Enrique Bocanegra: «Un pont en faveur du dialogue» | Saray García
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Saray García   
Comment est née l’idée d’organiser ce cycle?
Cette année, nous avons étroitement collaboré avec le Festival du cinéma de Málaga. L’Académie a l’habitude de participer tous les ans à cette fête et collabore au prix Film d’Or. À cette occasion, un classique de la filmographie espagnole est projeté. Le siège de l’Académie du cinéma accueille des rétrospectives du cinéma espagnol, mais dorénavant, grâce à cette collaboration, des rencontres avec d’autres pays seront encouragées. Cette année le Maroc était à l’honneur. Ces initiatives peuvent être soutenues par la projection de cinéma marocain et de coproductions hispano-marocaines.

D’autres initiatives de ce genre avaient-elles déjà eu lieu dans l’Académie?
Depuis un peu plus d’un an, nous disposons d’un nouveau siège, un bâtiment de quatre étages situés à Madrid où sont installés nos bureaux ainsi que deux espaces culturels : une salle d’expositions d’environ 100m2, et une salle de cinéma, qui contient environ 200 fauteuils. Depuis novembre 2007, nous y organisons régulièrement des activités ouvertes au public visant à faire connaître le cinéma espagnol. Nous nous sommes aussi engagés vis-à-vis du monde académique. Fernando León de Aranoa, Alfredo Landa, Unax Ugalde ou Imanol Uribe ont assisté à certaines de ces activités.

Enrique Bocanegra: «Un pont en faveur du dialogue» | Saray GarcíaQuelle évaluation faites-vous du cycle?
Une évaluation très positive. À l’origine, nous ne savions pas ce qui allait advenir. Le cinéma hispano-marocain n’est pas un cinéma médiatique, non pas en raison des scénarios, mais plutôt – il faut le reconnaître – parce qu’il ne dispose pas de stars, ni de metteurs en scène vraiment marquants. La production marocaine est intéressante et s’est accrue au cours des dernières années, tant du point de vue des moyens que de thèmes. On remarque qu’il s’agit d’un cinéma plus riche. Les quatre séances du cycle ont enregistré une bonne affluence de public, particulièrement la projection de Rif 1921. Una historia olvidada , un documentaire qui aborde le désastre d’Anoual. La salle était pratiquement comble pour voir un film qui, par ailleurs, fera parler de lui.

L’Académie prévoit-elle d’organiser d’autres évènements de ce genre au fil de l’année 2008, l’Année européenne du dialogue interculturel?
Enrique Bocanegra: «Un pont en faveur du dialogue» | Saray GarcíaOutre ce cycle, nous travaillons en collaboration avec l’Institut du cinéma argentin avec qui un accord a été passé en vue de réaliser des avant-premières de films argentins qui ne seront pas distribués dans les salles espagnoles. À une certaine époque – la première décennie des années 2000 – on a assisté à un boom du cinéma argentin, mais à l’heure actuelle, il y a des films de metteurs en scène connus qui ne sortent pas en salles en Espagne. Par exemple, Crónica de una fuga [«Chronique d’une fugue»], qui a été mis en scène par Adrián Caetano, a participé au Festival de Cannes en 2006, mais n’est toujours pas sorti dans notre pays. Nous avons une mission à accomplir : faire en sorte que ces longs métrages arrivent à un public sachant les apprécier. Actuellement, nous sommes en train d’étudier plusieurs propositions qui arriveront sûrement à bon port au cours de l’année 2008.

Croyez-vous que des initiatives comme celle-ci servent à encourager le dialogue entre les cultures et l’annulation des frontières?
Sans aucun doute. Tout accès à la culture est un pont que l’on jette en faveur du dialogue. À mon avis, il n’y a rien de pire qu’un artiste qui, pour pénaliser le gouvernement d’un pays, décide de ne pas y jouer, de ne pas y sortir de film, de ne pas y publier de livre. C’est la plus mauvaise décision qu’il puisse prendre parce qu’il pénalise le peuple de ce pays. Il n’existe rien de plus nuisible que d’empêcher les cultures de se répandre. C’est pour cette raison que les dictatures et les gouvernements peu respectueux envers certains droits posent des limites à la culture et interdisent certains livres, certains concerts, certains concours, certains festivals ou certaines journées ; ils mettent à mort des poètes et emprisonnent des penseurs. Il faut miser sur le dialogue au lieu de créer des monologues, comme le fait le cinéma américain : ils ne parlent pas, ils monologuent. Nous devrions travailler pour faire en sorte que les pays les moins développés fassent des films et que nous puissions les voir, en oubliant nos préjudices.
Saray García
(30/05/2008)

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