfum de mai 68. Photo N. Galesne

Les grands absents de cette journée étaient sans nul doute les partis traditionnels de gauche, avec en tête le Partito Democratico (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S). Ces deux formations constituent les principales composantes du « Campo largo », la coalition d'opposition qui entend faire barrage au gouvernement Meloni lors des prochaines élections législatives, prévues en 2027. A suivre...