D - Dépression : substantif féminin (latin depressio)

Quand elle ne s’apprivoise plus, la souffrance est invivable au sens où elle vous empêche de vivre. Plus rien n’est alors possible, pas même mourir puisqu’en un sens, mort, vous l’êtes déjà ou plutôt une partie de vous l’est.

Cette conscience accrue de traverser la vie comme un chemin vers le néant est encore plus douloureuse. L’actuel exil domestique l’attise. Le désarroi de la solitude aussi.

Comme une légère accalmie dans l’inaudible tumulte de ce qu’il faut bien nommer la dépression. Le sentiment d’être sous anesthésie parce qu’on ne ressent rien ou pas grand-chose. Seules les émotions résistent et restent à fleur de peau. La vie nous apprend à nous ensevelir sous d’épaisses couches de vernis, à nous cacher des autres, à leur cacher qui nous sommes vraiment. Pour se protéger sans doute.

Pour moi qui n’envisage rien autrement que sous la nécessité quasi vitale de me protéger justement, je suis incapable d’être autrement que moi-même, et quoi qu’il arrive, je ne cherche que très rarement à me dissimuler ou à dissimuler qui je suis. Ce serait hypocrite et je déteste l’hypocrisie. Je conçois de mentir, mais pas sur ou à ma propre personne. En fait, je conçois la vie comme une vérité absolue. Le mensonge et le compromis quand ils ne servent pas cette vérité-là ne font que nous engloutir et nous égarer dans les méandres d’un oubli qui pourrait pourtant s’avérer salvateur par ces temps d’ensevelissement forcé et paradoxalement nécessaire.

 

Paris, vendredi 27 mars 2020

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Q - Quarantaine : substantif féminin (italien quarantena)

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40 ans. L’âge du bilan. C’est comme si la vie me remettait les rênes de mon existence. Comme si jusque-là, je n’avais fait qu’être portée par les événements traversés à l’ombre du mal tapi. La maladie parfois nous sauve et on ne le réalise que lorsqu’elle s’installe dans la durée. On apprend à être patient et même un peu résilient. La maladie nous met à l’épreuve. Elle désinhibe et comme la mort, elle force les autres à prendre position. La plupart du temps, on se retrouve seul car en réalité peu de gens comprennent.

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