Du côté de l’Ichkeul | Jalel El Gharbi
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Jalel El Gharbi   
L’Ichkeul que je vois en ouvrant ma fenêtre matinale n’a pas été traduit en peinture ni repeint dans un poème.
Je voudrais paraphraser le poète mort dans un reflet et dire que l’Ichkeul et moi «nous nous regardons sans nous lasser». L’Ichkeul est chaque jour une estampe différente.

Du côté de l’Ichkeul | Jalel El Gharbi

On ne s’ennuie pas de contempler un mont variable, un lac protéiforme, des marais changeants. Le paysage varie selon la saison, selon le moment de la journée et selon le point de vue. C’est un ciel aussi changeant que celui dont parle Diderot (Jacques le Fataliste).
La montagne, le lac et les marais de ce parc sont là posant chaque jour l’énigme de la taxonomie et de l’étymologie. C’est au crépuscule que la palette du ciel est la plus riche, la plus nuancée. C’est à Tindja, le village le plus proche du lac qu’il faut admirer le coucher de soleil derrière la montagne qui se trouve derrière le lac.
Un je-ne-sais-quoi manque à l’Ichkeul pour accéder à l’universalité.
L’Ichkeul. Du latin escolo (terme d’origine grecque): écueil. L’ «écueil» culmine à 511 mètres. C’est un massif montagneux situé au milieu du lac du même nom. L’Ichkeul: 200. 000 à 400.000 oiseaux migrateurs viennent chaque année y poser les énigmes de l’ornithologie et de la taxonomie: érismatures, tarève sultane, marmaronette marbrée, foulques…
Au printemps, Liliacées, iris et cyclamens récompensent les regards attentifs. Plus imposant: des rapaces ou ces buffles qui pataugent dans les marécages. Lorsqu’on s’approche, c’est tout le troupeau qui vous regarde et libre à vous d’interpréter ce regard. Avec un peu de chance, on pourrait même surprendre le serpentement d’une anguille qui prépare une incroyable migration vers la mer des Sargasses.
Dans sa Description de L’Afrique, Léon l’Africain fait une brève allusion à cette montagne. Ce sont de belles pages qu’il consacre à la région de Bizerte. Son arrivée dans la région avait coïncidé avec celle des bans de harengs, celui dont on se régale encore dans la région.
Reprenons: L’Ichkeul est près de Tunis: 75 kms et si près de Bizerte 25 kms!
L’Ichkeul pose la question des origines, celles des mots mais aussi la sienne. Unique vestige d’une chaîne de lacs, l’Ichkeul est une montagne imposante qui se dresse au beau milieu d’une plaine. L’Ichkeul est aussi le lac (90 Km2 de 1 à 2 mètres de profondeur) et les marais (30 Km2).
Et ces centaines de milliers d’oiseaux. D’où viennent-ils? D’Europe centrale, de Finlande et de Russie. Et surtout comment parviennent-ils jusqu’ici? Avec quel plan de vol?
Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, et, fait unique au monde : c’est le seul parc national au monde à être inscrit sur trois listes internationales: comme réserve de la biosphère (Unesco), comme site du Patrimoine mondial culturel et naturel (Unesco) et comme zone humide d’importance internationale (Convention de RAMSAR)
L’Ichkeul (le mont, le lac et les marécages environnants) accueille chaque année entre les oiseaux qui viennent y hiverner et insinuer la beauté et surtout l’énigme des migrations.
En hiver, l’eau du lac, alimentée par les oueds, est douce. En été, les oueds tarissant ou voient leur débit diminuer de manière considérable, c’est l’eau du lac de Bizerte, une mer intérieure voisine, qui s’y déverse à travers l’oued Tindja ce qui augmente la salinité de l’eau. Ces variations cycliques de salinité expliquent la particularité de la flore, tel le potamogéton nourriture de base de nombreux oiseaux.
C’est un écosystème aussi complexe que fragile. Ce qui explique les menaces qui ont pesé sur le lac et sur tout l’écosystème à la construction de barrages sur les oueds alimentant le lac. Il a fallu construire une écluse sur l’oued Tindja pour réguler la salinité dont dépendent certaines espèces végétales et animales.
Actuellement, un déversoir est en train d’être construit sur l’oued Joumine. Il servira à inonder les anciens marais afin d’en ressusciter la végétation.
En 1996, le site fut inscrit sur la liste du patrimoine universel en péril. En 2006, il en est retiré.
Mais l’espace du lac a visiblement rétréci et il y a de plus en plus de flamants roses, signe que la salinité est élevée. Espérons des années pluvieuses qui apporteraient au moins les 600 mm d’eau nécessaires à l’équilibre de la région dans une perspective de développement durable qui profiterait à tout le pays, à toute la région et en particulier au village le plus proche: Tindja.

Du côté de l’Ichkeul | Jalel El Gharbi

Tindja: village de quelques 16 000 âmes. C’est, sans doute, l’antique Thimida dont on peut voir çà et là quelques vestiges remontant à l’époque romaine. Ce fut pendant l’époque coloniale, la cité dortoir de Menzel Bourguiba (l’ex Ferry-Ville). Tindja a des atouts de développement qui ne demandent qu’à être exploités. Ce village a su devenir la pépinière de Tunis. On y voit sur les berges du lac, de nombreuses maisons, une vingtaine de familles qui vivent d’horticulture.
Il y a dans ce village une qualité de vie qui pourrait en faire une cité dortoir, (calme, pureté de l’air, beauté du site et proximité des grandes villes) ou mieux encore une banlieue de Tunis à condition que les transports soient développés. La liaison ferroviaire laisse à désirer. (une heure et demi pour relier Tunis qui par route est à 65 kms. L’autoroute, qui vient d’être construite et qui relie Tunis et Bizerte, n’a pas rapproché Tindja de Tunis. Loin s’en faut.
Une meilleure exploitation économique de l’Ichkeul est à trouver. Il convient que la région puisse tirer profit de ses richesses. (Par exemple cette interdiction de pêche dans les eaux poissonneuses du lac doit être revue).
Nous avons ici une possibilité de développement durable qui, si elle venait à être exploitée, pourrait être un exemple à suivre.


Jalel El Gharbi
(23/09/2008)

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