R - Rencontre

Alger, 5 avril 2020. Cela fait des jours que je n’ai pas mis un pied dehors. Hier, après l’annonce du couvre-feu fixé à 15h, j’ai ressenti le besoin urgent de voir la mer avant le confinement total. Avant le 22 février, c’était ce que j’aimais le plus à Alger. La mer.

J’ai ensuite développé une obsession pour les visages du Hirak. Peu importe. C’était la première fois depuis plus d’un an que je ressentais l’urgence de me perdre dans la contemplation de la mer. J’ai conduit jusqu’à Azur plage.

En me stationnant, je remarque derrière moi, un vieux couple à l’intérieur d’une Peugeot 308 discutant sur leurs banquettes tout en ayant, les deux, les yeux rivés vers la mer. Je les ai trouvés trop mignons. Ils s’aiment et ça se voit. C’était comme une image figée dans le temps. Vraiment cinématographie. Tellement d’ailleurs, que je me retrouvais à les regarder eux plutôt que la mer.

La plage était presque déserte. Je décide de faire quelques pas en dehors de la voiture. Après quelques minutes, Messaoud sort de la sienne. Sa femme n’était visiblement pas d’accord. Et là, je le vois avec son pyjama à carreaux se lancer dans des étirements, ana ou maderthach.

Photo Messaoud s’étire

 

Sa femme lui faisait un scandale de la fenêtre. Je pouffe de rire. Je ne m’y attendais pas. Encore moins à découvrir son âge. Messaoud, ancien électricien, a 97 ans. Sa femme 94. J’entame (de loin, distanciation sociale oblige) la conversation. Très vite on parle de bonheur en ces temps de corona.

Voici, très fidèlement ce que Messaoud m’a dit : “ma petite-fille de 25 ans m’a appelé et m’a demandé de définir le mot : HEUREUX. Je lui ai écrit une lettre de 5 pages. J’ai écrit des mots simples car le bonheur n’a pas besoin de s’encombrer de fioritures. Je suis heureux car je vis le temps présent sans oublier le passé. Le temps présent, c’est d’être ici, de rencontrer une personne sympathique (c’est moi la personne sympathique hein), de voir la mer. Elle est calme et belle la mer. Je passe un bon moment avec ma femme. Être heureux, c’est aussi le passé. J’ai élevé mes enfants et mes neveux qui étaient orphelins et quand j’y pense, je suis heureux. »

 

 

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