Littérature - Muzzika
France
Le hashtag #voleursdartistes ou #stolenartists : contre le vol des créations artistiques
2022-01-06
Il y a peu, invitée à Soulaines en Champagne pour dédicacer mon livre DANS NOS CAMPAGNES, j’ai rencontré, signant ses livres à côté, un auteur fort sympathique de la région, Christian Moriat, auteur de nombreux ouvrages publiés par un éditeur local, Pythagore.
Je lui ai acheté son best-seller, « Popaul » (Le Pythagore, 2015) et me suis régalée en le lisant ensuite. Pendant notre rencontre, Christian m’avait raconté le plagiat dont son livre avait fait l’objet, car l’histoire de son livre, m’avait-il dit, a été « volée » pour en faire un film qui a eu un certain succès : « L’école buissonnière », « signé » Nicolas Vanier.
Le hasard a voulu que ce film passe à la télévision peu après, et, le regardant, j’étais absolument effarée du culot d’un cinéaste qui se prétendait l’auteur de l’histoire, tant « L’école buissonnière » était un copié-collé de « Popaul » ! Avec bien sûr, comme toujours dans le cas de vols de manuscrits ou de scénarios, des changements mineurs, destinés à camoufler le vol.
Ainsi dans le film l’action se déroulait en Sologne et non plus en Champagne du côté de Bar-sur-Aube, le gamin ne s’appelait plus Popaul mais… Paul (quel manque d’imagination… et quel aveu !), etc. Mais l’on y retrouvait la même histoire d’amitié entre un orphelin et un garde-chasse, la même petite gitane et sa famille avec roulotte et chevaux, la même tante à la cuisse légère qui met un chiffon blanc à sa fenêtre en signal à ses amants, etc. : avouez, cela fait beaucoup de « coïncidences » !
Voilà toute l’histoire, telle que Moriat me l’a racontée : une actrice célèbre - dont nous tairons le nom car elle n’est pas responsable du vol - avait rencontré Moriat lors d’une signature, lui avait acheté le livre, et lui avait écrit ensuite, enthousiaste, en lui disant que cette histoire ferait un beau film, et qu’elle passait le livre à un ami, producteur. Après la sortie du film, l’actrice fit silence radio à toutes les tentatives de contact de Moriat…
« Popaul » était paru en mai 2015, le film sortit en octobre 2017, et le cinéaste Nicolas Vanier avait pris soin de sortir quelques mois avant un livre homonyme, « L’école buissonnière », en mai 2017, le film étant censé être « l’adaptation du livre », comme l’affirmait la présentation du film. Et sur le site de Nicolas Vanier, aujourd’hui 4 janvier 2022, l’on peut lire ceci, sur la page consacré au film : « Le dernier film de fiction de Nicolas, l’Ecole Buissonnière, raconte une belle histoire d’hommes, d’animaux, de nature… en Sologne, sa terre natale ! » (c’est moi qui souligne !!!)
Quand Moriat m’avait raconté son plagiat, je lui avais immédiatement demandé pourquoi il n’avait pas pris un avocat : mais celui-ci lui avait dit que ses chances de gagner, lui « petit » auteur avec un « petit » éditeur, contre un réalisateur connu et sa boîte de production, étaient faibles. Le site de Christian Moriat ici.
Alors j’ai tout de suite pensé à #metoo, à la force du collectif lorsqu’il s’agit de faire triompher la justice contre ceux et celles qui se croient puissants et intouchables, au-dessus des lois en somme, parce qu’ils abusent des « petits » ou ceux qu’ils croient plus « petits » qu’eux.
Mais mon vocabulaire de journaliste venue du Sud ne connaît pas le mot « petit », car je travaille et écris depuis plus de 30 ans justement sur les « petits » qu’on appelle « petites gens », sur les délaissés, les sans-voix, les paysans de France y compris, écrivant aussi, comme journaliste de musiques du monde, sur ces « petits » (???!!!) artistes produits par de « petits » labels (???!!!), artistes parfois formidables voire exceptionnels, peu connus hors de leur pays ou du grand public, « grands » artistes voire immenses, par le talent, et dont les disques n’existent que parce que de « petits » labels croient en eux ! (Et dans l’édition c’est la même chose…)
Et je compte parmi mes amis artistes, certains et certaines qui se sont fait pareillement « voler » leurs musiques, voire leurs chansons … Tout le monde dans le milieu connaît le procès que fit - et gagna ! - le jazzman camerounais Manu Dibango à Mickaël Jackson, qui avait « emprunté », pour sa chanson "Wanna be startin’ something », plusieurs mesures de « Soul Makossa », tube planétaire qui fit connaître Dibango au monde entier dans les années 70 (Pour plus de détails, écouter l'émission de France Inter à ce sujet).
Alors de quoi je me mêle, moi, simple voisine d’un jour d’un auteur inconnu hors de sa Champagne natale (où il est un auteur adulé du public !), moi qui ne connaissais ni Christian Moriat, ni ses livres, ni le film de Vanier, avant ce jour où nous étions invités lui et moi à signer nos livres ?
C’est par soif de justice. Pour mes amis artistes qui pareillement se sont fait piller une mélodie ou une chanson. Pour ceux et celles dont j’ai lu le nom un jour dans un journal, et qui criaient, sans succès, qu’ils s’étaient fait voler leur scénario, leur idée de livre, à propos d’un film à énorme succès comme The Artist comme à propos d’un livre sur l’Egypte des années 50. Alors je lance ce hashtag #VOLEURSDARTISTES ou #STOLENARTISTS, pour que tous les « petits » ou anonymes créateurs reçoivent réparation. Et pour faire trembler… les Voleurs d’Artistes !
Notre collaboratrice Nadia Khouri-Dagher est une journaliste-reporter franco-libanaise, auteur de plusieurs ouvrages et enquêtes, la plupart nominés à des prix littéraires. Elle vient de publier DANS NOS CAMPAGNES (Au coeur du monde Éditions, 2021), enquête (optimiste !) sur la vie quotidienne dans les campagnes de France, saluée par les médias. Elle a créé et assure depuis 2006 la rubrique MUZZIKA ! dans Babelmed . Son site : au-coeur-du-monde.com . Son site musical : musiques-du-monde.com.
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