A la découverte des villages antiques de la Syrie du Nord | Nathalie Galesne, Catherine Cornet, Aq. Mancini, villes mortes, Massif Calcaire, Serjilla, aen Lassus, Joseph Mattern, Georges Tchalenko, Djebel Seman, ean-Pierre Sodini, Jean-Luc Biscop, Widad Khoury, George Tate, Pierre-Marie Blanc, Gérard Charpentier, Olivier Callot
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Nathalie Galesne   
A la découverte des villages antiques de la Syrie du Nord | Nathalie Galesne, Catherine Cornet, Aq. Mancini, villes mortes, Massif Calcaire, Serjilla, aen Lassus, Joseph Mattern, Georges Tchalenko, Djebel Seman, ean-Pierre Sodini, Jean-Luc Biscop, Widad Khoury, George Tate, Pierre-Marie Blanc, Gérard Charpentier, Olivier Callot
L'hotel de Serjilla
Myriade de constructions oubliées dans les replis d’une géographie escarpée, les villages antiques du Massif Calcaire du Nord de la Syrie sont demeurés, des siècles durant, murés dans leur silence Pourtant de l’harmonie de ces églises, de ces maisons, de ces pressoirs, thermes, citernes plus ou moins conservés, de l’âpreté de ces monastères, de ces tours de reclus, de ces colonnes des stylites que l’usure des ans a couchées, de ces ossatures de pierre battues par les vents et soumises à la fournaise de l’été affleurent des messages, des bribes de récits qui racontent l’histoire florissante des premiers chrétiens de Syrie du Nord.

Ces ruines ne se contentent pas de mettre en scène l’expression d’une piété naissante mâtinée par la culture syrienne, elles nous renseignent aussi sur l’histoire de ces paysans bâtisseurs s’étalant du IIIe siècle au VIIIe siècle. Ces derniers firent prospérer leur terre en y cultivant la vigne et l’olivier, façonnèrent et ciselèrent ce paysage de pierre, pour nous léguer ce que le jésuite J. Matern appela, injustement selon certains, «Les villes mortes».

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Maez
Il faut attendre neuf siècles pour que «les villes mortes» sortent peu à peu de l’oubli dans lequel les a plongées l’abandon progressif qui les frappe à partir du VIIIe siècle jusqu’à leur quasi désertion au Xe siècle, désertion qui permit paradoxalement leur préservation.

Ce sont en premier lieu les voyageurs qui découvrent ce surprenant patrimoine. Le plus célèbre d’entre eux, le Marquis de Vogüé, sillonna la région, à la fin du XIXe siècle, en compagnie d’un architecte virtuose qui dressa le relevé des principaux vestiges comme ceux de Qalb Lozé et Qalat’Sam’an.

Plus tard, au début du XXe siècle, le professeur Butler mena deux importantes expéditions qui révélèrent l’importance des sites du Massif Calcaire. Ces travaux sont poursuivis par Jaen Lassus, Joseph Mattern, et enfin Georges Tchalenko dont les recherches, de 1935 à 1970, interrogent pour la première fois la dynamique de ces villages pris dans leur ensemble.

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Baqahira
Sept cent sites antiques ont été dénombrés, éparpillés dans le décor somptueux de plateaux pouvant atteindre jusqu’à 1.000 mètres d’altitude. Le Djebel Seman, le Djebel Halaqa, les Djebels Baricha, Ala, Doueli et Wastani et enfin, au Sud, le Djebel Zawiyé- forment les chaînons du Massif Calcaire, bordé par la ville de Cyrrhus au Nord, par celle d'Apamée au Sud, par la vallée de l'Oronte à l'Ouest, et par les plaines d'Alep, Qinnisrine et Maaret an-Numan à l'Est.

Eglises, baptistères, monastères, centres de pèlerinage, hôtelleries, habitations, thermes, pressoirs monuments funéraires constituent le patrimoine de ces villages, un immense conservatoire de pierre à ciel ouvert, dans lequel il est parfois possible de rencontrer, comme à Sergilla, l’heureuse combinaison de tous ces édifices. Une soixantaine de ces villages ont réussi à contrer l’érosion du temps, de manière admirable. Seuls toits et charpentes manquent à leurs édifices dont l’élévation atteint parfois huit mètres de haut.

Depuis plus de trois décennies, les efforts conjugués des pères Castellana, Pena, Fernandez ont également permis de belles avancées dans la compréhension «des villes mortes». A leur travail minutieux sur le terrain, à l’écoute qu’ils accordent aux paysans du Massif Calcaire, forts d’une connaissance concrète de leur propre terre, s’ajoute la confrontation d’une lecture approfondie des textes anciens en araméen, grec, latin, syriaque.

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Maez
Aujourd’hui, des archéologues tels que Jean-Pierre Sodini, Jean-Luc Biscop, Widad Khoury, George Tate, Pierre-Marie Blanc, Gérard Charpentier, Olivier Callot, pour ne citer que quelques noms, s’efforcent de mettre en évidence les connexions économiques, sociales et culturelles qui ont pu relier ces villages entre eux, et la place que ceux-ci occupèrent au sein de l’espace méditerranéen.

La pierre dorée des sites du Massif Calcaire épouse harmonieusement la nature, s’y confond, cachée dans la broussaille des champs, encastrée entre des grottes, dissimulée dans l’étendue rocailleuse des Djebels qui se déploient à perte de vue, imbriquée dans l’enceinte d’un village moderne, ou transformée en ferme. Les visites de ces villages ne sont pas encore toutes balisées, à l’exception bien sûr des sites les plus connus comme Qab Lozé ou Saint Siméon, hauts lieux de la chrétienté orientale. Les découvrir est en quelque sorte une aventure, un décryptage, une promenade, parfois athlétique, guidée par la curiosité et le plaisir d’une immersion dans une nature d’une époustouflante beauté, sur laquelle les hommes ont imprimé la marque indélébile de leur présence et de leur croyance.



Nathalie Galesne
avec Catherine Cornet
Photos Aquilino mancini
(28/12/2009)