L’aventure Chrétienne | Nathalie Galesne, Catherine Cornet, Aquilino Mancini, Serjilla, Jean Chrysostome, Théodoret de Cyr, Saint-Siméon, Massif Calcaire, Deir Samaan, Maez, Jebel Zawiyé
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Nathalie Galesne   
L’aventure Chrétienne | Nathalie Galesne, Catherine Cornet, Aquilino Mancini, Serjilla, Jean Chrysostome, Théodoret de Cyr, Saint-Siméon, Massif Calcaire, Deir Samaan, Maez, Jebel Zawiyé
L'hotel de Serjilla
Le chistianisme se propage à partir du IVème siècle dans le nord de la Syrie porté par les ascètes dont la vie exemplaire déclenche de nouvelles conversions et sert de modèle aux nouveaux chrétiens. Mais le paysage religieux syrien est alors loin de se présenter comme un bloc homogène de croyants. Au contraire, la Syrie est, à ce moment de son histoire, une mosaïque spirituelle mouvementée.
En fait le terme «chrétiens» naît à Antioche où Paul et Barnabé mais aussi Pierre prêchèrent. Leurs enseignements, contradictoires pour l’observance de la Torah, menèrent vers 50 ap. J.-C. à des conflits entre pagano-chrétiens, influencés par le messianisme de Jésus, et judéo-chrétiens attachés aux rites du judaïsme. La première église chrétienne de Syrie, l’une des plus anciennement connues, à Doura Europos, date du tout début du IIIe siècle. L’église d’Antioche possède dès les IIe-IIIe siècles des évêques dont saint Babylas martyrisé sous l’empereur Dèce (249-251).

Ce pluralisme des croyances se maintient donc dans toute son effervescence au IVe siècle. Un fort mouvement païen continue d’exercer son pouvoir d’attraction sur une minorité de chrétiens sensibles à l’aspect festif de ce paganisme. Il y a également une importante communauté juive qui exerce une véritable incitation au monothéisme et irradie sur les païens et sur les «demi-chrétiens». Un noyau de chrétiens convaincus complètent ce tableau. Rassemblés autour du clergé et des moines, ils essaient de soustraire la masse des fidèles aux séductions du paganisme et du judaïsme.

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Serjilla
La figure emblématique de ce christianisme fut Jean Chrysostome qui s’évertua à transformer ces chrétiens tièdes en chrétiens accomplis, et tenta de ramener l’unité dogmatique dans une église antiochienne déchirée entre les partisans de Paulin (362-377) et ceux de Mélèce, le patriarche soutenu par Jean (360, 362-365, 377-381).

L’aventure chrétienne en Syrie est surtout marquée, dès le IVe siècle, par l’anachorétisme, c’est à dire le retrait du monde et la méditation solitaire pratiqués par des ermites. Théodoret de Cyr a écrit la biographie de ces «athlètes de Dieu». Il y raconte leur ascèse fondée sur un combat impitoyable contre la tentation que le corps incarne. Non seulement le corps empêche de contempler les idées, thèse déjà soutenue par Platon; mais il est de surcroit la source de tous les maux. L’âme doit donc s’émanciper par tous les moyens du corps, d’où les épreuves extrêmes que s’infligent les ascètes.

Perchés sur une colonne, reclus dans une tour ou dans une une grotte, enchaîné au milieu de terres désertiques, l’anachorète soumet son corps aux intempéries, à la douleur physique, au manque de nourriture et de sommeil pour prier jusqu’à l’épuisement. Enfin libéré de la prison du corps, il peut se rapprocher de dieu, entrer en symbiose avec lui et se doter de pouvoirs surnaturels, renforçant ainsi son prestige auprès des fidèles.
Les anachorétes avaient plusieurs modes de vie: dans des grottes, sur les arbres, Ils pratiquaient la stasis ou bien vivaient en reclus

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Deir Samaan
Stylites, reclus et Cénobites

