Journal palermitain II | Salah Bechir
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Salah Bechir   
  Journal palermitain II | Salah Bechir La Sicile peut paraître prétentieuse et entêtée: Une petite île ouverte à toutes les "mers" de la Méditerranée et qui se prend pour un continent, et s'invente une humeur continentale. Mais ce n'est qu'une première impression. C'est un pays réservé mais non fermé, discret mais non replié sur lui-même. Les habitants de Palerme -et c'est au moins l'impression qu'ils m'avaient donné- ne s'offrent pas en spectacle au visiteur. Ils ne sont pas bruyants (par les gestes et les paroles) comme le reste des italiens, notamment les napolitains. Ils ne réservent aux touristes ni hostilité ni flatterie, car ils les considèrent comme de simples visiteurs qui viennent et qui partent sans que pour autant la ville soit obligée de rythmer sa vie sur leur arrivée ou leur départ. Ils ne manifestent à leur égard aucune curiosité, ou alors celle-ci est camouflée. Elle se renseigne et elle devine sans se dévoiler. Personne ne m'a questionné sur mon lieu de provenance ni sur la raison de ma visite. Personne ne m'a demandé si la ville m'avait plu ou non. Les siciliens ne se mêlent pas de ce qui ne les regarde pas. Ils ne cherchent pas à deviner les désirs du visiteur ou à les devancer. Cet homme à qui j'ai demandé où se trouve «il Teatro Massimo» m'a répondu avec gentillesse et m'a accompagné avec amabilité. Chemin faisant, il me désigne un bâtiment qui se dresse aveugle et rude et il me dit: «c'est la caserne des pompiers». J'ai feint l'admiration mais il ne manifesta aucun intérêt. Il m'a offert une information, en me désignant un point de repère, mais il ne s'est pas improvisée comme un guide. Et il me le fit comprendre avec une subtilité presque indicible, presque infinitésimale. La ville n'a pas pris les travers des pays touristiques et n'a pas transformé ses habitants en guides baragouinant toutes les langues, ou en oiseaux de proie à l’affût du visiteur étranger –hormis le chauffeur de taxi qui m’infligeât un prix qui s’apparente, à s’y méprendre, à une rapine . L'hospitalité dans cette ville n'est pas encore devenue une industrie ni un simple pourcentage du PIB. Journal palermitain II | Salah Bechir Palerme, si on la considère comme une métonymie de la Sicile, n'est pas une ville donnée. Le visiteur ne trouve dans ses musées et dans ses monuments nombreux un simple guide qui le dirige ou un dépliant qui le renseigne. Il ne peux pas y pénétrer si un de ses enfants ne le prend par la main. Je n'ai pas pu la découvrir que lorsque mon ami Francesco, revenu de son hyperactivité, a pu me consacrer son temps. Et c’est ainsi que la visite pressée et ennuyée de la première nuit se transforma en une passion sans limite. Cette ville cumule en elle toutes les étapes de l'histoire de la Méditerranée: grecque, romaine, byzantine, islamique et autres, ainsi que ses civilisations, ses arts, ses races, ses ethnies et ses langues. Mais Palerme cache cette richesse étonnante et cette beauté éblouissante pour les vivre comme une existence quotidienne qu'elle ne prend pas la peine d'exhiber.
Palerme, et peut-être l'ensemble de la Sicile est un exemple vivant et évident du reniement des frontière que les grandes divisions politiques, idéologiques et culturelles avaient érigées comme des barrières infranchissables et aveugles interdisant aux différentes identités tout mélange et toute "contamination".
