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L’ADFM, acteur incontournable de la défense les droits des femmes au Maroc

2022-04-11

L’égalité des genres est un combat qui est loin d’être gagné mais les Marocaines ne baissent pas les bras. Elles le font aussi avec le soutien de ses partenaires euro-méditerranéens. Rencontre avec Amina Lofti, présidente de l'Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM).

L’ADFM, acteur incontournable de la défense les droits des femmes au Maroc | Babelmed

Formation au siège de l'ADFM. Crédit : ADFM Rabat

« Militer pour les droits des femmes au Maroc est un combat long et difficile, mais quelques fois gratifiant. On avance doucement, mais la moindre réussite nous procure une grande joie », confie Amina Lotfi, présidente de l’ADFM qui nous a reçus dans  les locaux du quartier des Orangers à Rabat.

« Etre féministe, c’est simplement promouvoir et défendre les droits des femmes dans leur globalité et leur indivisibilité » affirme Amina Lotfi.

Si le féminisme fait toujours objet de réticence et de confusion, il n’en est pas moins indispensable tant que les droits de femmes les plus élémentaires ne sont pas acquis et que l’égalité réelle n’est pas atteinte.

 

Un besoin de plaidoyer en faveur des femmes marocaines

 

C’est en 1985, à Casablanca, que l’ADFM a été fondée par des femmes issues du parti du progrès et de socialisme. Le contexte national est alors à la lutte démocratique et le mouvement féministe commence à se structurer.  Déjà au lendemain de l’indépendance, le tissu associatif s’était réorganisé : les associations nées pendant le protectorat disparaissent, tandis que beaucoup d’autres voient le jour mais ciblent souvent l’action caritative. L’ADFM choisit de se positionner en tant qu’association de plaidoyer féministe.

 

Elle élargira vite son champ d’accueil en intégrant différents profils de femmes, n’ayant pas forcément une appartenance politique. L’idée conductrice est de s’investir dans le combat pour l’égalité en dehors de toute sphère politique partisane

 

Depuis sa création, l’ADFM s’est implanté à travers 3 antennes, d’abord à Rabat et Casablanca, puis à Marrakech en 2010. Chaque antenne fonctionne de manière autonome et se focalise sur un volet précis. Le bureau de Rabat travaille sur la réforme des lois, celui de Casablanca se consacre à la participation politique des femmes, tandis que Marrakech œuvre sur la traite des femmes. Par le plaidoyer et sa force de proposition, l’association  s’adresse aux politiques et aux acteurs de la société pour les sensibiliser et les interpeller sur l’égalité entre les sexes et la citoyenneté des femmes au Maroc.

« Nous travaillons sur la réforme des lois, l’égalité des chances,  la consolidation des partenariats et le renforcement mutuel, et enfin la promotion de la culture de l’égalité » précise Amina Lotfi

 

Un rôle central dans les réseaux maghrébin et euro-méditerranéen

 

Le combat  pour l’égalité est mené avec  d’autres associations et partenaires au sud et au nord de la Méditerranée. En  juin à Rabat 2006, les organisations non gouvernementales des droits des femmes et de droits humains lancent la campagne régionale pour « l’égalité sans réserve » dans tous les pays arabes.

 

L’ADFM apporte son appui à toutes les structures associatives présentes sur le territoire national. Au fil de son expérience, elle a tissé plusieurs partenariats avec les Nations Unies (ONU FEMMES, UNICEF), les ambassades, les ONG internationales mais aussi quelques ministères au Maroc.

 

Elle est membre de plusieurs réseaux et collectifs à l’échelle méditerranéenne et internationale, comme le réseau euro-méditerranéen des droits humains, le collectif 95 Maghreb -Egalité dont elle est signataire de l’appel fondateur en 2003 à Rabat . L'ADM a participé activement à plusieurs initiatives aux côtés des des organisations algériennes et tunisiennes,  le réseau Aïsha, le Forum des femmes arabes ou encore le mouvement Moussawat. L’ADFM figure parmi les organismes dans le recensement de la publication Bridging the Sea.

 

Lutte contre la violence, protection sociale, réforme du code de la famille : les combats des Marocaines

 

L’association porte de nombreux projets dont Anaruz consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes. La base de données sur cette thématique, alimentée par un réseau de centres d’écoute des femmes victimes de violences, fait régulièrement l’objet d’un rapport public. Ce projet atteint son objectif puisqu’en 2019, le gouvernement  lance l’enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes1.

 

Par ailleurs, l’ADFM travaille continuellement sur la réforme du code de famille, en particulier le dossier de l’héritage, et sur celle du code pénal. Elle milite également pour la protection sociale et la reconnaissance des travailleuses, et enfin pour la culture de l’égalité dans le système éducatif. L’association a d’ailleurs mis en place un comité de suivi du plan gouvernemental de l’égalité.

 

A ce jour, les plus grandes réussites portent sur la réforme de la Moudawana en 2004 et la révision de la constitution en 2011 qui intègre de nombreuses revendications féministes, dont le principe de parité. Il y a eu également la réforme du code de la nationalité en 2007 et l’adoption des listes additionnelles dans la loi électorale, de même que  la réforme partielle du code pénal en 2003, qui ont constitué des enjeux importants pour l’ADFM.

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Les femmes soulaliyate. Crédit : ADFM Rabat

Le mouvement des femmes Soulaliyate

 

Depuis 2007, l’ADFM accompagne le mouvement des Soulaliyate qui sont des femmes issues des terres collectives appartenant à un groupement d’habitants descendants d’une même tribu. Déniées de leur droit à l’héritage, ces femmes n’ont accès ni à ces terres communautaires ni à ses produits.

« Nous voulons amplifier leur voix, mais ne jamais  prendre  la parole à leur place. C’est important qu’elles parlent par elles-mêmes, nous ne devons pas nous substituer à elles. Nous les avons donc formées pour qu’elles expriment leurs revendications. » affirme Amina Lotfi.

Suite à l’amplification de leur mouvement, le ministère a publié en 2009 deux circulaires donnant aux femmes comme aux hommes accès à la terre. Dix ans après, la loi est publiée2 mais elle n’autorise l’accès aux terres qu’aux femmes qui y habitent.

 

En  décembre 2021,  l’ADFM en partenariat avec le mouvement des soulaliyates, lance sa première campagne de communication sous le thème : « Soulaliyates, une nouvelle loi… Le combat continue ! ». Cette campagne à pour objectif d’informer et sensibiliser les responsable et l’opinion publique sur la discrimination que continue à subir les femmes Soulaliyates.   

 

Article produit dans le cadre du partenariat éditorial entre Babelmed et Bridging the sea, revue des sociétés civiles méditerranéennes (Med Dialogue for Rights and Equality, programme de l'Union européenne).

1 Enquête sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes, Haut Commissariat au plan, Maroc 2019.

2 Décret d’application de la loi n°62.17 relatif à la tutelle administrative et la gestion des terres collectives, promulgué le 26.12.2019, Ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts.