MUZZIKA ! Avril 2007 | Nadia Khouri-Dagher
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Nadia Khouri-Dagher   
  MUZZIKA ! Avril 2007 | Nadia Khouri-Dagher Le coup de coeur de babelmed:

Sahara Groove 2, Arc music
Les anglo-saxons apprécient de plus en plus les musiques d'Afrique du Nord, et, après le succès de "Sahara Groove 1", cette deuxième compilation proposée par la maison de disques londonienne Arc Music, offre encore un excellent échantillon des musiques aujourd'hui produites dans cette région, sélection qui a l'avantage de transcender la barrière pays francophones/pays anglophones. Les artistes choisis viennent du Maroc, d'Algérie, d'Egypte, et du Soudan, et certains vivent à Londres, Marseille, ou Vienne, devenues nouveaux centres de création des musiques orientales… Le Marocain Chalf Hassan; l'Egyptien Rafat Misso qui joue du saxophone avec les quarts de ton, à croire que l'instrument a été conçu pour la musique arabe; la légendaire Cheikha Rimitti, mère du raï; des artistes de raï d'aujourd'hui telle Chaba Noria; une chanson soudanaise des années 20; ou encore un classique chaâbi de Dahmane el Harrachi interprété par Cheb Nacim: bref, une belle brochette d'artistes et de genres musicaux, et le disque idéal pour faire découvrir à vos amis les musiques dansantes et joyeuses, et toutes différentes, de la partie nord de l'Afrique.
www.arcmusic.co.uk MUZZIKA ! Avril 2007 | Nadia Khouri-Dagher Angélique Ionatos: Eros y muerte - Naïve
Vous vous souvenez, ce 33 tours paru dans les années 70, à la couverture rouge, "Angélique et Photis Ionatos" – devenu un disque-culte dans ces années hippies? La mise en musique par le frère et la sœur Ionatos du poème de Martin Luther King, "I have a dream", et toutes ces chansons qui parlaient d'espoir en ces années d'optimisme? Angélique, qui, depuis, fait carrière en solo – 18 disques en 35 ans! – nous revient avec un album éminemment latin – au sens antique, de l'héritage grec et méditerranéen: l'artiste a mis en musique des poèmes du Chilien Pablo Neruda et du Grec Kostis Palamas, et un poème d'Anna de Noailles. "Doucement, tranquillement", "Matin d'avril", "Le chèvrefeuille", "La dernière berceuse",…: même si l'on ne comprend ni le grec ni l'espagnol, les titres des chansons, et, surtout, leur rythme lent, et leur mélancolie, nous montrent une Angélique Ionatos de la maturité, plus désireuse de goûter le temps de vivre que de changer la vie, et de parler de poésie que de révolution. Mais cette posture poétique n'est pas moins révolutionnaire: car vivre dans la contemplation du monde et de sa beauté, dans la poésie et la musique, sœurs jumelles, n'est-ce pas, depuis la nuit des temps, une forme de rébellion, car un désir de paix? Un album de chant pur, grave et profond, bercé par le doux bandonéon de César Stroscio, où Angélique s'inscrit dans la grande tradition des chanteuses latines, de Susana Rinaldi à Violetta Parra.
www.angeliqueionatos.com

Lo còr de la plana: Tant deman - Buda Musique
L'intérêt pour les "musiques du monde", en France, a induit un intérêt croissant pour ces musiques traditionnelles de l'hexagone, oubliées pendant des décennies, et qui revivent aujourd'hui, dans toutes les régions. Lo còr de la plana (prononcez "lou couar de la plane") est l'un des groupes marseillais les plus en vue, qui fait revivre le patrimoin occitan. En 2003, le premier album de ce sextet de voix masculines réuni autour de Manu Théron, "Es lo titre" (Nocturne), avait reçu le Grand prix de l'Académie Charles Cros. Quatre ans après, les Marseillais du quartier de la Plaine nous reviennent avec un nouvel album, "Peut-être demain". Les six artistes chantent gaiement, comme dans les fêtes populaires d'autrefois, à l'unisson ou en polyphonie, en ne s'accompagnant que de percussions: leurs mains et pieds d'abord, et aussi des percussions maghrébines (bendir) et italiennes (tamburello). Et, si l'on ne comprend pas l'occitan, on capte ici ou là, dans les chansons écrites par Manu Théron, des mots ("commissariat", "feignant"), ou dans les rythmes (une porte sur laquelle on frappe violemment comme la police quand elle cherche quelqu'un, un rythme syncopé africain), tout un vécu social du Marseille d'aujourd'hui. Un album qui nous démontre, à sa manière, que la "tradition" et "l'identité", que beaucoup s'imaginent figées, bougent avec les populations qui vont et viennent, et sont profondément ancrées dans l'aujourd'hui.
www.budamusique.com

