MUZZIKA! Août 2007 | Nadia Khouri-Dagher
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Nadia Khouri-Dagher   
  MUZZIKA! Août 2007 | Nadia Khouri-Dagher LE COUP DE COEUR DE BABELMED

EL KADO, Arabesque – DOM Disques
Voilà un album qui vous réveille et vous réchauffe le coeur dès les premières minutes d'écoute! Un artiste plein d'énergie à découvrir d'urgence! El Kado a joué pendant des années de la guitare dans la rue et les bars, en autodidacte – "je ne connais pas le solfège", avoue-t-il encore. Né à Watterlos, dans le Nord de la France, dans une famille de musiciens d'origine algérienne (son prénom est Kader), il est d'abord boxeur, et barman pour gagner sa vie. C'est un job en Camargue qui le met au contact de la guitare flamenco: une passion est née! Il se met alors à apprendre cet instrument, aux côtés du patron du bar de Camargue où il est employé, qui est un guitariste passionné: Nicolas Bouquet,. Revenu à Lille, il prend des cours de guitare flamenco auprès du guitariste lillois Pierre Tisseire: un travail acharné, 8 heures par jour, pour maîtriser l'instrument. Il monte alors plusieurs formations, dont un duo avec Tisseire et une formation arabo-andalouse avec ses frères et oncles, et se produit dans des bars, dans diverses villes, et jusqu'à Londres. Son objectif alors: enregistrer un album. Pour amasser les sous nécessaires, il s'installe rue de Béthune, à Lille, et joue des heures durant. Le succès auprès des passants est immédiat, qui lui permettra d'auto-produire son premier album, "Tourbillon", en 2000, ses propres compositions. Il a trouvé son style: "du flamenco oriental: une rythmique hispanisante et des mélodies influencées par les mélodies du Maghreb", explique-t-il. Et il est repéré par un vendeur de la FNAC, qui l'encourage à poursuive: c'est ainsi que ce deuxième album voit le jour! Que fait El Kado aujourd'hui? Il continue de jouer dans la rue et les bars. "Il faut être fort psychologiquement, explique-t-il. C'est difficile de faire comprendre qu'on ne fait pas la manche. Je suis parfois regardé avec mépris alors que je fais ça par amour de la musique". A Lille, où son premier album, distribué par Harmonia Mundi, avait déjà très bien marché, la FNAC a déjà vendu 5000 exemplaires de ce dernier album, "Arabesque". Et sur internet, le buzz "El Kado" commence à circuler sérieusement sur les sites et les blogs consacrés à la guitare ou au flamenco… Attention: on n'a pas fini d'entendre parler d'El Kado – d'ailleurs, il prépare déjà son troisième album!
www.elkado.com - www.domdisques.com MUZZIKA! Août 2007 | Nadia Khouri-Dagher SLIMANE AZEM, Le malheur des temps, Creativ Productions
Slimane Azem est considéré comme le plus grand chanteur kabyle, vénéré par tous ceux qui suivront: Aït Menguellet, Idir.... Né en 1918 en Haute-Kabylie, dans une famille pauvre, il émigre en France en 1937, et s'installe à Longwy, où il est ouvrier: manœuvre, électricien,… Mobilisé par les Allemands pendant la guerre, il est libéré en 1945. Il ouvre alors un café à Paris, dans le XV° arrondissement, et commence à chanter, s'accompagnant à la guitare, ses compositions, devant ses clients et amis berbères. La chanson "A Muh a Muh", qui dénonce les conditions de vie des émigrés, devient un succès dans la communauté kabyle. En 1948, Mme Sauviat, disquaire de musiques maghrébines à Barbès (la maison Sauviat existe toujours, au même endroit à Barbès) présente Slimane Azem à Pathé Marconi, où il enregistre les premiers disques d'une carrière longue de près d'un demi-siècle. Rentré en Kabylie dans les années 50, en pleine guerre d'Algérie, il y compose plusieurs chansons engagées contre l'occupation française, notamment, en 1956, "Ffey A ya jrad tamurt iw" (Criquets, sortez de mon pays), aussitôt un succès. Revenu en France après l'Indépendance, il est très critique vis-à-vis du régime algérien, qui réprime alors l'identité berbère, et il sera interdit d'antenne en Algérie de 1967 à 1968 – ce qui n'empêche pas sa chanson "Ghef taqbaylit yli was" (Le jour se lève sur la langue berbère) de devenir un hit en Kabylie. Dans les années 70, les chansons de Slimane Azem sont dans tous les cafés berbères de France, et on peut les écouter alors, pour 50 centimes, sur les Scopiton - juke-boxes de l'époque qui permettaient de visionner des clips. D'autres chansons le rendront inoubliables aux yeux non seulement des Kabyles, mais de tous les Algériens, notamment "Algérie mon beau pays", chantée en français. Il est décédé en 1983 à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, où il avait fini par s'installer, devenant cultivateur tout en poursuivant enregistrements et tournées.
www.creativproductions.fr

