La route d’Elissa . La Méditerranée, la Reine et la légende | Yussef Bazzi
La route d’Elissa . La Méditerranée, la Reine et la légende Imprimer
Yussef Bazzi   
  La route d’Elissa . La Méditerranée, la Reine et la légende | Yussef Bazzi À l’initiative de «Time TV» et avec la participation officielle des Nations Unies, ainsi que d’autres partenaires dont «Novi productions» et «Libertyvac», une compétition de voiliers sera organisée en mai prochain, elle sera baptisée La Route d’Elissa, et empruntera une route que les navigateurs contemporains ont oubliée. Son thème, La Méditerranée, la Reine et la légende, rappellera les expéditions menées par les premiers navigateurs phéniciens de l’Est méditerranéen. En effet, unissant l’Europe, l’Afrique et l’Asie, cet événement culturel/sportif remettra en mémoire l’aventure fabuleuse de nos ancêtres qui s’embarquaient pour des voyages de découverte en Méditerranée, exaltés par l’appel de la mer et par la conquête de l’horizon.
Selon les organisateurs, la spécificité de La Route d’Elissa, c’est de confier à des femmes la commande des équipages avec, pour objectif, de rappeler cette légendaire expédition antique. En effet, elle met l’accent sur la place occupée aujourd’hui par la femme dans les compétitions de bateaux à voile. D’ailleurs le rôle de pionnière revient à une femme, puisque la première navigatrice fut précisément Elissa.
Il se pourrait fort que la légende d’Elissa ne soit pas l’unique raison qui ait motivé l’organisation de cette compétition. L’autre idée force est de à la redécouverte des liens maritimes qui unissent les pays du bassin méditerranéen. D’ailleurs, le projet vise à rappeler ces liens sociaux et culturels à travers la mise en place d’un événement sportif unique en son genre, puisque les bateaux naviguent dans le sens contraire du vent.
Le départ des voiliers se fera dans les ports de Tyr et de Saïda au Liban et l’arrivée se fera dans les ports de Sidi Bou Saïd et d’Hammamet en Tunisie.
La ville phénicienne de Tyr, qui se trouve à 80 km de Beyrouth, a été fondée en 2750 av. JC et fut considérée comme la Reine des mers jusqu’à sa conquête par Alexandre le Grand en 232 av. J.-C. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un petit port de pêche, mais foisonnant en sites archéologiques. Elle est classée patrimoine universel de l’humanité, sous la protection de l’UNESCO.
Saïda est l’ancienne ville de Sidon qui fut l’une des plus grandes et des plus riches villes de Phénicie; elle constitue, aujourd’hui, le noyau commercial et financier du Sud Liban. C’est une ville de pêche et de commerce où les vestiges du passé sont encore visibles partout.
Sidi Bou Saïd est un port de loisir et de tourisme dans le golfe de Tunis, près de Carthage, dont les anciens ports puniques ne sont plus adaptés à la navigation. La course se déroulera au large du site antique de Carthage et traversera le grand port de commerce de La Goulette, afin de permettre à un public assez large de suivre la dernière étape de la course jusqu’au point d’arrivée.
Hammamet, qui constitue l’axe reliant Carthage aux autres villes, était jadis célèbre pour ses thermes (d’où son nom arabe, les Bains). La mer constitue un élément très important dans la vie de cette ville touristique qui, en 2001, a créé un nouveau port de loisirs, assez vaste pour contenir sept cent cinquante bateaux de tous gabarit. La route d’Elissa . La Méditerranée, la Reine et la légende | Yussef Bazzi La compétition est disputée, entre autres, par deux navigatrices gouvernant des bateaux à voile de modèle Corell 45, leurs équipages sont constitués exclusivement de Libanaises et de Tunisiennes. Par ailleurs, la course est ouverte à tous, hommes et femmes, et à plusieurs catégories de voiliers, à conditions que les équipages comprennent un certain pourcentage de femmes.
La compétition principale aura lieu entre Florence Artaud et Karine Fauconnier. La première est peut-être la navigatrice la plus célèbre du monde depuis qu’elle a gagné en 1990 la course de l’Atlantique en solitaire (La Route de Rome). La même année, elle a battu aussi le record de la traversée de l’Atlantique en solitaire. En 1997, elle a gagné la course du Pacifique en compagnie de Bruno Perron. La deuxième, surnommée «la Fille du Vent», a passé son enfance sur le célèbre voilier Vendredi 23. Elle a participé à des compétitions depuis l’âge de vingt-quatre ans et n’a plus cessé d’accumuler les victoires. En l’an 2000, elle a gagné la traversée de l’Atlantique avec son coéquipier. En 2002, elle a participé en solitaire à «La Route de Rome», à bord du Sergio Sacchini, et en 2003, elle a gagné le Grand Prix d’Italie.
Plusieurs catégories de voiliers et divers équipages participeront donc à cette course sportive et culturelle. La Route d’Elissa sera une course internationale, dont le règlement a été rédigé en collaboration avec le Comité National des courses de pleine mer. Des trophées et des récompenses seront remis aux gagnants de toutes les catégories. En marge de la compétition, se dérouleront maintes soirées de gala, manifestations culturelles, expositions, récitals et spectacles inspirés du thème de la course, de la civilisation et de la mémoire maritime des villes participantes.
Que raconte la légende d’Elissa? C’est l’histoire d’une princesse phénicienne qui a pris la mer et choisi l’exil loin du royaume de Tyr après la mort de son époux, le grand-prêtre de la cité, tué par son frère, le roi Pygmalion. Elissa partit donc avec sa suite à la recherche d’un nouveau territoire où elle pourrait fonder sa nouvelle cité. Elle accosta en l’an 864 av. JC sur la côte africaine, dans un golfe de Tunisie, et y conclut un accord avec le roi qui y règnait. Ce dernier lui octroya un territoire dont la surface ne dépasserait pas les dimensions d’une peau de taureau. La princesse accepta le contrat, mais prit soin de débiter la peau de taureau en très fines lanières, grâce auxquelles elle put marquer les frontières d’un grand royaume.
C’est ainsi que fut fondée la ville de Kart Hadasht (Ville nouvelle) connue aujourd’hui sous le nom de Carthage, tandis qu’Elissa prit le nom de «Reine Didon», l’errante, car elle dut parcourir les mers pendant sept longues années avec de pouvoir enfin accoster et fonder son royaume.
À croire que le bassin méditerranéen a été depuis toujours la terre des égarés, des exilés et des émigrés, ceux qui défient la houle pour atteindre la «Nouvelle Ville» et dont, aujourd’hui encore, nous voyons l’image dans ces navires d’émigrés clandestins qui tentent en vain de rejoindre les rivages européens.



Youssef Bazzi

mots-clés: