Femmes - Politiques
Palestine
Hommages à Shireen, notre icône
2022-05-15
L’assassinat de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh, abattue jeudi 12 mai à Jénine alors qu’elle couvrait un raid israélien, a soulevé une vague d’indignation sans pareille dans les sociétés arabes, tandis qu’une foule incommensurable de Palestinien·ne·s se pressaient, vendredi à ses funérailles.
Depuis son assassinat, survenu hier matin aux environs de 6.30 alors qu’elle couvrait à Jénine un raid de l’armée israélienne, une vague d’émotion et d’indignation sans pareille traverse les sociétés arabes, de Tunis à la Cisjordanie.
Une icône
Cela faisait deux mois que Shireen Abu Akleh arpentait le camp de réfugié·es de Jénine pour documenter l’énième épisode de violence de la part d’une force d’occupation qui méprise les droits fondamentaux du peuple palestinien, y compris celui d’informer et d’être informés. Peu de temps après son décès, Al-Jazeera a dénoncé un « crime odieux, en violation totale du droit international, qui a pour but d’empêcher les journalistes de faire leur travail. »
51 ans, Shireen collaborait à la chaîne qatari depuis la fin des années 1990. Elle avait couvert nombre des événements qui ont endolori l’histoire de la Palestine : la bataille de Jénine, la deuxième Intifada, les innombrables incursions et opérations militaires de l’armée israélienne en Cisjordanie. C’était aussi une des figures incontournables d’un journalisme d’investigation, de terrain, hautement professionnel qui a joué un rôle important auprès des jeunes de la région.
« Je me suis réveillée le 11 mai, écrit Maya El Ammar de Beyrouth (la jeune co-rédactrice en cheffe de Medfeminiswiya). J'ai vérifié mon téléphone comme d'habitude, et la première chose sur laquelle mes yeux sont tombés était l’annonce que Shireen Abu Akleh avait été tuée. Je me suis figée. Pendant deux heures, j'ai cherché en vain sur Internet des signes pouvant indiquer qu'elle était encore en vie, qu'elle était dans le coma et qu’elle finirait par se réveiller ! Mais elle ne l'a pas fait. Enfant, Shireen m'a inspiré par sa détermination et sa bravoure. Adulte, elle a été pour moi encore une source d’inspiration pour son calme et son humilité. Dans sa vie, comme dans sa mort, elle m'a rappelé à quoi ressemblent Jérusalem et la Palestine.
En dehors des dogmes religieux et idéologiques, elle nous a fait comprendre, surtout à celles et ceux d'entre nous qui n'ont pas pu visiter la Palestine, combien ce lieu est généreux, riche et imprégné de culture, et surtout combien l'occupation a toujours été accaparatrice et brutale. Je ne parviens pas à exprimer à quel point je suis en colère contre le monde pour son hypocrisie, ses doubles standards et son injustice. Mon cœur va à tous les Palestinien·nes qui sont tué·es, torturé·es, déprécié·e. et invisibilisé·es chaque jour. Nous sommes nombreux à vous soutenir et nous continuerons à soutenir votre cause, jusqu'à notre dernier souffle. »
Un assassinat pur et simple
Sur le terrain, Shireen portait un casque et un gilet pare-balle bleu estampillé « presse », impossible par conséquent de ne pas l’identifier comme journaliste. Le caméraman palestinien Mujahe al-Saadi, présent à ses côtés lorsqu’elle a été touchée, a indiqué à la presse :
« Un collègue s’est fait tirer dessus, j’ai entendu Shireen crier pour nous prévenir qu’il était touché. Il y a eu un autre tir, j’ai tourné la tête, puis je l’ai vue elle, au sol. Elle a été touchée à la tête, sous l’oreille, par un tir extrêmement précis. C’était un endroit qui n’était pas couvert par son casque. »
Ses propos ont été confirmés par Ali al-Samodi, producteur de la chaîne Al-Jazeera, blessé lui aussi sur le terrain par les tirs des balles : « Ce sont les forces israéliennes qui ont ouvert le feu. D’abord sur moi, j’ai reçu une balle dans le dos, et ensuite sur Shireen, a-t-il déclaré depuis l’hôpital Ibn Sina de Jénine »
Irruption de la police israélienne durant les funérailles de Shireen Abu Akleh
Même morte, la journaliste continue d’être martyrisée par la police israélienne qui a tenté de disperser la foule au sortir de sa dépouille de l’hôpital, frappant violemment les hommes qui portaient son cercueil.
Shireen Abu Akleh appartient à une famille chrétienne de la Ville sainte qui prônait, hier encore, la paix devant les caméras, se contentant de demander que la vérité soit faite sur les circonstances qui ont fait perdre la vie à Shireen.
On aimerait que ces scènes d’oppression répugnante soulèvent la même indignation en Occident où les opinions publiques s’émeuvent légitimement devant les horreurs infligées aux Ukrainien.ne.s par la soldatesque russe. Espérant toutefois que la domination poutinienne ne se transforme en scènes de petite violence ordinaire dont plus personne ne se souciera.
Les exactions d’Israël contre les médias ne sont pas une nouveauté. D’autres journalistes d’Al-Jazeera ont été harcelé·es par la police israélienne tandis qu’il y a un an, presque jour pour jour, la tour Al-Jala de Gaza où la chaîne qatari avait ses locaux était bombardée par une frappe israélienne.
Article publié par notre partenaire Medfeminiswiya et partiellement repris par Babelmed.
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