Si Mahmoud ou la renaissance d'Isabelle Eberhardt | Nadia Khouri-Dagher
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Nadia Khouri-Dagher   
  Si Mahmoud ou la renaissance d'Isabelle Eberhardt | Nadia Khouri-Dagher Elle disait: "La vie algérienne – celle des Musulmans – me plaît beaucoup". Elle dénonçait "l'odieuse conduite des Européens envers les Arabes", les militaires "arabophobes par métier", "le règne de la matraque". Elle vivait aux côtés des pauvres, ces "indigènes" que l'Europe méprisait. A cause de cela, elle fut suspectée, obligée de déclarer "ne pas être ennemie de la France". Mariée à un Algérien éduqué et francophone, pour les Européens néanmoins, "s'allier à un Arabe est la conséquence d'un vice". Féministe, elle dénonçait "la servante qu'est une épouse arabe pour son mari". Musulmane convertie, elle voulait créer des écoles pour filles. Lectrice assidue de La revue de l'Islam, elle aussi voulait combattre la "légende du fanatisme musulman", et prouver que "la doctrine du Coran n'est nullement incompatible avec les idées de civilisation et de progrès". Son témoignage, aujourd'hui que le choc Orient/Occident est ravivé, nous est d'une brûlante actualité. Catherine Stoll-Simon a un parcours étrangement semblable à celui d'Isabelle: voyageuse, adoptée par une tribu du sud saharien, et convertie à l'islam. Munie d'une érudition époustouflante, de Goethe à Massignon, Jung, Ibn Arabi, Abd el Kader ou Foucauld, et après des mois de recherches, l'auteur nous dévoile les étapes de la métamorphose – dont la Tunisie est une clé - de l'occidentale en l'orientale Isabelle, qui se fera appeler Si Mahmoud. Partageant une partie de son vécu, l'auteur nous montre ainsi qu'Isabelle, en devenant "une femme libre et soumise à Dieu à la fois", avait accompli en son être, moins une rupture avec l'Occident, qu'une fusion Orient/Occident.
Nadia Khouri-Dagher
(02/02/2007)