Du mot "colonne" ("Stylos" en grec), le stylite vivait de manière particulièrement spectaculaire. Il habitait au sommet de sa colonne, et y passait sa vie à prier, prêcher, conseiller et guérir. Ainsi conjugauait-il deux principes : la vie solitaire mais aussi le devoir d’apostolat, c’est-à-dire s’offrir en exemple pour attirer les païens à la nouvelle foi. C’est pourquoi les colonnes étaient érigées sur des sites très en vue. L’initiateur de ce mode de vie fut Saint-Siméon le stylite, dit le grand (390-459). «Les Vies» du saint disent qu’il resta perché sur une colonne de 18 mètres de haut pendant 37 ans. Sa renommée fut telle qu’il réussit à attirer des foules de provenances très lointaines. Saint-Siméon fut imité par d’autres stylites non seulement dans le Massif Calcaire mais aussi dans le reste de la Syrie, en Asie mineure et même en Occident.
Les reclus sont ceux qui s’enferment dans des tours. Cet aspect de la vie monacale est particulier au Massif Calcaire et à la Syrie en Général. La tour du reclus garantit parfaitement la séparation du monde, tout en intégrant les reclus à la vie communautaire: les habitants leur rendent visite pour solliciter leurs prières, obtenir leurs conseils, etc. Les tours étaient plus ou moins proches du monastère et était composée d’un ou plusieurs étages, avec en général une pièce par étage. On en dénombre à peu près 55 dans le Massif Calcaire.
Les Cénobites mènent une vie communautaire principalement dans des monastères. Cette vie en groupe commence quand un ascète célèbre accepte des disciples. On commence à bâtir des monastères dès le IVème siècle, puis ceux-ci se développent au VIème siècle, tout d’abord autour d’Antioche. L’activité monacale se divisait principalement en trois moments: la méditation et la lecture, le travail, et enfin le repos. Les Cénobites avient une relation très étroite avec les habitants du village près duquel ils étaient établis, ils partageaient avec eux les activités religieuses et le travail de la terre. Un monastère complet regroupait en général: un bâtiment destiné aux activités communautaires, un bâtiment d’accueil ou d’activités non communautaires, une tour de reclus, un tombeau collectif.

Un lent déclin
Les facteurs du déclin des villages du massif demeurent controversés. L’abandon progressif des villages commence à partir du VIe siècle, la construction du dernier édifice, l’église de St Sergius à Babisqa, est de 609-610. Aucunes traces d’architecture civile ou religieuse, construite après cette date, n’a été retrouvée dans le massif. Le premier élément de ce lent déclin est lié aux invasions perses. A partir de 527 commence, en effet, une série d’invasions des perses sassanides. En 540 la ville d’Antioche et prise et totalement pillée, Apamée et sa région est vidée de plus de la moitié de ses habitants (292000 prisonniers sont emmenés en Perse). Vient s’ajouter à ce climat d’insécurité et de guerre l’arrivée de la peste bubonique. Partie d’Egypte elle semble avoir touché une grande partie de la population syrienne à partir de 542 et se poursuit jusqu’au VIe et VIIe siècle. Enfin en 526, 528, 551, 553 et 557, la Syrie du Nord subit de violents tremblements de terre.

Ce déclin est aussi lié au cadre politique de l’époque. Après une longue période de prospérité et d’échange, les routes du commerce changent et la Méditerranée perd, à partir du VIIe siècle, son rôle prédominant pour devenir une mer hostile où grondent les attaques de pirates et guerres maritimes. Les ports de Séleucie et Laodicea (Latakié), Tripolis, Ptolemais (Acre) et Caesarea Maritima sur les cotes syriennes s’immobilisent et l’exportation des produits du Massif sur la rive occidentale de la Méditerranée est rendue impossible.

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Maez
Le progressif abandon des terrains cultivés laisse place à un appauvrissement d’une terre exigeante qui requiert un entretien complexe et surtout constant. Lorsqu’à partir du IX et Xe siècle, les routes maritimes de la Méditerranée s’ouvre à nouveau au négoce, ce sont les commerçants italiens d’Amalfi, Salerne, Pise et Venise qui en prennent le contrôle supplantant les marchands syriens.

Avec la conquête islamique de la Syrie, la région subit une profonde mutation géopolitique, la Méditerranée devient une frontière. Les pouvoirs musulmans se tournent davantage vers la Mésopotamie : l’Arabie, le Caucase et l’Asie centrale. Jusqu’au XIIe siècle, la Syrie du Nord est sujette au pillage des guerriers arabes, byzantins, francs. Les derniers occupants chrétiens quittent le Massif Calcaire pour s’installer dans les plaines que leur ancêtres avaient délaissées et dans les grandes villes. A partir du XIIe siècles de nouvelles constructions voient le jour, elles ne sont ni civiles ni religieuses mais militaires. Francs et musulmans construisent des fortifications dans les points stratégiques du Jebel Zawiyé, entre la vallée de l’Oronte et les plaines de l’Est. La page de l’âge d’or du Massif Calcaire est désormais tournée.



Nathalie Galesne
avec Catherine Cornet
Photos Aquilino Mancini
(28/12/2009)