Syria
Les couleurs de l’Iraq à Damas
2009-02-25
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Amer Ali a étudié les beaux arts à Bagdad. Il est peintre de métier. En 2001, il expose pour la première fois à Bagdad. De 2003 à 2006, il continue à peindre dans la capitale Iraquienne et effectue régulièrement des voyages vers Amman et Damas pour confier ses toiles à des galeries. A Bagdad, depuis 2003, les temps sont durs : un jour qu’il peignait un grand portrait de Saddam Hussein, il reçut de violentes menaces. Un autre jour, alors qu’il faisait le portrait d’un soldat américain, il reçut d’autres menaces, tout aussi violentes. Début 2006, il quitte l’Iraq et se réfugia en Syrie. Il choisit la Syrie plutôt que la Jordanie, pour des raisons économiques. Et aussi parce qu’en Jordanie, il s’est senti trop souvent regardé comme un criminel de guerre. Il obtient un visa pour l’Ukraine où il suit des cours à la faculté des beaux arts. Mais bientôt à cours d’argent, il regagne la Syrie. Depuis l’été 2006, il vit en Syrie, et se dit très bien accueilli. Il compte s’établir ici pour longtemps. Il ne compte pas revenir en Iraq, car dit-il :« l’artiste cherche la vérité. En Iraq, ceux cherchent la vérité et osent dire la proclamer meurent assassinés. » |
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Printemps 2008: comme 21 autres peintres iraquiens réfugiés à Damas, Amer Ali participe à une exposition collective organisée par l’UNHCR au CCF de Damas. Photo UNHCR - B.Auger |
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Les enfants irakiens et les enfants de l’école française de Damas visitent ensemble l’exposition. Photo UNHCR - B.Auger. |
Dans ses toiles, Amer Ali témoigne de la guerre que traverse son pays, il met en forme la souffrance, donne à la colère des couleurs, à l’injustice un visage bouleversant. Pourtant, ses toiles ne sont pas dénuées de douceur. Certains tableaux entretiennent avec l’enfance un rapport complice. On y lit la nostalgie d’une époque plus clémente, recherchée avec ferveur. Dans l’espace de la toile, le peintre se recrée un monde supportable dans un monde qui ne l’est plus. Dans l’espace de la toile, le rêve est permis, et la peinture lui apparaît comme un moyen de mettre la tête hors de l’eau, quand la vie devient cauchemar. Malgré la dureté de ce qu’il a vécu en Iraq, Amer ne renie pas son pays. La peinture est aussi pour lui un moyen de prolonger l’héritage culturel iraquien, un moyen d’emporter avec lui sa terre et ses couleurs, d’en témoigner, et de dire au monde la fierté qu’il a de sa culture iraquienne. |
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En rouge, Bagdad. Les silhouettes des Bagdadi semblent baignées de sang. En Bas à droite, un morceau de tissu à carreaux a été collé : il rappelle la table, la maison, le foyer, l’être chez soi. Prisonniers de ce rouge-sang, les vivants rêvent d’un ailleurs, d’un envol, d’un exil, ils rêvent d’avoir des ailes pour quitter cet enfer, ils rêvent d’une autre terre, ils rêvent de quitter ces mares de sang pour s’envoler dans le bleu du ciel. |
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Bavures : les avions américains lorsqu’ils visent les dépôts d’armes ou les repères des « terroristes », tuent aussi des enfants. Leur poussent alors des ailes, et ils s’envolent vers le ciel. En vert, on distingue des listes de chiffres. La guerre, compter les morts, les blessés, les civils, les innocents, ceux qui sont morts par erreur. Des enfants aux ailes tâchées de sang, pour dire sa colère contre la politique américaine, qui est, pour Amer Ali, coupable de la guerre sans fin que traverse son pays. |
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En bas à gauche, une tente. Nous sommes au camp de Tanf où se sont réfugiés les réfugiés palestiniens d’Iraq, interdits d’entrée en Syrie. Une femme, une jeune fille et un enfant, au camp de Tanf, à la frontière, dans le désert. |
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Réfugiés Iraquiens prenant la route de l’exil. |
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Dessin au charbon. Dessin en noir et blanc. Amer aime à employer des couleurs simples. Il aime à dessiner comme un enfant. Parfois il rêve de revenir au temps où les photos étaient en noir et blanc. |
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Le marché de Bagdad. On peut voir une femme Iraquienne, des enfants, des étals, des fleurs… Un dessin d’enfant devenu grand, qui continue à regarder le monde avec des yeux d’enfants. C’est son refuge : il aime à se recréer un monde, plus beau et plus pur. Ses yeux d’enfants le protègent de la laideur et de la dureté de la guerre. |
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Besoin d’enfance, retour en arrière, besoin de replonger dans le passé, et de retrouver les souvenirs, les bons souvenirs…une bicyclette, les visages des gens, des souvenirs flous… Recherche de ce monde de l’enfance, plus supportable que celui qui l’entoure, si dur que l’adulte ne peut garder les yeux ouverts. |
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L’orient. Des couleurs qui chatouillent agréablement l’oeil. La lettre غ (ghain) est venue prendre place au centre du tableau. Choisie par sa forme seulement, comme un jeu. Alors elle a fait des bulles, d’où les cercles de couleur éparpillés sur la toile. Jouer avec les couleurs, retrouver la gaieté, l’harmonie, la beauté….retrouver l’espoir. |
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Couleurs qui évoquent la sensualité de l’orient, mouvement et ornement, le ن (noun), évoque par sa répétition les seins d’une femme. Ou peut être est-ce un pied qui se profile derrière le voile…Jouer avec les couleurs et les lettres à reconnaître des silhouettes dans le tableau. Peindre est un jeu d’enfant. |
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Poisson nageant dans la mer, collage réalisé grâce à du papier peint et des chutes de tissu. «Ma peinture est une construction, couche après couche, j’élabore une architecture, un relief, sans rien laisser au hasard. Je bâtis mon tableau, j’écris son histoire.» |
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Deux femmes, deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate. «C’est là où la peinture (Iraquienne) étonne parce que privée de tout, elle résiste et subsiste en se reportant sur les mythes fondateurs que l’influence de la pensée occidentale avait repoussés. Plus de papier, plus de toile, plus de couleur. En fait plus rien ni de ce côté matériel, ni de l’autre, une faillite intellectuelle, un écroulement des valeurs. L’Iraq est un pays laïque, et s’il y a retour sur soi, il y a retour sur la Mésopotamie, présence que la sculpture et l’architecture avait depuis une trentaine d’années toujours retrouvée. » Maurice Mathieu Expo IMA 2000 « artistes contemporains Iraquiens» |
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| Florence Ollivry (25/02/2009) |
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