La visite du palais des rois normands, ceux qui sont arrivés à la fin du moyen âge de leur contrées septentrionales pour arracher l'île aux musulmans et la « remettre » entre les mains des occidentaux, ne révèle rien d'occidental à part les quelques rajouts tardifs. Les peintures aux couleurs dorées (religieuses pour la plupart) sont byzantines de style. Les décorations sont islamiques, de ce style maghrébin qui marie le rouge sang et le vert mêlé ou non de blanc. Une ressemblance étonnante avec la décoration des anciennes demeures du Maghreb, des mausolées de ses innombrables marabouts tapissées de kilims ou avec les couleurs des friandises bon marché que nous achetions, enfants, dans les souks de nos campagnes. Ce palais semble être l'archéologie de l'Occident moderne, une image instantanée de ses moments primordiaux, les plus précoces, lorsque son identité était encore ambiguë, chaotique. La richesse de ses éléments est empruntée aux deux Orients, le byzantin et l'islamique, comme si l'Occident dans ce palais, se prémunissait de l‘un en s’appuyant sur l'autre, mobilisant l’un contre l’autre, simultanément ou successivement, dans son effort de les neutraliser tous les deux en lui-même. La période des normands était, à cet égard, emblématique ou exemplaire. La monnaie frappée à l'époque de leurs premiers rois, telle que nous l'avons vue dans les musées ou sur les pages des livres, portait en arabe le nom du souverain du pays, Roger I ou Roger II, et des inscriptions du genre "Il n'y a de dieu que Dieu, Mohamed est le prophète de Dieu". Il est bizarre de voir dans un rapport aux sujets, transcendantal ou supposé tel au point de servir comme caution et certification de la monnaie, le souverain recourir à la langue et aux expressions sacrées de l'Autre qui n'est que l'adversaire vaincu. Mais c'est l'un des paradoxes de l'histoire sicilienne, une manifestation claire de la spécificité du Moi sicilien où l'Autre, même désigné par l'histoire comme un ennemi, n'est qu’un "autre" relatif, une autre image de soi, jamais irrémédiablement expulsé parce que toujours un Moi probable!

A Palerme, et en Sicile, il semble que les époques se soient succédées sans que l'une se venge de l'autre, et quand même cela arrivait, la vengeance s’abstint d’annihiler et de supplanter. Ainsi, la ville ne voit ni inconvénient ni matière à scandale à ce que l'une des deux colonnes de l’entrée principale de sa cathédrale porte, incisés dans son marbre, des versets coraniques. Il est des mosquées qui sont devenues des églises sans pour autant récuser ni renier leur architecture d'origine. Des couches architectoniques qui se superposent sans que les postérieures effacent ou heurtent les antérieures. Serait-il pour cela que les siciliens semblent vivre toutes les époques de leurs passé comme un présent éternel? ils ne tendent pas à les figer comme dans un musée, ou bien ils ne le font que très peu, comme une concession minimale et du bout des lèvres à un certain modernisme, trop enclin à ne concevoir le passé qu’exposé tout luisant dans des monuments à visiter. Les amis, et les gens que je venais de connaître m'ont accompagné pour voir "Calissa", une bâtisse très élevée qui se dresse face à la plage et qui semble un vestige d'une ancienne enceinte fortifiée. Une vie nocturne s’y déroulait bruyante. Une librairie, un café et un restaurant bondé de monde autour d'un groupe de jazz. On m'a expliqué que cet immeuble s'appelait à l'origine "Khalissa". Les Fatimides l'avaient construit pour être un bîmaristan ou quelque chose de ce genre, quand ils étaient, à partir de leur capitale Mahdia (en Tunisie) les maîtres d'un empire qui s'étendait sur tout le grand Maghreb, et dont la Sicile était alors une province. C’était avant que les armées Fatimides, commandées par Jawhar le sicilien, l'un des natif du pays, partaient conquérir l'Égypte, construire le Caire et y transférer le siège de la dynastie… L'histoire a de ces ruses qu’elle ne cesse d’ourdir pour s’inventer des connexions avec l’actualité! Au sud-ouest de Palerme, il y a une ville côtière qui s'appelle Mazara del Valle "(ou Mazira à l'époque islamique). Parmi les habitants de cette ville il y avait un érudit célèbre du nom de l'Imam Maziri, dont le sanctuaire se dresse, encore de nos jours dans la ville de Monastir, vénéré par ses habitants qui cherchent sa bénédiction en donnant son nom à leurs enfants. Dans l'actuelle Mazara, réside aujourd'hui la plus importante communauté tunisienne de Sicile et peut-être de toute l'Italie. La plupart sont des pêcheurs… originaires de la même Mahdia. Il semble que certains lieux, certains chemins de migration restent latents, récessifs dans la mémoire collective pendant des siècles, avant d'être «redécouverts», des générations plus tard, quand sonne l’heure de l’exode, comme par l’effet de l’instinct, comme dans la migration des oiseaux. Mais il y a une différence entre les ancêtres venus en envahisseurs conquérants et leur descendants poussés par le besoin et la nécessité de vivre! Rétorqueraient les obnubilés par le passé glorieux. Certes, mais ce ne serait qu’un simple détails aux yeux de ceux qui privilégient les brassages des hommes en faisant fi des moyens d’y parvenir! Je n'ai pas pu aller à Mazara, mais j'ai vu sur ses pêcheurs un reportage vidéo que l'ami Francesco a aidé à produire: ses ruelles sont identiques à celles de Mahdia et la gémellité des visages est sidérante.