Malouma: Nour, Marabi/Harmonia Mundi
Marabi est un label de musique créé par Christian Mousset, créateur du Festival Musiques Métisses d'Angoulême, pionnier des musiques du monde en France, passionné d'Afrique, et découvreur de bien des talents du continent africain. Quatre ans après nous avoir fait découvrir Malouma avec un premier album, "Dunya", voici le nouvel opus de l'artiste mauritanienne, devenue sénatrice aujourd'hui. Une belle reconnaissance pour celle qui fut rejetée par l'establishment à ses débuts: les paroles de ses chansons étaient jugées trop féministes, donc bousculant l'ordre (patriarcal) établi, et puis une femme mauritanienne qui chantait en s'accompagnant de guitares électriques, était-ce bien convenable? Malouma a bravé les résistances, continuant à chanter – ses chansons sont désormais autorisées sur les ondes là-bas – et ose mixer les douces mélopées du désert mauritanien et les rythmes rocks ou blues venus d'Occident, comme dans "Gamly". Malouma, qui est auteur-compositeur, chante en arabe, des chansons douces pour la plupart, qui parlent d'amour, du regret pour un fils émigrant de laisser une mère au pays, de la beauté du ciel, et, aussi, d'islam, religion "de bonheur, de justice et de paix". Des chansons-messages, comme toujours pour celle qui fait de la politique aussi en chantant…
www.marabi.net MUZZIKA ! Avril 2007 | Nadia Khouri-Dagher Jean-Philippe Bruttmann: Macadam Paseo, Cristal Records
Voici un album que vous aimerez écouter de bout en bout, un flamenco qui est énergique sans être agressif, une guitare qui sait se faire douce mais présente, parfois à l'écoute d'un tendre saxophone. Tel Obélix dans la potion magique, Jean-Philippe Bruttmann est tombé dans le flamenco tout petit, et, dès 8 ans, se fait remarquer sur scène par les plus grands! Revendiquant ouvertement un "flamenco de la diaspora", ce Grenoblois de 34 ans, qui a sorti son premier album à 23 ans ("Arte flamenco"), compose une musique qui puise à diverses origines – latino-américaines, tsiganes d'Europe de l'Est, jazz. Car Jean-Philippe Bruttmann a l'âme voyageuse, ne veut pas rester figé dans un seul répertoire, et s'accompagne parfois d'un musicien iranien, là d'un chanteur folk irlandais, joue dans des formations de jazz, crée des spectacles incluant de la danse, et n'hésite pas à aborder la guitare flamenco au second degré, avec humour, au sein de l'ensemble "Ma guitare s'appelle revient", créé avec son ami Yvan Le Bolloc'h. Un excellent artiste qui n'a pas la grosse tête, on aime bien ça…
www.bruttmann.com

Gülcan Kaya, Concert, Naïve
Le Théâtre de la Ville, à Paris, est devenu l'un des principaux centres en Europe pour la diffusion et la promotion des musiques d'Asie et du Moyen-Orient, qui forment l'essentiel de sa programmation musicale. Voici l'enregistrement du concert, consacré aux musiques d'Anatolie, donné en novembre 2004 par la chanteuse turque Gülcan Kaya. Accompagnée de quatre musiciens, qui jouent du baglama (luth à long manche), du bendir (percussion), ou du ney (flûte), entre autres instruments, Gülcan Kaya interprète un répertoire religieux ou profane, romantique ou soufi, festif ou méditatif, qui reflète la diversité du patrimoine d'Anatolie, lieu de passage et de brassage des peuples voisins. A l'oreille, on entend les influences venues d'Asie Centrale, du monde arabe, et des chants liturgiques d'Arménie. Gülcan Kaya, qui a fondé la section Musique populaire au conservatoire de Haliç où elle enseigne, et qui produit à la radio et la télévision des émissions consacrées à ces musiques, nous offre ici un florilège des chants et musiques de sa région d'origine, qui séduira tous les amoureux de ces traditions.
www.theatredelaville-paris.com
Nadia Khouri-Dagher
(06/04/2007)