Hier soir en effet,
l’Institut International des Musiques du Monde (IIMM), six ans à peine, premier Conservatoire de musique en France entièrement dédié aux musiques et danses du monde entier - de tradition orale pour nombre d’entre elles - nous offrait un concert magique, pour fêter la première remise de diplômes aux élèves.
Comme nombre de grandes réalisations, en musique ou ailleurs (Montreux Jazz Festival avec Claude Nobs, Jazz à Marciac avec Jean-Louis Guilhaumon, etc ), l’IMM est né du rêve d’une seule personne, qui a su communiquer sa passion et son énergie à toute une équipe et à des partenaires institutionnels, pour transformer ce rêve en réalité, et le faire grandir chaque année.
Margaret Dechenaux, fondatrice et directrice de l’IIMM, passionnée de musique, qui montait des opéras et autres événements musicaux sur la rive Sud de la Méditerranée avant de créer l’IIMM, avait les larmes aux yeux hier soir, rejoignant l’ensemble des musiciens et choristes, à l’issue du finale du premier concert donné par les élèves et les professeurs de l’IIIMM, accompagnés par l’Orchestre du Conservatoire d’Aubagne dirigé par Alain Négrel.
Et bien… nous avions les larmes aux yeux aussi, tant ce concert nous avait émue, transportée, bouleversée… Au programme : deux soeurs, élèves tout juste diplômées, d’origine chinoise ou asiatique d’après leur visage, qui interprètent une oeuvre contemporaine pour deux cithares « Gu Zheng », cet instrument vieux de 6.000 ans (
classe de Sissy Zhou) ; une oeuvre pour orchestre de
Cristiano Nascimento, (enseignant de guitare brésilienne), rythmes de samba maîtrisés par les jeunes étudiants du Conservatoire d’Aubagne plus rompus à Bach ou Mozart ; les trois bandonéons d’une élève, de son professeur
Victor Hugo Villena et d’une autre bandonéiste invitée,
Hélène Rüegg, accompagnés par l’orchestre, dans le plus bel « Oblibion » d’
Astor Piazzola qu’il nous ait été donné d’entendre ; un choeur polyphonique de femmes - tradition toujours vivante en Bulgarie - qui chante des chants de ce pays, sans partition et sans feuille de texte, dans une langue étrangère pour elles (dirigées par leur prof
Milena Jeliazkova )
; pareillement, dirigées par
Françoise Atlan et chantant uniquement à l’oreille, une autre quinzaine de choristes, majoritairement des femmes, qui nous offrent des chants séfarades en portugais, espagnol ou grec - et chanteront en arabe pour le finale ; deux danseuses indiennes sur scène, la professeur
Maitryee Mahatma et son élève, dans ces costumes indiens féériques, qui nous offrent un moment de grâce pure, accompagnées d’une cithare et d’un tabla, avec leurs danses qui unissent précision du geste et douceur du mouvement ; et le finale, bouquet final de ce feu d’artifice, tous les instrumentistes et tous les choristes, profs, élèves et orchestre réunis pour se plonger dans la musique arabe, rejoints par le violon de
Fouad Didi (enseignant de musique arabo-andalouse, violon joué à l’arabe, posé sur le genou tel un violoncelle) et par ses élèves aux ‘ouds.
Et de voir ces femmes aux chevelures parfois blondes chanter en arabe ces chansons algériennes qui tirent des larmes aux émigrés ; de voir Maitryee Mahatma accompagner ces chants par une danse, culture indienne si proche de la culture arabe en réalité car les Arabes furent les premiers à commercer avec l’Inde et rapportèrent de là-vas leur goût des dorures, ornements et broderies ; de voir ces hommes, femmes et jeunes, de tous pays et toutes origines, jouer et chanter ensemble, nous eûmes encore les larmes aux yeux : car ce que nous avions là devant nous, ce dont nous étions témoin, c’était bel et bien un Concert des Nations, littéralement, des gens de tous pays HEUREUX de CRÉER QUELQUE CHOSE ENSEMBLE - une forme visible de ce concept abstrait de « paix entre les peuples », quand le monde autour de nous tonne et gronde…
Et bien, j’ai été journaliste à l’Unesco et ai assisté à nombre de manifestations offertes par de grandes institutions sur le thème « dialogue des cultures » ou « paix entre les peuples », mais aucune n’arrivait à ce à quoi j’ai assisté hier soir ! Et surtout, à l’issue du concert, je me disais que c’était l’un des plus beaux concerts auxquels j’aie jamais assistés ! Car Il y avait de l’AMOUR dans l’air, de l’ÉMOTION - et que ces choses-là ne dépendent pas du niveau de virtuosité en musique : rappelez-vous, tel concert une nuit dans le désert marocain, telle soirée à chanter des chansons avec des amis à la campagne : moments de bonheur et d’émotion pour vous, dont vous vous souvenez encore…
Amour : justement, le jazzman André Manoukian, parrain de l’IIMM, disait dans son petit speech avant le concert : « La musique c’est de l’amour ». Et Françoise Atlan, présentant les musiques et chants traditionnels andalous, avait dit : « La tradition, ce n’est pas préserver la cendre : c’est transmettre le feu ».
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour moi le métier de professeur de musique est l’un des plus beaux - et des plus essentiels - du monde. Transmettre, c’est-à-dire donner ; recevoir, c’est-à-dire apprendre ; et partager : c’est parce que ce concert nous faisait vivre ces trois joies, qu’il nous a tant touchée. Alors longue vie à l’IIMM, et puissent d’autres régions et villes de France - et d’ailleurs - ouvrir pareillement des lieux où se vivent ensemble toutes les musiques de notre monde - où se vit, concrètement, toute la paix du monde. Love, and Peace…
A lire : l’excellent livre d’André Manoukian, Sur les routes de la musique (Harper Collins, 2021), où l’on apprend une foule de choses sur … tous les genres de musique du monde ! Manoukian est un conteur-né…