C’est que la Sicile est "l'autre rive" de tous les univers méditerranéens, de celui de l’Islam comme des autres. Molière l'avait décrite comme « le pays des esclaves, des femmes voilés et des manteaux noirs » comme s'il parlait d'une contrée éloignées hors de l'Europe, ou d'un Orient imaginaire. Car cette île ne réclame son appartenance à ses mondes méditerranéens, qu’en préservant ce qui la distingue de chacun d’eux. C’est ce qui expliquerait la présence de l'époque musulmane dans la conscience de ses habitants, bien qu’elle était, tout compte fait brève (deux siècle à peine) dans l’histoire plusieurs fois millénaire de la Sicile. Une présence qui ne se limite pas aux monuments historiques, mais dont les traces restent visibles partout, dans le comportement, dans le goût, et dans le parler quotidien des gens. La mère de Francesco eut pitié de moi, en me voyant un soir rentrer épuisé, en disant: «meschino» (mesquin en arabe). Dans une autre occasion, elle a déclara qu'elle aimait le pain à la "giulgiolena" (c'est-à-dire le gilgilan, nom du sésame au Maghreb) . Je crois que l'Orient et l'Occident qui formaient au Moyen Age un seul monde, bien que conflictuel, ne se séparèrent pas seulement à cause de la déviation des routes de communication et de commerce, ni suite à la dissociation intellectuelle entre les deux mondes, et tant d’autres facteurs connus, leur rupture se manifesta au niveau du goût aussi, lorsque l'Occident nous a abandonné la cannelle et les pâtes d'amande… et la « giulgiolena », privilégiant d'autres arômes, tel le chocolat, d’autres substances importées du nouveau monde après la découverte de l'Amérique. Il faudrait s’intéresser un jour à la géopolitique de la nourriture, à l’instar de n'importe quel autre sujet grave!! Journal palermitain II | Salah Bechir La Sicile, quant à elle, a préservé ce lien gustatif essentiel avec l'Orient le Sud. Dans un restaurant à Trapani, une ville à l'Ouest de Palerme, dont le port est le point de départ des bateaux vers l'Afrique du nord, la propriétaire me suggéra de goûter la spécialité de la ville "le couscous au poisson", taxant sa version tunisienne de n’en être qu’une copie pâle et inauthentique. Je ne polémiqua point, ayant appris depuis belle lurette que la nourriture et le sexe sont deux sujets avec lesquels on ne plaisante point, vu que les tabou les plus sévères dans la plupart des cultures et des croyances, sont ceux qui les concernent. Et puis, qu'est-ce que j'en sais? Il est fort probable qu'un homme ou un groupe, partis de Trapani à une époque antérieure aux Grecs, aux Romains et à toutes les périodes historiques ait emporté le couscous au poisson ou sans, jusqu'au nord de l'Afrique.

