Trois cultures, vingt-trois territoires, une région | Saray García, Darío Marimón
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Saray García   

Naissance de la Fondation

La Fondation des Trois cultures est née à Séville il y a dix ans. Cette créature, enfantée en quelque sorte par la Conférence euroméditerranéenne qui s'est tenue en 1995 à Barcelone, est un forum fondé sur les principes de paix, de tolérance et de dialogue dont l'objectif principal est de promouvoir  la rencontre entre les peuples et les cultures de la Méditerranée. Au total donc trois cultures (chrétienne, juive et musulmane), vingt-trois territoires (l’Espagne, Gibraltar, la France, Monaco, l’Italie, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce, la Turquie, le Liban, la Syrie, Israël, la Bande de Gaza, l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, Malte et la Chypre), et une seule région : la Méditerranée.

La Fondation des Trois cultures de la Méditerranée est l’un des organismes les plus actifs de l’espace euro-méditerranéen. La Fondation a réussi à entraîner dans sa course de nombreux acteurs de la société civile grâce à son savoir-faire, mais probablement aussi, grâce à la diversité de représentation qui existe au sein de cet organisme. Actuellement, parmi les différents organismes qui parrainent la Fondation, figurent plusieurs ministères espagnols et marocains, le Centre Pérés pour la paix, le Gouvernement andalou, l’Agence espagnole de coopération internationale, des ambassades, des caisses d’épargne et plusieurs entreprises privées. Elle compte de nombreuses personnalités, outre d’anciens ministres israéliens et palestiniens, plusieurs conseils généraux espagnols, des personnalités du monde politique provenant de plusieurs provinces andalouses, des archevêques, des cardinaux, des rabbins et des recteurs ou professeurs d’université.

 Pour en savoir davantage sur la Fondation, nous avons rencontré Darío Marimón, coordinateur général.

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Comment la Fondation des Trois cultures de la Méditerranée a-t-elle vue le jour?
La Fondation naît en 1998 suite à une collaboration entre le Gouvernement du Maroc et le Gouvernement andalou. Des projets de collaboration sont mis en oeuvre au cours des premières années, mais les lignes de travail s’élargissent peu à peu et finissent par dépasser le forum qui, à l’origine, avait été créé pour promouvoir la paix, la tolérance, l’interculturalité  dans l'espace méditerranéen. Dans cet esprit, un conseil qui compte, entre autres, les rois du Maroc et d’Espagne, mais aussi des hommes politiques et des intellectuels andalous, marocains, palestiniens et israéliens. Le siège de la Fondation est installé sur l’île de la Cartuja à Séville, dans le bâtiment qui, en 1992, avait accueilli le pavillon du Maroc lors de l’Exposition universelle. Ce pavillon appartient d’ailleurs au gouvernement du Maroc qui en a cédé l’usage à la Fondation Trois cultures de la Méditerranée. La structure du pavillon Hassan II est une représentation de l’architecture marocaine, malgré les modifications que l’on a dû y apporter pour adapter l’édifice aux besoins de la Fondation.

Chaque année, la Fondation programme des centaines d’activités. Expliquez-nous en quoi consiste exactement le travail de la Fondation.
Son travail se divise en trois lignes d’action essentielles. La première porte sur la coopération avec le Maroc, ce qui est logique puisqu’il s’agit d’un organisme hispano-marocain. La seconde est principalement axée sur le conflit israélo-palestinien. De nombreux projets de coopération sont organisés ainsi que des séminaires et des journées de rencontre : c’est là notre façon d’apporter notre petit grain de sable. Enfin, nous travaillons aussi avec la société civile. En principe, les actions menées par la Fondation sont pensées en tant qu’évènements ministériels ou gouvernementaux, mais nous croyons aussi en l’importance de la société civile et de son contact avec la réalité, ses problèmes, les différences diplomatiques. Nous tentons, en outre, de participer ou de travailler à des projets conjoints mis en œuvre à différents niveaux, par exemple au niveau de l’Union européenne ou de l’espace méditerranéen. Toutes ces activités s’articulent par le biais des différents départements composant la Fondation. Par exemple, le département du Moyen-Orient et du Dialogue entre les cultures s’occupe du conflit entre Israéliens et Palestiniens. Le département de la Coopération interuniversitaire, des programmes éducatifs et des ONGs est chargé de la préparation et de la distribution des cours (en été comme en hiver) qui sont réalisés en collaboration avec différentes universités espagnoles et étrangères, ou encore de l’organisation du Master universitaire en relations publiques. Pour sa part, le département des Activités culturelles et de la programmation se charge d’activités à caractère ludique : des expositions de photographie et d’art, des activités musicales comme l’organisation de concerts en vue de rapprocher la culture méditerranéenne de l’Europe. Le travail du département des Relations euroméditerranéennes se fonde sur des projets mis en œuvre dans ce domaine. Finalement, le département responsable du Centre de documentation et de la Bibliothèque spécialisé, créée récemment (en fonctionnement depuis un an) joint le ludique au travail spécialisé. On peut ainsi trouver des documents relatifs à l’interreligiosité, à l’interculturalité, au conflit entre Israël et la Palestine ou aux différentes cultures, aux côtés de récit ou de documents audiovisuels conservés dans la phonothèque et la vidéothèque, celle-ci contenant d’ailleurs des films en version originale.

