Muzzika
MUZZIKA! Octobre 2012
2012-10-16
Le coup de coeur de babelmed
JOE BARBIERI, “Respiro”, Le Chant du Monde/Harmonia Mundi
Si, comme moi, vous ne connaissiez pas Joe Barbieri, vous allez adorer ! Cet auteur-compositeur napolitain, qui a commencé sa carrière en écrivant des chansons pour les autres, a sorti son premier album en 2004, “Parole povere” (paroles pauvres) qui l’a immédiatement fait connaître dans son pays. Dans le deuxième, “Maison Maravilha”, paru en 2009, l’artiste exprimait tout son amour pour les musiques du Brésil et cubaines - et y invitait pour un duo la grande Omara Portuondo, voix féminine du Buena Vista Social Club...
Son troisième opus en solo, “Respiro”, respire la douceur et la nonchalance que Joe Barbieri affectionne. La couleur de la pochette est bleu turquoise, avec des motifs de fleurs, de papillons et d’oiseaux exotiques, parfaite illustration visuelle de l’ambiance de doux bonheur que sa musique diffuse, ambiance mer des Tropiques et palmiers sous le vent...
On pense d’ailleurs à Henri Salvador et sa magnifique chanson “Jardin d’hiver” en écoutant des titres comme “Come una casa”, on se laisse fondre par le romantisme - totalement assumé chez nos chanteurs italiens et hispaniques ! - de “Scusami” avec des paroles comme “scusami ho bisogno di te” (excuse-moi j’ai besoin de toi!); on se laisse bercer par les rythmes de milonga ou de bossa-nova qui animent les chansons.
Si vous n’avez aucun côté fleur bleue, et n’aimez pas les chansons d’amour, ce disque n’est pas pour vous. Si vous aimez la chanson italienne, les latin lovers, le soft jazz et les chansons douces, douces, alors vous suivrez Joe Barbieri sur les ciels bleus où il veut vous emmener... Y a pas de mal à chanter sur le mode heureux, non ?
Ecouter des extraits de l’album: http://www.youtube.com/watch?v=ed0d3rzG6R8
YASMIN LEVY, “Libertad”, World Village/Harmonia Mundi
Nous sommes des inconditionnels de Yasmin Levy, la très talentueuse artiste israélienne qui s’est prise de passion pour les musiques espagnoles, et que nous vous avons présentée, avec enthousiasme, pour ses précédents albums, “Mano Suave” paru en 2007 (/www.babelmed.net-muzzika-novembre-2007.html ) et “Sentir” (www.babelmed.net/-muzzika-octobre-2009.html) - ce précédent album ayant d’ailleurs été produit par le très sélectif producteur espagnol Javier Limon.
Notre enthousiasme reste entier à la découverte du dernier album de l’artiste, devenue maman entre-temps, mais qui garde le même cap artistique. Yasmin nous offre ici un album dont elle a écrit et composé la quasi-moitié des titres, chansons d’amour chantées de manière passionnée dans la tradition espagnole...
Mais Yasmin, dont le père Isaac, musicologue, était spécialiste du patrimoine ladino, ces chants transmis oralement dans la communauté sépharade, et qui, pour les recueillir, avait parcouru toute la Méditerranée, de Grenade à Istanbul, garde cette sensibilité méditerranéenne : elle convie ici un orchestre de violons turcs à l’accompagner, ceux-ci jouent à la manière des orchestres égyptiens qui influencèrent toute la région, et reprend des titres-phares comme la chanson turque “Firuze” (Turquoise) chantée en Turquie par la star Sezen Aksu, ou encore le classique persan “Soghati”, devenu en espagnol “Recuerdo”...
La sublime Buika, première étoile noire du flamenco, éclaire aussi de sa voix profonde l’un des titres.
En mariant ainsi l’Espagne et l’Orient Yasmin affirme plus que jamais son héritage et son identité de “Nouvelle Andalouse”. Et en intégrant le tango dans ses compositions, nous montre que ces Nouvelles Andalousies s’étendent aussi désormais au Nouveau Monde, que ne connaissaient pas les Arabes lorsqu’ils firent fleurir l’Espagne de leurs musiques et de leurs chansons d’amour...
Ecouter un extrait de l’album: http://www.youtube.com/user/ishayamir?feature=results_main
LAS MIGAS, “Nosotras somos”, Chesapik (Espagne)
Voilà une bien jolie découverte, venue d’Espagne. “Las Migas” (les miettes!) sont quatre amies de Barcelone qui nous offrent ici leur deuxième album, délicieux. Il est rare de voir des groupes constitués uniquement de femmes - hors les groupes vocaux traditionnels de Gallice ou certaines formations de voix féminines en France. Saluons donc nos trois instrumentistes et notre chanteuse - Isabelle Laudenbach et Marta Robles aux guitares, Lisa Bause au violon et Alba Carmona au chant - quatre filles qui nous proposent leur propre version du flamenco, qu’elles définissent comme “un flamenco alegre que duele” (un flamenco heureux qui fait mal...).
Dans des compositions très originales, les quatre artistes des chansons où il est question de “luz” de “brazos”, de “alma”, de “agua”, de “pasion” et de “corazon”, ce qui prouve que, si “nouveau” flamenco il y a, les racines, elles, sont bien celles, séculaires, du chant d’amour gitan, toujours un peu (et parfois beaucoup) désespéré...
Nous avons bien aimé les chansons où la voix seule est accompagnée uniquement d’un violon qui, joué dans ses cordes graves, sonne presque comme un violoncelle (comme dans “Zambra”), et celles où les rythmes latino s’invitent, sur des cordes de guitare jouées dans les tons très aigüs, comme les petites guitares du continent latino-américain (“Me mueve el aire”), rythmes marqués par les traditionnelles “palmas”, frappes de main, bien entendu...
Le producteur du disque est Raul Rodriguez, une référence en Espagne, et dans le livret il dit tout le bien qu’il pense de ces “aMigas” que le public de quelques festivals en France, comme le festival Convivencia dans le Sud-Ouest, a déjà eu la bonne idée de programmer.
Découvrir Las Migas: http://www.youtube.com/watch?v=tbC_Zmkm590
NABIL BALY OTHMANI, “Ayt Ma”, Autoproduction
En novembre 2007, nous vous avions présenté le bel album qui était un duo entre le percussionniste américain Steve Shehan, amoureux des cultures touaregs, et Nabil Baly Othmani, ‘oudiste et poète touareg (http://www.babelmed.net/muzzika/4698-muzzika-novembre-2009.html ). Steve Shehan avait joué pendant une vingtaine d’années avec le père de Nabil, qu’il appelait simplement Baly, et qui avait disparu en 2005. Le fils prenait désormais le relais de son père.
Voilà donc le second album que Nabil Baly Othmani signe de son nom, et il a choisi de s’accompagner à la guitare plutôt qu’au ‘oud comme son père. Enregistré à Djanet, à l’extrême sud du Sahara algérien, où vit Nabil, et à Grenoble, “Ayt ma” (“Mes frères” en tamasheq) est un album où se dégage toute la sérénité des cultures sahariennes, et où la guitare, électrifiée, de Nabil, sonne de manière extraordinairement douce...
“Joue toutes les musiques que tu veux, mais chante dans ta langue”, avait dit le père au fils avant de s’éteindre. Leçon retenue par Nabil, qui s’inspire ici de rythmes non-sahariens comme le reggae (dans “Africa”) ou le flamenco (“Temse takhtik”) mais chante toujours en tamasheq...
Nous avons beaucoup aimé ce disque couleur sable et orange, et dont les chansons semblent avoir été inspirées par le vent, la lune et les étoiles...
Ecouter: http://www.youtube.com/watch?v=P-c1arisaiM&feature=related
Contact: [email protected]
BIDAIA, “Agur Shiva”, Autoproduction
Quand une artiste américaine, née à San Francisco dans une famille irano-grecque, Caroline Philips, formée au piano classique et à l’art lyrique, tombe amoureuse du Pays Basque et de la vielle à roue, et rencontre le musicien basque Mixel Ducau, saxophoniste classique de formation et multi-instrumentiste, cela donne... Bidaia, un duo qui se veut une rencontre entre la culture basque et d’autres cultures du monde.
Si vous aimez les musiques traditionnelles, le chant basque, les musiques traditionnelles en général, vous aimerez ce premier album d’un duo qui se produit dans de nombreux festivals consacrés aux musiques traditionnelles. Des ambiances venues d’Inde, d’Arménie, de Perse, ou des sons expérimentaux (univers que connaît bien Mixel Ducau) se mêlent sans problème aux aux rythmes typiquement basques comme le banako, le fandango ou la mutil dantza.
Dommage que le livret soit rédigé intégralement en basque...
Ecouter: http://www.youtube.com/watch?v=2SiKgvXtMgA
NIYAZ, “Sumud”, Six Degrees Records
Le groupe Niyaz avait été notre coup de coeur en janvier 2009 (www.babelmed.net/component/8-muzzika-2009/3955-muzzika-janvier-2009.html ), et voilà leur nouvel album.
Niyaz, c’est un trio, basé aux USA, composé de l’Iranienne Azam Ali au chant, de l’Iranien Loga Ramin Torkian au saz, rubab et autres instruments à cordes, et de l’Américain Carmen Rizzo aux sons électroniques.
Depuis les hippies, nous savons que les rythmes d’Orient peuvent être hypnotiques, et cette caractéristique est encore plus évidente avec l’appui des nouveaux styles de mixage. C’est donc à un voyage onirique, planant, que nous invite Niyaz, avec un son très “lounge” qui détend l’esprit...
Nadia Khouri-Dagher
Octobre 2012
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