MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-Dagher
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Nadia Khouri-Dagher   
On commence l'année nouvelle en dansant: bel augure! Ce n'est pas seulement un disque de musiques de danse orientale que l'on vous propose, mais aussi un DVD, pour apprendre tous les mouvements de cette danse qui connaît un succès croissant en Europe! Pour danser sur d'autres rythmes, on vous propose aussi de jolis sirtakis de Grèce. On avait aussi commandé au Père Noël le dernier CD de Hayet Ayad, qui fait revivre le chant andalou de jadis; le double CD de Djivan Gasparyan, la star du doudouk arménien; et "Indian Lounge", un "best of" des meilleures musiques indiennes d'aujourd'hui. De Londres à Lahore en passant par Erevan: un beau voyage pour commencer l'année!

Le coup de cœur de Babelmed
MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-DagherINDIAN LOUNGE (The Rough Guide to…), Worldmusic
Dans la collection "The Rough Guide", voilà une excellente sélection des meilleures musiques indiennes d'aujourd'hui! Le rapport avec la Méditerranée? La musique arabe dérive en grande partie de la musique indienne, comme nous l'expliquait le grand musicologue Antoine Goléa, aujourd'hui décédé: "L'Inde, nous la considérons comme la source de toute l'évolution musicale traditionnelle de l'Orient, l'autre grande source étant l'Iran" ( La musique de la nuit des temps aux aurores nouvelles , Ed. Leduc, 1977, p.21). L'oreille seule nous avait déjà parlé de ces cousinages étroits entre musique arabe et indienne : rythmes lents et mélancoliques, voix modulées à l'infini en longues complaintes, ou bien au contraire rythmes frénétiques de percussions dansantes, trots animaliers des grandes traversées désertiques, grande place laissée à l'improvisation dans ces traditions orales toutes deux, mais poids de la tradition et des formes classiques imposées aussi,… DJ Ritu, journaliste de la radio BBC, d'origine indienne, et également gérante de trois discothèques londoniennes, a sélectionné les meilleurs artistes du sous-continent… de Birmingham à Lahore ! Car, de la même façon que Paris est désormais une capitale importante – sinon la plus importante – pour les musiques du Maghreb, Londres est la véritable capitale des musiques indo-pakistanaises d'aujourd'hui. On retrouvera ainsi, aux côtés de la star pakistanaise Atif ou de l'époustouflant soliste vocal hindustani Debashish Bhattacharya, les artistes de Apache Indian, ou encore Bally Sagoo, DJ de Birmingham, premiers groupes de pop anglo-indienne en Grande-Bretagne à avoir produit des hits outre-Manche. Par la modernité des sons - l'électronique accompagnant volontiers un sitar - et par les confluences étranges entre la techno et les musiques hypnotiques de l'Inde, ce CD nous démontre plus éloquemment que tout, la modernité dans laquelle l'Inde s'est engagée, et qui ne se résume pas à des hordes d'informaticiens ou de jeunes consommatrices branchées habillées à l'occidentale…
www.worldmusic.net


MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-DagherBELLYDANCE CAFÉ (The Rough Guide to…), World Music
Dans la même collection, nous voici transportés dans les fêtes et cabarets populaires du Caire ou de Damas, dans une ambiance de danse orientale ! Et, si la danse dite "du ventre" n'a pas toujours eu bonne réputation dans les capitales arabes, et si les danseuses furent - et restent - souvent considérées comme des femmes de petite vertu plutôt que comme des artistes à part entière, la musique accompagnant la "danse orientale" est en réalité d'une grande technicité : comme en Europe aujourd'hui pour les musiciens de variétés accompagnant les stars de la chanson, les musiciens des cabarets arabes sont souvent des artistes hors pair. Comme dans toute danse, le rythme est fondamental, et les percussions jouent ici un rôle central, comme en témoigne l'extraordinaire solo de percussion tabla par l'Egyptien Mokhtar al Saïd. Mais les violons et clarinettes s'avèrent parfaits aussi pour épouser, en de sinueuses mélodies, les ondulations de hanches des danseuses, et le groupe du Turc Selim Sesler nous offre une version plus langoureuse de cette danse. Le Caire et Damas se taillent ici la part du lion en matière de représentation géographique – ce sont aussi, maintenant que Bagdad a disparu, les deux capitales où la vie musicale orientale est la plus développée. Entre les morceaux de danse, comme dans un vrai cabaret, on trouvera ici des chansons, telle la célèbre "El Atlal" de Oum Kalthoum, ici interprétée par l'Orchestre de Nazareth, ou une chanson du genre grec "mikrasiatika" , c'est-à-dire d'Asie centrale, qui nous rappelle que la Grèce, que certains considèrent comme européenne, est bien orientale aussi… Au final, plus d'une heure de bonne humeur en musique, pour danser, ou simplement écouter, pour le plaisir.
www.worldmusic.net


MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-DagherCOURS DE DANSE ORIENTALE, par Ottilie (DVD), Evasion
Pour rester dans la danse, et si vous mourez d'envie d'apprendre la danse orientale mais n'avez pas le temps de prendre des cours, voici un DVD, fort bien conçu, qui vous mènera, pas à pas, à exécuter les mouvements de base, puis des danses complètes, présentées par niveau. Ottilie est une artiste française qui, ayant pratiqué les danses de divers pays, est tombée amoureuse de la danse orientale, au point de l'enseigner, et d'en créer des spectacles… qu'elle présente aujourd'hui dans les pays arabes, avec sa compagnie, baptisée "El Hayet"! Pourquoi s'en étonner? Des artistes japonais ou chinois viennent bien à Paris ou à Vienne pour apprendre à jouer Mozart ou Beethoven! Le DVD offre une version française et une anglaise, si vous voulez l'offrir à une amie anglaise : car la danse orientale cartonne à Londres, encore plus qu'à Paris!
www.elhayet.com



MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-DagherHAYET AYAD, Jardins d'Orient, Hayet Ayad prod.
Hayet Ayad est une artiste totalement autodidacte, qui a une histoire étonnante. Née en France de parents algériens, elle grandit à Strasbourg, et abandonne l'école à 15 ans : l'établissement l'oriente alors vers une formation de vendeuse, la jugeant "incapable de faire autre chose", nous raconte-t-elle. De petits boulots en petits boulots, un jour, Hayet prend un cours de Tai-Chi, et là, le professeur demande de produire un son: Hayet entend sa voix comme pour la première fois, sent "comme un arc se tendre" dans son corps, et décide de sa vocation : elle chantera. La découverte de l'Espagne, lors d'un voyage effectué à 20 ans, fut un choc pour la jeune fille. Hayet se lance alors à la découverte du patrimoine musical de l'Andalousie d'autrefois - les chants médiévaux, et souvent religieux, des trois religions, chrétienne, musulmane et juive - et commence à chanter dans les rues, et dans les églises, au ticket – les recettes sont fonction des entrées. Bien des années plus tard, Hayet Ayad est aujourd'hui une artiste confirmée, qui se produit dans divers festivals dans le monde, et a participé à plusieurs musiques de films, dont "Le temps des Gitans". Un documentaire lui a même été consacré. Elle vient d'auto-produire ce disque, réalisé lors d'un concert donné en novembre 2006. Accompagnée de José Maria Cortes au 'oud, et rythmant son chant d'un simple tambour, Hayet restitue l'esprit des troubadours itinérants de jadis, qui n'avaient ni ampli ni synthé, mais leur seule voix, et au plus un ou deux instrumentistes à leurs côtés… Et vous serez littéralement envoûté, comme nous l'avons été, par les chansons chantées par l'artiste a capella , comme dans "Wach'b Qali": comme si vous écoutiez un chant immémorial, venu jusqu'à vous, inchangé, par-delà des siècles d'histoire. En quelques pièces qui sont ainsi de pures merveilles vocales (écoutez sa version de "Baytûn Marara"…), Hayet nous prouve, après tant d'autres artistes, que la voix, nue, reste le plus bel instrument du monde, malgré tous les progrès de la technologie…
www.hayet-ayad.com


MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-DagherDJIVAN GASPARYAN, The soul of Armenia, Network
Le label allemand Network, qui nous offre depuis quelques années de très bons coffrets de deux CD (souvenez-vous "Desert Blues" pour l'Afrique…), rend ici un bel hommage à Djivan Gasparyan, à qui revient l'honneur d'avoir fait connaître le hautbois arménien, le doudouk, à l'Occident, comme Ravi Shankar fit connaître la musique indienne à l'Europe. Né en 1928 dans une famille pauvre dans une Arménie alors soviétique, le petit Djivan adore aller au cinéma, où les films muets sont accompagnés … d'un petit orchestre de doudouks! A onze ans il se voit offrir son premier instrument, et à 19 ans, réalise son premier concert en solo. En 1956 il reçoit le titre de "Meilleur musicien d'Arménie". Mais c'est à Brian Eno que l'on doit de le connaître en Occident: découvrant, lors d'un voyage à Moscou en 1989, un 33 tours de Gasparyan, "Airs populaires d'Arménie", il obtient les droits de le publier à nouveau, sous son label "Opel". Les succès s'enchaînent: tournées mondiales, musiques de films – l'artiste en a signé une trentaine. En 2002, le WOMEX, le plus grand festival de musiques du monde, décerne à Djivan Gasparyan le "Womex Life Achievement Award" : la consécration suprême ! Si vous ne connaissez pas encore cette musique arménienne qui parle de solitude, de mélancolie, et de grands espaces infinis, voilà l'une des meilleures façons de la découvrir.
www.networkmedien.de



MUZZIKA! Décembre 07-Janvier 08 | Nadia Khouri-Dagher20 BEST SIRTAKIS from Greece, The Athenians, ARC Music
Et pour finir, de la danse encore, de Grèce cette fois, avec cet album de danses grecques. Si tout le monde connaît le sirtaki, qui sait que cette danse, aujourd'hui considérée comme "typiquement grecque", a été créée pour le film "Zorba le grec", en 1964, en mélangeant la version lente et la version rapide de la danse hasapikos? Et qui connaît le nom des autres danses grecques : le kalamatianos (de Kalamata), le Pentozali (de Crète), le Zeimbekiko (de Chypre), le Misirlou (du mot Misr , Egypte, prouvant s'il en était encore utile que les arts voyagent librement)? Les artistes de l'ensemble The Athenians , créé en 1977 (Manolis Charokopos, aujourd'hui décédé, Antonis Gialeles, et Kostas Smirnios) sont multi-instrumentistes, jouant du bouzouki, du baglama, de la guitare, ou du piano. Basés en Allemagne, ils ont donné de nombreux concerts en Europe centrale. Un disque léger comme l'air d'été sur une île grecque, pour illuminer votre hiver!


Nadia Khouri-Dagher
(09/01/2008)