MUZZIKA! Mai 2007 | Nadia Khouri-Dagher
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Nadia Khouri-Dagher   
  MUZZIKA! Mai 2007 | Nadia Khouri-Dagher Le coup de coeur de babelmed:

Esma Reine des Tsiganes, Mon histoire – Accords Croisés
Si, à l'écoute de ce disque, vous n'avez pas envie parfois de vous arrêter, et de ne rien faire qu'écouter, c'est que vous n'avez pas mis le bon disque. Si vous voulez entendre une musique qui vous fasse tout à la fois danser, sauter de joie, pleurer, gémir, méditer, bref vous offrir un concentré de ce que la vie nous offre à tous, vous allez adorer ce trésor que vous offre Esma. Star dans son pays natal, la Macédoine, mais surtout pour tous les Roms, qui ont repris nombre de ses chansons, Esma est une figure exceptionnelle de la scène musicale des Balkans, et a connu dès les années 60 une consécration mondiale – elle était à l'Olympia dès 1962! Cette grande voyageuse, qui a notamment accompli, en 1976, un périple de 21.000 km, jusqu'en Inde, patrie d'origine des Gitans, nous offre ici, accompagnée de son ami Titi Robin, qui adore ces musiques-là, des chansons de son peuple, nomade donc à la musique ouverte à tous les vents. Joyeuses fanfares balkaniques, poignant doudouk d'Arménie, mélodies grecques, mélopées des chants orthodoxes, rythmes fous des danses tsiganes, les traditions musicales de tant de peuples voisins se mêlent pour nous dire que l'âme humaine et ses infinies émotions sont semblables, quel que soit le pays d'où l'on vient. Et si les Tsiganes n'avaient été marginalisés que pour ce message-là, de faire fi des frontières, de chanter l'amour et non la guerre, message contraire à tous les désirs de puissance, de rivalité, et de domination, des hommes et des nations, dans l'Histoire?
www.accords-croises.com

Linda Leonardo, Mystery of fado, ARC Music
Voilà le cinquième album de Linda Leonardo, une artiste de fado que nous aimons beaucoup, car en l'écoutant, vous êtes transporté au cœur de ces bars et restaurants où l'on écoute le fado à Lisbonne. Car Linda Leonardo chante le fado sans strass ni paillettes, sans effets excessifs, c'est juste le fado traditionnel, celui qu'aiment les Portugais depuis toujours, et elle le chante avec tout son cœur, avec toute son âme. "Na boca de toda a gente" (Dans la bouche de tout le monde), la chanson qui ouvre l'album, illustre bien la philosophie de Linda: "Le fado m'a demandé que personne ne le chante, car il a peur que quelqu'un puisse le tuer. Il a tellement honte, il dit que ce n'est plus du fado, et parfois il se demande si le fado existe encore. Car quiconque éprouve de l'orgueil en portant le fado, ne peut pas se considérer comme un chanteur de fado". Tout est dit. Et, plutôt que de vous dire bravo, Linda, nous vous dirons: Merci…
www.arcmusic.co.uk MUZZIKA! Mai 2007 | Nadia Khouri-Dagher Sawt el Bled, MLP/Aladin
Voilà le CD qui est n°1 des ventes en Algérie depuis plusieurs mois, et qui est en train de mettre le feu aux pistes de danse au Maroc et en Tunisie aussi. "Sawt el Bled" (traduction: Le son du pays) est le nom de ce groupe de 9 jeunes artistes algériens, qui composent une musique totalement d'aujourd'hui, mixant Rn'B, house, raï, jungle londonnienne, et rap, renvoyant ainsi les Khaled et Rachid Taha au rang d'ancêtres – ou de classiques. Une musique sans complexes, où l'on chante indifféremment en anglais, arabe, français, ou italien, dans un esprit totalement fidèle à l'identité méditerranéenne du pays depuis 3.000 ans: multilingue et ouvert à toutes les influences. Oui, c'est de la variété, certains titres en anglais ne sont pas plus algériens que d'autres, composés dans la même langue du côté de Clichy ou des banlieues de Mexico. Mais si vous voulez avoir une autre image de l'Algérie que celle, parfois rétrograde, véhiculée par les infos, ouvrez vos oreilles: la jeunesse algérienne vous dit que, si vous ne l'entendez pas, elle, est bien à l'écoute du monde et de sa modernité!
www.fassiphone.be

ElectroDunes: Saharian Vibes, Nuits Métis/Belda diffusion
Nuits Métis est une association née à Marseille, en 2002, au lendemain des élections présidentielles françaises qui mirent Le Pen au second tour. Elle organise à Marseille un festival de musiques d'Afrique, ainsi que des résidences d'artistes à Béni Abbès, dans le sud saharien. ElectroDunes est le premier disque produit par Nuits Métis, sorti en France et en Algérie. C'est la rencontre entre Barbès D., passionné de reggae et de dub, et des musiciens traditionnels de Béni Abbès - Hafid et Houari Douli, spécialisés dans les chants traditionnels du désert, et Saïd Touati, connu comme soliste du groupe El Hillal. Le métissage des rythmes jamaïcains, des chants sahariens, et des effets électroniques, produit un ensemble étonnamment cohérent, car les rythmes doux du reggae s'accordent parfaitement à la sérénité nonchalante des chants du désert. Avec les beaux jours qui arrivent, plusieurs concerts d'ElectroDunes sont prévus dans les prochains mois: les infos sur leur espace myspace.
www.myspace.com/electrodunes
www.nuits-metis.org/electrodunes.html
www.belda-diffusion.com MUZZIKA! Mai 2007 | Nadia Khouri-Dagher Mahwash: Ghazals afghans, Accords Croisés
Mahwash est l'une des grandes voix de l'Afghanistan, la première musicienne professionnelle dans un pays où les femmes ne pouvaient pas devenir artistes,et elle est l'une des rares de son sexe à avoir reçu le titre de "Ustad" (Maître). Elle vit depuis 1977 aux Etats-Unis, d'où elle mène une carrière internationale. Le Ghazal est un poème d'amour chanté, que l'on trouve de l'Andalousie autrefois(Aragon, dans Le fou d'Elsa, s'y réfère souvent) jusqu'en Inde, et qui est chanté en arabe, perse, ou ourdou. Les textes sont ambigüs: l'être aimé n'est jamais désigné par un nom, et il peut être une personne, ou bien Dieu. Voilà pourquoi le ghazal est prisé des soufis – et Mahwash se revendique de cette philosophie. "Je chante l'amour de Dieu, de la famille et des enfants, des fleurs, de mon pays. C'est toujours l'amour", explique l'artiste. Mahwash nous dévoile ici un visage de l'Afghanistan peu montré par les médias, un visage tendre, doux, ouvert à toutes les influences – on entend la Perse, l'Inde, le Pakistan,… - et célébrant la vie et ses bonheurs, plutôt que la guerre. "Dors, enfant afghan, dors (…) Dieu est juste, ce qu'entreprennent les méchants ne mène jamais à rien. Dors, car tout ceci prendra fin", nous murmure sereinement Mahwash… Une musique toute en raffinement et en féminine émotion, qui nous parle de l'Afghanistan en son essence millénaire.

Gnawa Diffusion, Fucking cowboys, D'jamaz/Uncivilized world
Dès les premières minutes du premier titre, on est pris: Amazigh Kateb, leader du groupe (et fils par ailleurs du célébrissime Kateb Yacine, écrivain et dramaturge algérien), nous offre des vocalises orientales époustouflantes, s'enracinant ainsi dans la pure tradition du chant arabe urbain de son pays d'origine. Pourtant ce rebelle revendique une identité plurielle, puisant à toutes les sources de l'identité musicale d'un jeune homme arrivé en France à 17 ans, grandi en écoutant Bob Marley et ses messages de révolte, et conscient de l'enracinement africain du Maghreb. Pour leur cinquième album, présenté comme leur dernier – la tournée d'adieu du groupe a commencé en mars 2007 – la bande des 8 amis qui composent Gnawa Diffusion nous offrent encore un album plein d'énergie et de sens, où se mêlent harmonieusement le son rock des guitares électriques, les rythmes chaloupés du reggae, la nostalgie du chaâbi algérois, les paroles dénonciatrices du rap des banlieues françaises,
et les karkabous des gnawas, castagnettes utilisées par ces descendants d'esclaves noirs au Maghreb. Sur scène, le groupe "déménage", comme on dit. Le CD est accompagné d'un DVD, et, à les voir et à les entendre, on n'a pas du tout envie que disparaisse l'un des meilleurs groupes de musiques métisses de France!
www.gnawa-diffusion.com Nadia Khouri-Dagher
(11/05/2007)