J'ai donc négligé le sujet et je me suis mis à penser au voyageur andalous Ibn Jubayr qui avait traversé cette ville pour se rendre en pèlerinage. Il y a assisté aux fêtes de Noël, et les avaient décrites d'une façon sommaire sans cacher son indignation. Ayant entendu vanter la beauté de ses femmes, il priât Dieu d’en faire les captives des musulmans. Ibn Jubayr est passé par là, comme dans le reste de la Sicile, en s'interdisant de voir. Érigeant entre l’île et lui comme un voile idéologique, selon la terminologie de nos jours . Lorsqu'il constatait quelque chose qui l'indignait, il l'attaquait avec verve et satire, mais lorsque les choses lui plaisaient, il s'empressait de douter et d'exprimer ses inquiétudes. Sa relation de voyage constitue, probablement à son insu, un document très précis sur l'état du monde à son époque et sur les jeux des pouvoir. Les villes qu'il avait traversées ou mentionnées étaient ou bien musulmanes "que Dieu les garde" ou perdues par les musulmans "que Dieu fasse qu'ils les récupèrent", ou bien elles étaient chrétiennes "que Dieu les détruise" ou "que Dieu les fasse s'écrouler sur leurs habitants" … une invocation, une supplication qui cachent à peine le désespoir ou la crainte. L’homme provenaient d’Al Andalouss et il pressentait avec crainte le retournement de la situation de l'Islam qui n'était plus dans sa phase conquérante mais était, désormais, sur la défensive . Notre voyageur ne voyait donc le monde que sous la forme d'une "ligne de front" incontournable qui divisait ses contemporains en deux camps nettement et irrémédiablement séparés. Le moindre «métissage» lui semblait suspect, voire périlleux, d'où sa hâte à le nier.. Et c’est pour cette raison qu'Ibn Jubayr fut incapable de saisir ce "paradoxe sicilien" ou cette "spécificité sicilienne": il n'avait pas noté que Palerme en son temps qui coïncide avec le règne des normands chrétiens, était devenue un centre important de la civilisation musulmane, créatrice de culture, d'art, d'architecture et de technique, alors qu'elle n'était, sur ce plan, qu'une ville secondaire, marginale, dans l’orbite de Kairouan ou de Mahdia.
Ceci explique probablement l'attachement des siciliens à cette époque musulmane à laquelle ils attribuent certains de leur meilleures qualités ou de leur pires défauts. Ils leurs arrivent d’exagérer dans un sens comme dans l’autre, voire d’inventer. Ils considèrent cette période co-fondatrice de leur identité (Ô combien forte!).
Je connais beaucoup de régions en Italie, mais visiter la Sicile ressemble à un voyage dans un pays différent, mais familier. Une sensation diffuse dans l'air, intouchable, imperceptible, injustifiable par la différence du dialecte, puisque le pays de Dante n’a pas réalisé son unité linguistique. Caractère qui pourrait être attribué au fait que l'identité de cette île s'est nourrie de plusieurs apports contradictoires, venant de la terre et de la mer, de l'islam comme de la chrétienté (sans parler de l'hellénisme, de la latinité et de leurs infinies nuances). Une identité composite, mais solidement amalgamée (dans le sens étymologique à nous légué par l’alchimie), au point de constituer une entité spécifique et originale
Ainsi le cosmopolitisme à Palerme (et en l'occurrence en Sicile?) n'est pas un vestige historiquement datable et dont on détecterait les traces. Ce n’est pas un mode d’une vie révolue dont les lieux, les choses et le visages ne gardent que de vagues réminiscences. Il n’est pas un accident qui s’ajouterait, sans l’entamer vraiment, à une nécessité immuable, une exception que certains événements historiques avaient provoquée puis dépassée ou dépasseront, pour être vécu, dorénavant sur le mode de la nostalgie. Mais le cosmopolitisme est la vérité profonde de la Sicile! L'île avait reçu tout ce qui lui a été offert ou infligé par la mer, à travers sa longue histoire, sans jamais rien en rejeter. Elle n'avait pas le choix forcément les choix, face à ses multiples envahisseurs, venus de l'Est et de l'Ouest, du Nord et du Sud, mais elle était restée maîtresse de la façon d’absorber ce qui lui était imposé, se forgeant, de tout ce que la mer lui avait apporté de toutes les horizons de la Méditerranée cette humeur et ce caractères "continentaux" qui lui sont si propres. C'est pour cette raison qu’on la voit telle qu’elle est: un "continent" qui a pour matière la mer.