NOSTALGIE DE LA CHANSON TUNISIENNE, Dom Disques
La vie musicale au Maghreb et au Moyen-Orient était foisonnante dans les années 40 et 50, et cet album, consacré aux grandes étoiles tunisiennes de l'époque, en est encore une démonstration. Ali Riahi, Hédi Jamoussi, Mansour Majdoub et Abdesalam Nagati, choisis ici pour illustrer une époque, sont quelques-uns des représentants d'un riche mouvement musical, qui animait alors les nuits de Tunis, des cafés populaires de Bab Souika au très chic Opéra de Tunis. Années où, pour reprendre le titre d'un livre-clé sur le sujet, "Tunis chantait et dansait" (éditions Alif, Tunis), années qui virent aussi le triomphe – pas en Tunisie uniquement - de bien nombre d'autres artistes, tels Raoul Journo ou Habiba Msika. L'on retrouvera donc ici un peu du parfum de cette époque, une époque où les frontières semblaient abolies entre les pays arabes: Mohamed Jamoussi ira vivre en Egypte dans les années 50, y côtoiera le grand Mohamed Abd el Wahab, deviendra le directeur artistique de l'Opéra d'Alger pendant plusieurs années; Ali Riahi fera des tournées triomphales en Algérie, et ces artistes se produisirent en France aussi, signant pour certains des disques avec Pathé Marconi. A réentendre ces chansons d'autrefois, l'on reste frappé de la forte influence de la musique moyen-orientale sur la musique tunisienne à cette époque: il est vrai que dans les années 50 l'Egypte dominait, politiquement et culturellement, le reste du monde arabe, et, à entendre Mohamed Jamoussi chanter "Elazoul qhab an aaynena", l'on croirait entendre un chanteur égyptien: il chante en dialecte moyen-oriental et non en tunisien, et les mélodies sont calquées sur les mélodies égyptiennes… Sa chanson "Ezzrga" reprend carrément un rythme de dabké, la danse rurale libanaise, qui était alors popularisée par le cinéma… Certes, il reste un répertoire original, basé sur le répertoire populaire tunisien, ou berbère, comme la chanson "Ana Targi" (Je suis touareg), qui chante la liberté de vivre au Sahara, sur les rythmes répétitifs propres aux berbères du désert.. Un album qui préserve un patrimoine précieux qui ne doit pas mourir.
www.domdisques.com MUZZIKA! Août 2007 | Nadia Khouri-Dagher ALAN SHAVARSH BARDEZBANIAN, Oud masterpieces from Armenia, Turkey & the Middle East, ARC Music
Il est des musiciens à la curiosité insatiable. Alan Shavarsh Barbdezbanian était de ceux-là. Né en 1950 dans le Massachussets (Etats-Unis) dans une famille arménienne, il apprend le 'oud enfant, fasciné par le jeu de Richard Hagopian, qui se produit alors les week-ends dans des cafés. Adolescent, il maîtrise déjà tout le répertoire de danse arménien. Il étudie la théorie musicale et la composition au Berklee College de Boston, et joue dans une taverne grecque pour gagner sa vie: il maîtrise bientôt le répertoire populaire grec. En 1977, malgré des grands-parents rescapés du génocide, il se met à apprendre le système musical turc, basé sur les maqams, auprès du maître Esber Körprücü, une relation qui perdurera jusqu'au décès de ce dernier, en 2002. Il s'ouvre ensuite aux musiques arabe et persane, qu'il finira par enseigner. Aujourd'hui disparu, Alan Bardezbanian nous laisse un album qui a toute la vivacité et la gaieté des danses de Grèce, d'Anatolie et d'Arménie, très loin des musiques mélancoliques, presque tristes, qu'affectionnent parfois les artistes de 'oud dans les pays arabes. Une autre manière d'entendre cet instrument, qui aime aussi sautiller et danser joyeusement!
www.arcmusic.co.uk


GRUPO MACARENA, Gypsy flamenco, Arc Music
Le français Felipe Sauvageon et les espagnols José et Manuel Amador sont les cœurs du groupe Macarena, qui nous offre ici un joli album de rumbas et de flamenco, contenant quelques très jolis morceaux de guitares seules, sans voix, comme la composition "Soleil". Felipe Sauvageon fait partie de la tribu gitane camarguaise qui fonda les Gypsy Kings, et sa voix est immédiatement reconnaissable. Fondateur du groupe Laïlo en 1976, Felipe et ses comparses musiciens sillonnaient toutes les grandes villes d'Europe, se produisant dans les cafés et les rues, avant de sortir un premier album, "Por fiesta", en 1986, qui fut un succès: tournées et concerts en Europe et jusqu'en Amérique latine! Les frères José et Manuel Amador font partie d'une famille réputée de musiciens flamencos d'Andalousie, et ils apportent ici des chansons plus mélancoliques que les rumbas des gitans camarguais. Au total un album plaisant, parfait en ces vacances d'été!
www.arcmusic.co.uk
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