Le Pyramid Jazz Festival | Leonidas Liambey
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Leonidas Liambey   
  Le Pyramid Jazz Festival | Leonidas Liambey «Le climat artistique à Tirana n’est pas clair. Nous sommes toujours engoncés dans une autre tradition. D’abord, la politique doit changer, ensuite ce sera le tour à l’économie et à la culture» explique Fatos Cerini, caché derrière ses lunettes de soleil et ses cheveux longs, à propos des nombreux problèmes auxquels sont confrontés aujourd’hui les artistes du spectacle vivant à Tirana. C’est un des meilleurs musiciens de clarinette et compositeurs d’Albanie, il enseigne à l’Académie des Beaux Arts où nous nous sommes rencontrés. Le café de l’Académie est le point de rencontre des artistes et des étudiants des trois facultés de théâtre, musique et arts plastiques. Ce café, comme l’Art Café prés de Skandeberg Square un peu plus huppé et celui de la Galerie Nationale, appartient au directeur de l’école. Ils forment à eux trois, le centre de la sociabilité et de la culture à Tirana. Le matin de notre rencontre, un des cinéastes les plus connus du pays, quelques bons metteurs en scènes, des acteurs et peintres connus étaient tous réunis autour des petites tables de la terrasse, et buvaient leur café sous un soleil printanier.

« Nous avons besoin de stabilité économique car la politique joue toujours un très grand rôle dans notre société. J’espère toujours un boom culturel mais, pour l’instant, rien de remarquable n’a eu lieu dans le domaine musical.» Issu d’une famille de musiciens, Cerini est très réaliste par rapport aux problèmes que rencontrent les musiciens aujourd’hui dans le système capitaliste, «la plupart des grands musiciens ont quitté le pays pour aller jouer dans des orchestres en Grèce et dans le reste de l’Europe. On trouve difficilement du travail à Tirana et peu d’ouvertures pour les musiciens sérieux. Les deux orchestres symphoniques de Tirana ne sont pas de haut niveau. Beaucoup d’organisations non professionnelles travaillent avec des musiciens plus jeunes et une scène plus alternative, j’aime ça, mais cela n’est peut-on vraiment parler de la musique de haut vol». Le Pyramid Jazz Festival | Leonidas Liambey Cerini organise le Troisième Festival de Jazz International cette année à Tirana qui se déroulera du 7 au 12 Juillet 2004. L’événement aura lieu dans une ‘Pyramide’, un des bâtiments les plus étrange et théâtral du centre de Tirana. Aujourd’hui centre culturel et commercial, sa structure imposante était le mémorial d’Enver Hoxha dessiné par sa fille architecte en l’honneur du leader du pays. Il a été ouvert en 1988 pour le 80ème anniversaire de la naissance d’Enver Hoxha. D’après le Guide Bleu «le lieu contient plus ou moins tout ce qu’Hoxha a pu toucher ou utiliser, au centre du monument se trouvait aussi une statue d’Hoxa en marbre signé par Kristaq Rama». La Pyramide ressemble à un embryon caché à l’intérieur d’un étrange utérus de béton. D’une étoile lumineuse au sommet du bâtiment jaillissaient des rayons de lumière qui se projetaient sur toute la longueur du bâtiment. C’est, à sa façon, un des musées les plus étranges au monde». Abritant aujourd’hui le Centre Culturel International c’est le lieu idéal pour accueillir un festival de Jazz.

L’idée de ce festival est née d’une série de trois concerts qui présentaient des musiciens de musique classique, folk et jazz, venus d’Albanie et de l’étranger. Julian Stringel, le musicien britannique de clarinette jazz et son quartet étaient venus à cette occasion et reviennent désormais chaque année. Cerini fait lui-même parti du Tirana Jazz Band qui joue, comme il le définit, du jazz classique, alors que d’autres groupes comme InterBalkan Jazz Ensemble avec un batteur et pianiste Serbe et un bassiste Grec explorent les traditions musicales locales. Le Pyramid Jazz Festival | Leonidas Liambey Au-delà des rythmes structurés des Balkans, l’Albanie a une longue tradition de polyphonie folk. C’est une tradition du sud du pays qui date de la période d’Illyrie, et peut être entendue également dans le nord de la Grèce où ce type de chansons est appelé Ipirotika. La fusion de parties vocales et instrumentales indépendantes harmoniquement entre elles créé un rythme obsédant. Les chansons abordent des thèmes lyriques, épiques et historiques et peuvent être lentes et sombres avec de belles harmonies ou bien chantées à tue tête et beaucoup plus vivantes. Les étudiants de musique de l’Académie, explique Cerini, s’inspirent de ces traditions lyriques locales ainsi que des techniques de Jazz pour s’exprimer en dehors de leur éducation classique formelle et rigoureuse de l’école.

Depuis 1991, on assiste à réapparition partielle de groupes de jeunes compositeurs et musiciens. Pendant une courte période, en effet, avant la crise bancaire pyramidale en 1997, les artistes bénéficiaient encore de subventions raisonnables. L’Opéra National, qui a toujours formé de très bons chanteurs fonctionne encore, quoique le bâtiment sur Skandeberg Square aurait besoin d’une sérieuse restauration. La plupart des meilleurs chanteurs travaillent cependant en Europe ou aux Etats unis. Après la radicale déstabilisation de la scène culturelle albanaise due aux longues années d’incertitude économique, Cerini remarque que les problèmes des musiciens professionnels sont finalement assez similaires à ceux rencontrés par les musiciens européens. «Ce n’est pas facile de gagner sa vie comme musicien, mais après avoir travaillé en Italie et pendant un certain temps en France, j’ai réalisé que c’est un peu comme ça dans tout le reste de l’Europe. Vous avez besoin de deux ou trois boulots pour joindre les deux bouts.» Leonidas Liambey
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