Politiques
Palestine
Divagations d’une balle perdue
2024-02-19
Ce matin en me levant, je n’avais pas spécialement l’énergie de cribler le corps d’une femme, d’un enfant ou même d’un homme, mais j’ai le sens du devoir et du travail bien fait. Alors j’y suis allée et contre toute attente, je me suis perdue.
Depuis la taule de la voiture où je me suis écrasée, je contemple le visage d’une fillette qui se vide de son sang. Mes armes-sœurs ont fait fort cette fois-ci ! Le petit corps agonise. Ses gémissements semblent me demander « Pourquoi ? ». Comme si j’y étais pour quelque chose !
Malgré moi, je réponds « Je tue donc je suis. Que veux-tu que je fasse d’autre ? » Puis je ravale mon emportement. J’avais oublié que je m’étais perdue dans un tas de ferraille. D’ailleurs, c’est beaucoup moins douillet que la chair humaine. Humaine. Ah, si je l’étais ! J’aurais peut-être cru que je me meurs. Un peu comme toi, maintenant. Vois-tu, petite, une balle qui n’atteint pas sa cible (car tu n’es rien d’autre) est une balle morte.
Je n’étais pas censée terminer de la sorte. Alors que toi, tu devais mourir sous mes tirs. Au moins l’un de nous aura accompli son destin. Je n’aurais jamais imaginé passer mes derniers instants à te parler. Est-ce la conscience qui t’abandonne peu à peu qui m’envahit ? Autour de toi, un ange, patiemment, attend de panser tes plaies. Autour de moi, ton image qui déjà me hante à jamais.
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