Comment la Fondation perçoit-elle  la réalité méditerranéenne?
Parler de façon générique est quelque chose de complexe car les rapports évoluent très rapidement. Parler de l’actualité en Méditerranée c’est parler, inévitablement, du conflit entre Israël et la Palestine. C’est toujours l’un des vecteurs de la zone et des relations internationales en général, puisque le conflit ternit tant les relations entre les pays de l’orbite israélienne (le Liban, la Jordanie, l’Égypte et la Syrie) que les relations entre l’Occident et le monde arabe et musulman. Des stéréotypes et des clichés apparaissent, difficile à effacer par la suite. De toute façon, au niveau des pays arabes, il y a aussi le problème de l’Irak, un pays totalement déstabilisé. Suite à la guerre, des groupes terroristes ont vu le jour et profitent de la situation. Il est de plus en plus urgent que les gens de la rue, les citoyens de Beyrouth, de Séville, du Caire, de Tel-Aviv ou de Casablanca puissent vivre dans un monde plus juste.

L’année 2008 a été déclarée année européenne du dialogue interculturel. La Fondation a-t-elle préparé des manifestations de commémoration particulières à cette occasion?
Nous avons créé le projet «Biblio-Dialogue en Europe: Les bibliothèques au service du dialogue interculturel en Europe». Nous travaillons en collaboration avec l’Institut Cervantes de Berlin pour organiser une rencontre (les 21, 22 et 23 mai) au cours de laquelle les bibliothèques seront les protagonistes. Il s’agit en effet d’encourager et de promouvoir le rôle de ces centres en tant que catalyseurs du dialogue interculturel. Nous les concevons en tant qu’instruments de paix. Pour citer Juan Goytisolo: «Les bibliothèques sont des vaccins contre la xénophobie et le racisme.» Nous espérons que cette rencontre aura une forte répercussion, notamment parmi les jeunes, un collectif à qui ce projet est particulièrement adressé. D’autres activités s’inscrivent d’ailleurs dans le cadre de cette rencontre comme une table ronde sur le dialogue euroméditerranéen, qui aura lieu le 9 mai, et la commémoration du 75e anniversaire de l’autodafé de livres perpétré par les nazis le 10 mai 1933 à Berlin.

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En regardant vers l’avenir
La mise en œuvre de projets et d’activités est une constante de la Fondation Trois cultures de la Méditerranée. Que nous soyons ou non dans l’Année du dialogue interculturel, l’agitation du siège ne cesse ni un seul instant.

Parlons de l’avenir: des nouveautés sont-elles prévues pour les prochains mois?

Dernièrement, nous avons édité une nouvelle revue d’analyse de la Méditerranée et du Prochain-Orient, Cultures. Il s’agit d’une publication appartenant à la Fondation et qui paraît tous les quatre mois. Son but est de faire connaître des thèmes intéressants à un public plus vaste. Les rédacteurs de cette revue sont des experts du monde académique, des professionnels, des personnes en provenance d’autres domaines du savoir qui ont une connaissance pratique et profonde de la région. Le premier numéro se penche particulièrement sur le Pakistan et analyse les derniers évènements qui se sont produits dans ce pays.

Une dernière question: quels sont les projets les plus immédiats que la Fondation désire mener?
Il y a des projets et des lignes d’action qui sont mis en œuvre par la Fondation de façon continue, par exemple les cours. Au mois de juillet, deux cours d’été seront mis en marche: un sur l’Afrique et l’autre sur l’Irak, tous deux seront très intéressants. En octobre, commencera la deuxième édition du Master universitaire en relations internationales, dispensé par l’Université internationale d’Andalousie en collaboration avec le Gouvernement andalou et la Fondation Trois cultures de la Méditerranée. Au cours du troisième trimestre de l’année, nous entreprendrons un projet de révision des 60 ans d’accords de paix du conflit israélo-palestinien et nous analyserons les feuilles de route qui ont été proposées durant toutes ces années. Nous nous pencherons sur les erreurs commises, sur les raisons de ces erreurs, et des idées seront lancées. Des projets concernant la construction de l’État palestinien à partir de l’analyse des différentes facettes de la question, telles la gouvernabilité ou la corruption, seront aussi mises en oeuvre. D’autre part, le chœur des Trois cultures (France, Espagne et Maroc) célèbrera cette année sa cinquième édition en organisant une rencontre musicale (répétition générale et concerts). Finalement, des expositions sont aussi prévues comme «Le Yémen, l’Arabie heureuse», une exposition photographique qui s’inscrit dans le cadre du cycle «Voyageurs de la mer, voyageurs du désert» ainsi que des dynamiques de visites ou la participation à des festivals culturels comme celui d’Arles (France) ou Jaén (Espagne), entre autres nombreuses activités.



Saray García
(30/05/2008)