Muzzika

Argentina - France

MUZZIKA ! DOMAINE HISPANIQUE-ARGENTINE AGUAMADERA : « Las historias que han dejado »

2022-04-05

Aguamadera (Label Quart de Lune, France) est un groupe argentin, formé du duo Maria Cabral et Marco Grancelli, jeunes trentenaires, tous deux au chant, à la guitare et à la petite guitare appelée « cuatro ».

MUZZIKA !  DOMAINE HISPANIQUE-ARGENTINE  AGUAMADERA : « Las historias que han dejado » | Babelmed

Pour ce dernier album le duo est devenu quatuor, avec Julien Rieu de Pey à la basse et Vanessa Garcia aux percussions.

 

Dans leurs deux premiers disques, « Colocho » et « La campana », ils interprétaient des airs traditionnels de toute l’Amérique latine, en les réinventant. Dans ce troisième album, qui s’intitule « Las historias que han dejado » - Les histoires qu’ils nous ont laissées - ils nous offrent leurs propres compositions, tout en les enracinant dans ces musiques traditionnelles, et toujours en s’ouvrant à d’autres pays que l’Argentine. 

 

Ils s’en expliquent ainsi, je les cite :

Nous voulons continuer la tradition musicale dont nous avons hérité, mais sans que cela devienne une limitation conservatrice : au contraire,  pour continuer un chemin ouvert par ceux qui ont chanté avant nous.

Ainsi par exemple, dans la chanson qui vient, ils nous racontent l’histoire d’une couturière, Teresita, qui va à une fête de village - ces « petites histoires du quotidien » forment la trame de bon nombre de chansons, traditionnellement en Amérique Latine.

La tradition s’entend ici à l’oreille - on aura reconnu le son un peu acide de la petite guitare, appelée « cuatro »,  instrument typique de toute l’Amérique Latine. Pourquoi s’appelle-t-elle « cuatro » ? Parce qu’elle a 4 cordes - alors que la guitare classique ou folk en a 6. Et pourquoi des mini-guitares ? Les historiens nous racontent que pendant les siècles de l’esclavage et de la colonisation, les esclaves, qu’ils soient noirs ou indiens, étaient interdits d’instruments de musique : les mini-guitares étaient plus faciles à cacher et à transporter quand il fallait animer une fête interdite…

 
Cette chanson s’intitule Sombra de la Flor, ce qui veut dire L’ombre de la fleur. Et, à part la musique, l’autre manière pour notre duo de s’enraciner et de perpétuer la tradition, est le choix des paroles et textes des chansons qu’ils écrivent, avec des mots typiques de la chanson espagnole et latino-américaine comme : Flor - la fleur ; Tierra roja - la terre rouge ; campo de maïs - le champ de maïs. 
 
Leurs chansons parlent du quotidien, mais du quotidien aujourd’hui - par exemple avec un titre sur la maternité, dans notre monde devenu incertain. Et puis bien sûr il y a des chansons d’amour - un thème central dans la chanson d’Amérique latine ! Nous écoutons par exemple « No quiero mas tuo amor » - Je ne veux plus de ton amour : 
 

On aura remarqué le placement de la voix de Maria Cabral, placée assez haute, ce qui est une caractéristique des chants féminins dans les régions andines. On aura surtout remarqué, tout au long de l’album, cette manière de chanter ensemble de notre duo, en polyphonie : car il faut préciser que si nos deux jeunes artistes jouent remarquablement des guitares et instruments à cordes, et ont une solide formation musicale - Maria Cabral a commencé la musique avec le piano, à 8 ans, et Mario Grancelli a démarré la guitare à 11 ans - et bien tous deux sont passionnés par les voix, et ont chanté chacun dans des chorales, depuis leur enfance et jusqu’à l’âge adulte. C’est d’ailleurs dans une chorale qu’ils se sont rencontré ! On écoute ici Mario Grancelli, dans un solo de guitare, «Latido» : 

Cet album a été enregistré à Buenos Aires, mais il reflète la palette musicale de toute l’Amérique latine. Une fois de plus, je les cite - ouvrez les guillemets : « on a trouvé qu’il y a beaucoup de conversations musicales entre les pays d’Amérique latine ». Car avec une langue commune, l’espagnol, les chansons ont toujours voyagé d’un pays à un autre, exactement Jacques Brel ou Stromae, qui sont belges, ont un large public en France. 
 
Ce « partage de musiques et de chansons » entre les divers pays d’Amérique latine, la musicologue Carmen Bernand l’explique bien, dans son livre « Genèse des musiques d’Amérique latine », paru chez Fayard en 2013, à lire pour tous les amoureux des musiques du sous-continent !