Barcelona Televisió, une chaîne polyglotte | Saïd Daoudi, Ivette Bundó, Amanda Bassa, Claire Roquigny, Carolina Pérez, Anna Martínez
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Saïd Daoudi   
Barcelona Televisió, une chaîne polyglotte | Saïd Daoudi, Ivette Bundó, Amanda Bassa, Claire Roquigny, Carolina Pérez, Anna MartínezCette émission est animée par des hommes et des femmes d’origines et de langues diverses, concrètement dix-neuf langues et deux variantes dialectales. Tous les samedi et dimanche matins, les téléspectateurs ont rendez-vous avec « Infos Idiomes » pour suivre un journal télévisé présenté dans leur langue maternelle et tout savoir sur ce qui se passe à Barcelone et sur l’actualité de leur communauté. Cette émission est également diffusée sur le site www.diaridebarcelona.cat .

S’appuyant sur l’équipe de techniciens de BTV, ce programme, coordonné par Ivette Bundó, Amanda Bassa, Claire Roquigny, Carolina Pérez et Anna Martínez est l’une des plus anciennes émissions de Barcelona TV destinées aux immigrés. Actuellement elle est diffusée en arabe, italien, danois, français, mandingue, occitan aranais, occitan languedocien, tamazight, japonais, norvégien, chinois, portugais, finlandais, ourdou, allemand, russe, suédois, polonais et roumain.
Nous avons rencontré Ivette Bundó pour en savoir plus.

A quel besoin répond ce programme?

La population immigrée qui vit à Barcelone a connu une croissance extraordinaire depuis le début des années 90. Souhaitant que ces nouveaux Barcelonais soient représentés dans les médias, Barcelona TV a crée en 1998 un nouvel espace à destination des immigrés dans sa grille de programmes : les Infos. Au départ, ce programme était émis en japonais, en arabe et en italien. Aujourd’hui, il est diffusé en dix-neuf langues. En diffusant des informations en langues étrangères, Barcelona TV veut aider les communautés immigrées à cultiver leur identité dans la langue qui est la leur, tout en les invitant à participer à la vie culturelle de la cité.

Pourquoi ces langues plutôt que d’autres?

«Infos idiomes» entend répondre aux demandes qui lui sont faites. La proposition d’émettre dans une nouvelle langue est d’ordinaire formulée par des associations, des consulats, des institutions. Une fois que nous recevons ces propositions, nous les étudions et, si elles sont viables, nous lançons un nouveau journal.

Estimez-vous que cette émission encourage le dialogue interculturel ? Et comment?

Je pense qu’elle y contribue. «Infos Idiomes» permet de se tenir au courant des événements concernant les différentes communautés installées à Barcelone et de leurs pratiques. Ces communautés peuvent en même temps s’informer sur l’agenda culturel et social de la ville. C’est un instrument de partage et de connaissance. Le sous-titrage de l’émission est une manière de contribuer à ce dialogue interculturel qui est un objectif permanent de l’émission.

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Ces «Infos» sont-elles également destinées aux Catalans?

Depuis un certain temps déjà, nous nous attachons à sous-titrer l’émission en catalan. Nous considérons qu’il est fondamental que le public catalan puisse, lui aussi, comprendre ce journal et y participer. Pour l’instant, quatorze journaux sont sous-titrés. De plus, ce sous-titrage attire un nouveau public : les étudiants de langue.

Vous avez eu du mal à trouver des présentateurs?
Les présentateurs sont issus des différentes communautés. Il s’agit pour la plupart de personnes non professionnelles qui sont très intéressées par les médias et par l’apprentissage de ce métier. Mais ils sont tous capables de présenter un journal. Avec un peu d’effort et beaucoup d’envie, ils apprennent le fonctionnement d’un plateau télé et la manière de présenter les informations face à la caméra.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées?

Il n’y a pas eu de difficultés majeures. Toute l’équipe y met du sien pour qu’il n’y en ait pas. Le principal problème technique auquel nous avons dû faire face a été de trouver un système de prompteur pour les langues dont l’alphabet est différent du nôtre.

Comment fait-on pour enregistrer une émission quand on ne comprend pas la langue du présentateur?

Barcelona Televisió, une chaîne polyglotte | Saïd Daoudi, Ivette Bundó, Amanda Bassa, Claire Roquigny, Carolina Pérez, Anna MartínezLa plupart des présentateurs parlent ou comprennent le catalan. Et ceux qui ne le comprennent pas comprennent l’espagnol. C’est pourquoi la communication est fluide entre les personnes qui réalisent les «Infos». Il nous est arrivé parfois, avec un nouveau présentateur fraîchement installé à Barcelone ou ne comprenant ni le catalan ni l’espagnol, de communiquer en anglais. Avant de commencer à enregistrer le programme, les présentateurs nous expliquent les sujets qu’ils vont traiter et nous essayons de résoudre tous les doutes qui pourraient surgir. Par ailleurs, au cours de l’enregistrement, nous communiquons par signes de manière à ce que les présentateurs puissent nous indiquer que le moment est venu de lancer un reportage, qu’ils ont fini de parler d’un sujet… Tout cela fait que ce n’est pas un problème de ne pas comprendre la langue.

Estimez-vous que quelqu’un devrait se charger de superviser le contenu des émissions? Qui?

Ce sont les associations ou les présentateurs eux-mêmes qui sélectionnent le contenu des émissions. Avant de commencer à tourner, l’équipe « des Infos » est informée des sujets qui vont être abordés. Si un sujet pose problème, nous le réglons avant le jour de l’enregistrement. De plus, nous proposons parfois des sujets aux présentateurs, qui les intègrent dans leur émission quand ceux-ci leur conviennent.

À votre avis, quels sont les sujets qui intéressent le plus les téléspectateurs des «Infos»?

Chaque communauté est différente et a ses propres centres d’intérêt. C’est pourquoi nous laissons les institutions choisir le contenu de « Infos Idiomes », car personne n’est mieux placé qu’elles pour savoir ce qui peut intéresser les communautés qu’elles représentent. J’ajouterai quand même qu’il y a une dominante culturelle parmi les informations diffusées : festivals, fêtes populaires, expositions, concerts, etc.

Les téléspectateurs vous ont-ils adressé des observations, des suggestions, des questions, des critiques?

Dans leurs lettres, les téléspectateurs nous posent surtout des questions sur la manière dont nous sélectionnons les langues. Ou parfois sur la marche à suivre pour inclure une autre langue à l’antenne. À vrai dire, nous avons reçu très peu de critiques. La plupart nous disent que l’émission est très intéressante et utile.
Pour de nombreux immigrés, être informé dans sa langue maternelle constitue une sorte de reconnaissance de sa culture. Un espace dans lequel il se sent, pour une fois, destinataire. Ce type de projets permet, par ailleurs, aux Catalans de mieux connaître les autres identités culturelles qu’ils côtoient au quotidien. Le respect de l’autre commence là où commence la connaissance. Les préjugés et les stéréotypes tombent alors d’eux-mêmes. Donner la parole à ceux qui ne l’ont pas en temps normal, c’est faire œuvre de participation et d’intégration.



Saïd Daoudi

(21/07/2008)