De la Croatie à Malte, carnet de voyage d’une candide | J.Lazaric Jungic
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J.Lazaric Jungic   
Corto Maltese… En lisant cette bande dessinée, jamais je n’aurais cru qu’un beau jour je viendrais à Malte.
De la Croatie à Malte, carnet de voyage d’une candide | J.Lazaric Jungic
Le voyage de la Croatie à Malte commence en avion avec une escale à Francfort. Nous avons volé tellement près des Alpes que j’ai pu entrevoir les lacs montagneux d’une couleur vert émeraude. Et voilà Gênes avec son port rond et ses chantiers navals. Le Cap Corse marque l’entrée en mer Tyrrhénienne. Le paysage des nuages laisse soudain apparaître la Sicile, puis Palerme. Peu de temps après, l’avion commence ses manœuvres pour atterrir à l’aéroport de Malte. Malte est un archipel qui porte le nom de son île la plus grande qui est Malte.

Sur le chemin qui mène de l’aéroport à l’hôtel, la Méditerranée se déclare à travers sa végétation : les rangées d’eucalyptus, cactus, oliviers, figuiers, caroubiers, orangers, citronniers, mandariniers s’alternent sur cette terre de couleur ocre et beige.
Et cette pierre calcaire fait de la couleur beige, la teinte dominante de toute l’île tout au long de la journée parce qu’elle est lumineuse tant sous les rayons de soleil qu’au crépuscule. En novembre, ces couleurs calmes du paysage maltais beige et vert avec le bleu céruléen du ciel donnent une impression d'harmonie. Comme sur la rive sud de la Méditerranée, les maisons sont sans toit, se jouxtant les unes aux autres.
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La capitale de Malte est La Valette. La ville porte le nom du Français Jean Parisot de la Valette, grand maître des chevaliers de l’Ordre de Saint Jean de 1557 à 1568. Ce sont les chevaliers de Saint Jean qui étaient les seigneurs de Malte pendant 270 ans.
La capitale de Malte est située sur une presqu’île d’immeubles beiges dont l’aspect est dominé par la coupole de la cathédrale de Saint Jean de l’Ordre des chevaliers. Dans les guides on peut lire qu’elle abrite deux tableaux du Caravage. Tandis que je me demande sur quel mur de la cathédrale est exposé «La décapitation de Saint Jean Baptiste» (Caravage), j’entre dans le musée de la cathédrale et droit devant moi apparaît ce tableau qui se distingue de tous les autres. Il a été peint il y a 4 siècles mais il semble en même temps contemporain, tout simplement parce qu’il est d’une beauté intemporelle. La deuxième toile exposée du Caravage représente Saint Jérôme (je me demande si le guide qui surveille la pièce sait que l’on attribue à Saint Jérôme une origine dalmate). Le sol de la cathédrale est orné de la marqueterie de marbre, véritable oeuvre d'art.
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La Valette (Photo E. Grech)

Quand on se promène dans la capitale, on note tout de suite des vérandas identiques sur tous les immeubles. Pour peindre portes et volets, les Maltais ont choisi la couleur verte. Le beige et le vert, ce sont des couleurs de ce coin de Malte.
Et tandis que je visite La Valette, tout d’un coup une pensée me saisit avec clarté – je respire l’air de la mer, je m’imprègne de cette senteur marine salutaire.

Les statues disséminées dans des espaces verts de La Valette sont de bronze. L’une d’elles dans le jardin public Upper Barrakka Garden représente des Gavroches, trois enfants qui se tiennent par la main en courant.
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Sur le ferry qui va à Sliema (Photo P. Parizot)

Mon regard frôle les petits ferrys qui partent de La Valette pour rejoindre la Sliema… Tout près de Sliema, St. Julian’s est un lieu touristique, les résidences sont longés par une promenade au bord de la mer où les uns font du jogging et les autres flânent. Tout au long de la promenade poussent des palmiers, pas les palmiers en forme d'ananas comme ceux qu'on voit en Dalmatie mais ceux qui ornent les villes de l'Adriatique du Nord.
Si on veut mouiller ses mains dans la mer, il faut faire quelques pas sur des rochers aplatis décorés d'arbrissaux resplendissants aux fleurs jaunes étoilées. A quelques mètres, d’autres rochers abritent de petits bassins où l'eau stagne après le passage des vagues.

Sur la côte Nord de l’île il y a là aussi énormément d’hôtels et d’appartements. Les complexes hôteliers immenses sur les promontoirs avec leurs colonades font penser à une sorte de temples modernes ou de forteresses contemporaines.