Palerme n’avait donc aucun mal à reprendre le processus de sa cosmopolitisation renouvelée. Elle n’avait, pour ce faire, que d’être fidèle à elle même. Elle est aujourd'hui une ville de migration, qui attire les demandeurs de travail et ceux gens qui fuient la misère ou la persécution du grand Maghreb, de Afrique, du le sous-continent indien et e la Chine. Ils se investissent ses marchés et ses quartiers et ses artères principales et secondaires. Beaucoup d'eux, les maghrébins surtout, y passent inaperçus s’ils ne sont trahis par la langue. Il écouter parler pour deviner leur pays d'origine. C’est que le faciès sicilien est tous les faciès, du moins méditerranéennes. La "blancheur" en Sicile est colorée, tolérante, toutes le nuances possibles peuvent y trouver place, contrairement à celle des pays du nord, spécifique et exclusive, qui rejette et qui marginalise. En Sicile, elle intègre, dans les pays du nord elle constitue le moyens le plus infaillible, parce que le plus immédiat, pour discriminer et de ségréguer. Dans les rues de Palerme, il faut qu’une peau atteigne l’extrême, de par la couleur ou les traits, qu’elle soit indienne, chinoise ou africaine pour trqhir son étrangeté et susciter la curiosité, mais pas plus que la curiosité. Cette ville, et l'ensemble de l'île, semblent en effet épargnée le racisme, du mois pour l’instant. Probablement parce que l'Autre, cet étranger venu de loin, y était dans un certain passé, ou y sera dans un certain avenir, un "Moi" virtuel et possible.
La coexistence en Sicile est exempte de tension raciale, ou cette dernière y est contenue, invisible ou imperceptible. Les jeunes africains, s’y comportent avec liberté, jouant ou bavardant, sans se sentir sous l’emprise d'un œil observateur, méprisant ou dénonciateur comme dans les autre pays de migration en Europe. Ils n’imitent pas leurs congénères afro-Américains, en adoptant leur apparence, leur comportement, leurs modes vestimentaires ou leurs goût musical, pour se faire accepter dans le reste de l'Europe.
Quittant les artères principales et pénétrant dans les ruelles secondaires, l’on se retrouve dans un monde bruyant, un mélange de couleurs et de parfums. Des marchés à perte de vue qui exposent la pacotille la plus élémentaire: des ustensiles de cuisine en plastique, des tissus, des vêtements et des bijoux en métal vil ou en verre. Toutes les ethnies de la villes y sont représentées, vendeurs et clients. Ces marchés ressemblent, comme deux gouttes d’eau à leur équivalent de Paris, par exemples, dans les quartiers des travailleurs immigré. Mais là bas, ils ne sont que des ghettos, alors qu’il semblent ici un axe important de l'activité commerciale de la ville, et l'un des moyens les plus efficaces pour l'intégration des nouveau venus.
Et ces nouveau venus adoptent, pour s’intégrer, les stratégies variées, parfois les plus surprenantes et les plus inattendues. Qu’y a t il de plus spécifiquement palermitain que Sainte Rosalie, la protectrice de la ville qu’elle aurait sauvée de la peste venue au bord d'un vaisseau tunisien, comme l’affirme la légende et le suppute, seulement, l’histoire (Mais, comme on le sait, la légende est plus véridique que l’histoire). Le sanctuaire érigé en son honneur sur les hauteurs est devenu un lieu de pèlerinage pour les immigrés venus de Sri Lanka (qu'ils soient chrétiens ou non), s’imposant un « chemin de Croix » à pied ou à genoux et partageant ainsi avec les habitants de la ville l'un de leurs rites les plus spécifiques et les plus intimes, bien que s’insérant dans des croyances qui leurs sont, à priori, étrangères.

Cette image pourrait être le symbole de Palerme, et de toute la Sicile: Une île qui a fait de son ouverture une défense et de son cosmopolitisme une identité. Salah Bechir
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