L'écume de toutes les rives | Adrian Grima
L'écume de toutes les rives Imprimer
Adrian Grima   
 
L'écume de toutes les rives | Adrian Grima
Daniel Belli, fondateur et force motrice de l’organisation florissante ECUME – Echanges CUlturels en MEditerranée - habite une ravissante maison qu’il a lui même retapée dans la partie la plus maghrébine du Panier, près de Belsunce. Quand nous faisons connaissance dans les bureaux d’ECUME au coeur du Vieux Port (peu d’organisations doivent avoir le privilège d’être installées dans un si joli coin de la ville) c’est avec mépris qu’il parle de la ville où il a habité et travaillé presque toute sa vie. Quand nous lui demandons pourquoi il n’en est jamais parti, il s’ébroue: c’est parce qu’il a toujours voyagé et a donc rarement séjourné à Marseille, c’est aussi à cause de sa maison et parce qu’ECUME travaille avec la Méditerranée.

“Quand j’ai créé ECUME il y a 20 ans, travailler pour la région méditerranéenne, c’était quelque chose d’assez nouveau”. A l’entendre, je me demandais qu’elle avait été la cause première, si c’était la Méditerranée, ou Marseille, ou le besoin pour un juriste qui avait enseigné trois ans le Droit en Algérie de s’aventurer au delà des bastions de la loi ... Il y a sûrement plus d’une réponse à cela, nous avons rarement une seule raison d’entreprendre quelque chose, souvent nos motivations sont même loin de nous être claires, et elles évoluent dans le temps.

D’une certaine façon, je pense qu’un personnage accompli comme Monsieur Belli est aussi sévère envers sa ville qu’il est exigeant envers lui même et envers les autres. J’ai hasardé que Marseille était un endroit idéal d’où travailler pour la Méditerranée et il a acquiescé, mais il fallait l’entendre quand j’ai cité un mythe ancré. D’aucuns disent en effet que Marseille est cet endroit de rêve où les peuples de différentes cultures, religions et moyens, co-habitent en paix et en harmonie. Je lui expliqué qu’une illusion de ce genre ne m’a jamais traversé l’esprit mais il n’en est pas convaincu. Et pendant l’heure qu’a duré notre conversation il est revenu plusieurs fois sur ce mythe: “il est facile à ceux qui n’habitent pas à Marseille d’avancer des arguments aussi romanesques, mais ici la vie est dure.” Bien des gens à Marseille ont du mal à joindre les deux bouts.

Il ne mâche pas ses mots. Il suffit de citer le nom de Marseille pour provoquer en lui des réactions fortes: les hommes politiques, la saleté, le bruit, la pauvreté des immigrés avec leurs familles nombreuses. Il a beaucoup fait pour une ville qu’il dit ne pas aimer – il n’est sans doute pas reconnaissant ... Soudain ses mots me rappellent quelque chose! Mais mon opinion sur Malte bien sûr! L’incompétence des hommes politiques, le laissez aller, l’état piteux de l’environnement. Toutefois, je ne pense pas que j’aimerais vivre ailleurs...

Marseille est une ville particulière: Daniel né à Marseille, d’origine algérienne, souligne que c’est la seule ville qu’il connaisse où les immigrés vivent dans le centre. Hanan, ma collègue syrienne, observait dès son arrivée que le Cours Belsunce était plein d’algériens... Thierry Fabre nous a précisé qu’il y a 200.000 immigrés à Marseille. Selon mon guide Lonely Planet l’agglomération métropolitaine regroupe 1,23 million d’habitants. Rien de nouveau pour Marseille. Dans les années trente il y avait tellement d’italiens... De façon générale, le principal flux migratoire dans les deux dernières décennies du XXème siècle suit l’axe sud-nord. Les algériens forment le groupe d’immigrés le plus important en France, “où ils sont concentrés surtout à Marseille et dans le Sud.” (1)

L'organisation ECUME
Le 12 juillet 2003 l’organisation marseillaise ECUME, fondée par Daniel Belli, a célébré son vingtième anniversaire. L’objectif principal d’ECUME est d’assister au développement de l’expression culturelle en Méditerranée en travaillant de façon à promouvoir le respect mutuel et l’intérêt diffus qui permettent aux différents acteurs de partager le sentiment d’appartenir à une histoire commune.

A part son siège de Marseille, le réseau ECUME comprend des organisations similaires à: Alexandrie, Alger, Gênes, Séville et Tunis. Des contacts permanents à Ankara, Athènes, Beyrouth, Damas, Tanger, Tirana et Split prennent part aux projets d’ECUME.
L'écume de toutes les rives | Adrian Grima
ecume
Dans le domaine de l’éducation, l’association a pour but de fédérer les Ecoles des Beaux Arts afin d’en extraire une conscience méditerranéenne par le truchement d’échanges didactiques aux trois niveaux: entre étudiants, entre professeurs et entre directeurs.

En 1997 à Salonique, ECUME a mis en place le Réseau des Ecoles Méditerranéennes de Musique qui organise séminaires, concerts, cours de masters, tables rondes et activités de toutes sortes et qui encourage les prises de contacts et les rapports de travail entre les musiciens. Une rencontre itinérante d’environ 100 musiciens s’est déroulée à Marseille en 1987, 1989, 1993 et 2000, à Séville en 1990, à Alger en 1992, à Alexandrie en 1996, à Salonique en 1997, à Damas en 1998, à Genes en 1999, à Istanbul en 2001 et à Tunis en 2002. Le prochain rendez-vous aura lieu à Split en Novembre 2003.