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L’œil d’Osiris, bateau à Marsaxlokk (Photo E. Grech)
Malte est bénie avec ses 340 jours ensoleillés par an. Le soleil qui brille fait des éclats sur la surface de la mer. Des cargos à l'horizon mais aucune île, au-delà, c’est l’Europe.
Voir la ligne de l’horizon à Malte ou voir les îles sur l’horizon, comme en Croatie, donnent des impressions et des points de vue qui diffèrent.
Les maisons et les immeubles maltais sont décorées de plantes, avec une nette préférence des maîtresses de maison (et des maîtres aussi…) pour les hibiscus, de toutes les nuances de rose, jaune, orange et rouge
A Marsaxlokk (port du Sud –Est) j’ai vu un nombre impressionnant de barques bariolées que les Maltais appellent luzzo . Ce sont de petits bateaux de pêche. Les habitants les peignent en bleu azur, mais les côtés de la barque sont aussi peints en rouge, vert ou bien jaune avec des yeux, c’est obligatoire, un œil de chaque côté comme pour supplier Dieu de faire en sorte que les marins puissent affronter les turpitudes capricieuses de la mer et du ciel quand ils partent à la pêche. A juger du nombre de luzzi et en voyant les pêcheurs ramendant leurs filets de pêche, on prend toute la mesure de l’importance de la mer pour les Maltais.

Pendant mon bref séjour en novembre, la météo changeait vite au cours de la même journée, après le soleil dans la journée, il pleuvait souvent pendant la nuit. Le tonnerre était d’autant plus assourdissant que petite île est petite.
Les Maltais et les Maltaises sont dénués d’arrogance, leurs visages n’expriment aucune tristesse. Pour me faire comprendre d’eux, je parlais en anglais. Leur langue maternelle, le maltais, est une langue d’origine sémitique qui ressemble à l’arabe, sans doute parce que les Phéniciens en furent les premiers conquérants. Au cours de l’histoire il y en a eu bien d’autres car cet archipel a une position stratégique très importante, en plein coeur de la Méditerranée. D’ailleurs, c’est pour cela que de nombreux monuments remémorent les guerres. Toutes les villes de la côte sont fortifiées. Ce système de défense est complété par treize observatoires construits tout au long de la côte. La forteresse la plus impressionnante est sans nul doute celle de la ville Birgu qui doit son nom actuel, Vittoriosa, à l’époque du Grand Siège où les Maltais étaient sortirent vainqueurs contre les Ottomans en 1565.

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Le Fort St. Elme à Birgu (Photo E. Grech)
Mdina (prononcer imdina) est située à l'intérieur de l'île. A l'origine, c'était l'emplacement de la ville romaine Melite (-miel en latin). Pour mieux se protéger, les Arabes ont diminué ses dimensions et deux tiers de Medina romaine ont formé Rabat qui est aujourd’hui une ville à part entière.
A l'époque des Normans, Medina était le centre social et religieux. Avec le temps, c'est La Valletta qui a pris de l'essor. Pendant l'ère britannique, Medina a été nommée «ville silencieuse».
Quand on descend de Mdina, on retrouve d'anciens hangars pour avions qui abritent l'artisanat du verre. Dans plusieurs villes (La Valette, Mdina) on peut voir des magasins de verrerie décorative de toutes les couleurs.


A la campagne à l'intérieur de l'île, les champs sont divisés par des murets en pierres sèches mais aussi par des lignées de cactus et de roseaux. Près des champs, les agriculteurs ont construits des bassins pour recueillir l'eau de pluie. L'eau est très précieuse à Malte. Sur les toits des immeubles des villes on recueille aussi l'eau.
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Safi (Photo E. Grech)

Près de Birzebbuga, j’ai reconnu l’impressionnant terminal de conteneurs que j’avais vu de l’avion à l’arrivée. Les conteneurs me rappellent le port croate de Rijeka.
La nourriture maltaise que j’ai goûtée était à base de légumes. Bahjis à l’oignon au safran, courgettes rondes et aubergines farcies, petits pois cuits qu’on grignotte au lieu de pop corn, pâte aux haricots, pastizzi aux dattes et à la carube et plein d’autres saveurs que je ne reconnais pas, des épices que j’ignore.
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Les Temples de Hagar Qim (Photo E. Grech)

Des temples préhistoriques Hagar Qim et Mnajdra sont situés dans le Sud de l’île. Deux sortes de pierre ont été utilisées pour bâtir ces temples : le calcaire à globigerine, plus poreux pour l’intérieur et le calcaire corallien pour l’extérieur car plus résistant. C’est un sentiment étrange que de se trouver en face d’une construction si ancienne. Ces temples avaient été construits entre 4e et 3e millénaire avant J.-C. de manière à respecter l’alignement astronomique. Le lever du soleil des équinoxes et des solstices passe précisément par l’entrée du temple Sud de Mnajdra. Que de millénaires il a fallu pour bâtir de telles civilisations!
Le paysage autour des temples est très karstique. C’est de la garrigue qui me rappelle la côte croate. Parmi les plantes de cette partie du Sud, j’ai reconnu le fenouil sauvage. Au delà de l’horizon c’est l’Afrique. D’imposantes falaises affrontent la mer ouverte.
Aujourd’hui, en Méditerranée, les temps changent à une vitesse inouie et les évènements historiques se succèdent les uns aux autres, pourtant la chanson de Moustaki sonne à mes oreilles de manière toujours aussi vraie :
«Dans ce bassin où jouent des enfants aux yeux noirs, il y a trois continents et des siècles d'histoire,
Des prophètes, des dieux, le Messie en personne. Il y a un bel été qui ne craint pas l'automne,
en Méditerranée... “


J.Lazaric Jungic
13/02/2012


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