Révolutions

Syria

Au revoir Hassan

2021-03-15

On sent que tout n’est pas complètement perdu…,  par Hanan Kassab Hassan

 

Je ne savais pas qu’il était malade, mais en voyant sa dernière photo, j’ai senti que son regard était éteint, voilé d’une brume de tristesse ou d’un implacable sentiment de fatigue et de défaite, lui qui était un bon vivant joyeux et dynamique. J’ai compris alors que Hassan Abbas était brisé, comme nous tous, par l’extinction progressive de tout espoir d’une vie meilleure pour les Syriens.

 

Cette triste nouvelle du départ de Hassan Abbas nous ébranle et nous fragilise, nous ses semblables qui avons le même langage et la même façon de penser malgré nos différends et nos différences. Nous la vivons comme une perte irréparable car nous sommes devenus peu nombreux dans un climat général de fanatisme et d’ignorance.

 

Pourtant, à voir le nombre de témoignages et d’hommages rendus sur les pages des réseaux sociaux par les jeunes, ses disciples, on sent que tout n’est pas complètement perdu ; et que le grain semé par ce "chantre de la citoyenneté" donnera un jour sa récolte dans une nouvelle Syrie libre et démocratique. 

 

par Hanan Kassab Hassan

Babelmed

Dis-moi, Hassan, par Elizabeth Grech

 

Dis-moi, Hassan

J’ai vu beaucoup de photos de toi

sur FB

des photos de toi seul

de toi avec d’autres

qui t’aiment

de toi dans des articles

qui parlent de toi

en arabe.

 

Je n’ai pas compris

je n’ai pas cherché.

Je ne voulais pas comprendre.

J’ai laissé la nouvelle

descendre en moi

goutte par goutte

le long du jour.

Le soir, j’ai trouvé le courage

de me rendre sur ta page

je ne pouvais plus fuir.

Tu es parti.

Que vais-je faire maintenant

de tes yeux verts vifs

pétillants

de ton sourire d’enfant espiègle

caché sous tes moustaches abondantes

de tes bises sincères ?

 

Dis-moi Hassan,

on se prend un autre

café ?

A Paris, à Rome ou

Damas où demeure

ton cœur ?

Babelmed

Cher Hassan, par Nathalie Galesne

 

Tu t’en es allé laissant derrière toi ce vide assourdissant pour ta famille, tes amis, tes proches, tes collègues, tes étudiants… tous ces jeunes en quête de sens et de savoir, rivant leur curiosité aux mots du professeur que tu étais, nouant avec lui un dialogue nécessaire. 

 

Au moment de la révolution syrienne, tu avais accepté de prêter ton regard et ta plume à Babelmed pour raconter cette épopée extraordinaire que le peuple syrien avait décidé d’entamer au péril de sa vie et de son pays contre la dictature et la barbarie. 

 

Pour cette révolution, tu acceptais que tes fils aillent manifester dans les rues de Damas, fier d’eux et de leur courage, et ce en dépit des risques qu’ils encouraient. Pour la révolution, tu avais déjà fait tes comptes avec la vie et la mort. 

 

Notre amitié fut aussi furtive qu’inaliénable. Je me souviens encore avec délectation de ta parole vive, de ton regard aigu, de ton humour… Tu vivais la culture au quotidien. Docte, dans les livres et la recherche ; pédagogue, dans l’enseignement ; elle se nichait aussi dans l’échange que tu entretenais avec tes amis. A l’instar de cet extraordinaire dîner auquel tu nous invitas chez toi. 

 

Avec ton épouse, vous nous accueillîtes dans la chaleur de votre appartement Damascène pour une aventure gastronomique inédite. La star de la soirée fut l’aubergine -tu voulais lui consacrer un livre. En attendant, nous dégustâmes sa chair sous toutes les formes. Ce fut une explosion de goûts, une déclinaison de saveurs exquises, surprenantes et inoubliables :  de l’aigre-doux au piquant, du fourré au sucré. 

 

Et les rires, et les langues se délièrent… sous le regard bienveillant de ta collection de chouettes.

Babelmed