Le Réseau des Ecoles Méditerranéennes de Théâtre, mis en place en 2000 à Damas, organise séminaires, représentations théâtrales et ateliers, et encourage des rapports entre les acteurs. Une rencontre itinérante d’environ 100 acteurs s’est tenue à Tunis en 2001, en 2002 à Marseille, la prochaine édition aura lieu en décembre 2003 à Alger.

Le Réseau des Ecoles Méditerranéennes des Beaux Arts a été créé en 1991 et la prochaine rencontre aura lieu à Alger en 2003.

ECUME organise, dans le cadre des activités pédagogiques, des interventions d’artistes dans les différents types d’écoles afin de transmettre des principes de base sur la musique traditionnelle et sur la chanson dans la région méditerranéenne. En outre, depuis 1997, ECUME gère des ateliers de chant à Marseille. L’activité consiste, par exemple, à transmettre l’art traditionnel méditerranéen du chant en apprenant les techniques vocales et rythmiques.

Dans les matières relatives à l’Histoire de la Musique et à la technique, ECUME a organisé un séminaire sur la Création Musicale en Méditerranée dans le cadre de la Rencontre des Ecoles de Musique qui a eu lieu en 1997 à Salonique. Le second séminaire s’est tenu à Marseille en 2001 et le troisième à Istanbul la même année. Ont participé à ces séminaires musiciens, compositeurs, ethnomusicologues et musicologues aux origines musicales et géographiques très diverses.

En 1999, en collaboration avec la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, ECUME a organisé le symposium L’Evocation du Sacré en Méditerranée. Les différents thèmes prévus ont été discuté par sociologues, anthropologues, théologues, critiques d’art, analystes politiques, critiques musicaux, musiciens, compositeurs, ethnomusicologues, musicologues et chanteurs provenant de la Méditerranée.

Dans le domaine de la culture, ECUME s’est affirmée en tant que structure spécialisée dans la conception, la production et la diffusion d’évènements culturels en Méditerranée.

Afin de mettre en valeur et en communication les patrimoines musicaux méditerranéens, ECUME a créé un orchestre d’instruments à cordes à éléments variables composé de 30 musiciens provenant de différentes écoles de la Méditerranée du Nord et du Sud et dirigé par plusieurs chefs d’orchestre de la région. Depuis 1999, près de 23 concerts ont été organisés en Méditerranée (Carthage, Damas, Alep, Tartous, Beyrouth, Amman, Alexandrie, Le Caire et dans la région de Marseille). En 2003 ils ont eu lieu à Alger, à Tunis et à Marseille.

Dans le domaine des arts visuels, ECUME organise des ateliers et des séminaires résidentiels pour artistes de la Méditerranée, suivis d’expositions collectives.

La Commission Européenne a approuvé un project culturel novateur, Medi Muses, dans le cadre du Programme Euromed Patrimoine II. Il s’agit de rechercher et de recomposer les éléments d’un patrimoine musical méditerranéen commun, notamment en ce qui concerne la musique classique et traditionnelle préservée à travers l’oralité et grâce à certaines sources écrites (en premier lieu les codes manuscrits de la musique byzantine). Et ceci en démontrant que les traditions locales, malgré leur charactéristiques autonomes et nationales, ont fait partie d’une musique commune méditerranéenne pendant des siècles. Dans le cadre de ce projet, il est prévu d’organiser des concerts, des symposiums et des cours de master.

Le projet est dirigé par l’école de musique byzantine En Chordais de Salonique. Medi Muses est un projet collectif où des partenaires importants sont impliqués, comme ECUME qui est chargé d’organiser les groupes de travail, les symposiums, les concerts et qui assure la coordination des professionnels (cités) appelés à enseigner dans les cours de master et à intervenir dans les ateliers, à Marseille, au Caire et à Tunis.

LES COMMERCES DANS LES PORTS MEDITERRANEENS
Un concours de photographie organisé par ECUME sous le patronat de la Délégation de la Commission Européenne en Syrie.

Les photographes doivent être âgés de 18 et 35 ans.
Les photographies doivent être prises le 11 juillet 2003.
Le thème raconte de quelle façon nous appartenons à cette mer, le berceau des civilisations les plus célèbres de l’histoire du monde.
C’est un hommage à tous ceux qui travaillent sur ses eaux et sur ses rives, contre vents et marées, aussi bien au Sud qu’au Nord de la Méditerranée.
Les 50 meilleures photographies seront exposées et ECUME offre un atelier de trois semaines en 2004 dans le cadre des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. Les photographies doivent être envoyées par e-mail ou par courrier avant le 15 juillet 2003.
L'écume de toutes les rives | Adrian Grima
Cette initiative a le soutien du Ministère de la Culture de la République de Syrie et de la Délégation de la Commission Européenne en Syrie.
La coordinatrice est Patricia Pastor pour le compte d’ECUME (ecume@wanadoo.fr)


1. Russell King, “Population Growth: An Avoidable Crisis?”, in The Mediterranean: Environment and Society, ed. Russell King, Lindsay Proudfoot and Bernard Smith (London: Arnold, 1997), 175.



Adrian Grima
mots-clés: