MUZZIKA ! Septembre 2017 | babelmed,Mediterranean culture,Mediterranean society,information and debate in the Mediterranean,dossier and report in the Mediterranean,travel narrative in the Mediterranean,Art in the Mediterranean,spectacle in the Mediterranean,music in the Mediterranean,literature in the Mediterranean,poetry in the Mediterranean,Mediterranean cinema,Mediterranean theater,Mediterranean artist,culinary arts in the Mediterranean,Arab world moving,book in the Mediterranean,translation in the Mediterranean
MUZZIKA ! Septembre 2017 Imprimer
Nadia Khouri-Dagher   

Une rentrée toute en douceur… Hayet Ayad nous dévoile les chants de son âme, au plus proche du ciel et de la terre à la fois… Les Lo’Jo nous livrent un nouvel album intensément poétique et voyageur, puisant à tous les pays traversés, comme à leur habitude. Matthieu Saglio fait dialoguer son violoncelle avec la guitare flamenca de José « El Piru », dialogue flamboyant. Giovanni Mirabassi se surpasse dans un album époustouflant d’inventivité et de virtuosité. Enfin, Putumayo nous offre deux bijoux pour qui aime les musiques d’Italie, un album-souvenir des chansons d’autrefois, et un album à chanter à vos enfants… et à leur chiper le plus souvent!


Le coup de coeur de babelmed

MUZZIKA ! Septembre 2017 | HAYET AYAD, Les chants d’une âme, hayet-ayad.com

Nous avons découvert l’extraordinaire magicienne-chanteuse Hayet Ayad il y a une quinzaine d’années, alors que nous dirigions le magazine français Yasmina consacré aux femmes du Maghreb, et nous lui avions en outre consacré une heure d’entretien dans notre émission « Les femmes bougent » sur Berbère TV, que l’on peut sans doute encore podcaster, pour la faire connaître à un plus large public encore, et notamment en Algérie, pays de ses ancêtres…

Hayet a une histoire en conte de fées, comme il arrive parfois chez certains artistes touchés par la grâce : autodidacte, elle commence à chanter dans les rues, en Alsace où elle grandit. L’intérêt qu’elle suscite chez le public la voit bientôt chanter dans des églises, lieux que Hayet, bien que née de parents musulmans, affectionne particulièrement, comme elle nous l’avait confié, pour la paix et la sérénité dans laquelle baignent ces lieux sacrés. Ce dernier disque est d’ailleurs enregistré en « live », au Centre culturel des Dominicains de Haute-Alsace, à Guebwiller, qui était jadis un couvent…

« Les chants d’une âme » est un titre parfait pour ce disque, que nous appelons de musique sacrée, même si l’artiste n’y fait référence à aucune religion en particulier. Cet été, en vacances à Marseille, j’ai ainsi rencontré une autre « Algérienne de France », Fatima, femme de ménage d’une soixantaine d’années, d’une intelligence vive, qui m’avait confié : « j’ai la foi mais je n’ai pas de religion », belle formule pour ces femmes grandies en France de parents venus du Maghreb (et pour d’autres personnes aussi) et qui ne se reconnaissent ni dans l’islam de leurs parents ni dans le christianisme de leur pays d’adoption, mais se disent attachées à la spiritualité et à la foi.

C’est d’ailleurs en chantant les chants des trois religions de l’Espagne andalouse que Hayet Ayad s’est fait connaître il y a quinze ans. Et, traçant sa route avec obstination et opiniâtreté, tels les pèlerins d’autrefois qui marchaient des jours entiers sans compter les jours, Hayet a trouvé son chemin et sa route.

Au-delà des trois religions, elle nous offre ici une musique qui respire le sacré en ce qu’elle respire l’essentiel. Comme si, par miracle, nous avions retrouvé la bande-son des premiers chants des premières femmes qui jamais chantèrent sur cette terre, bien avant l’éclosion de la civilisation, lorsque l’homme - et la femme - étaient unis à la terre, à la nature, à la pluie, au vivant - et au ciel, qui fait partie de tout cela.

« Terra », « Fémina », « Désert », « Nuit », « Présence », « Dunes »… : les titres mêmes des compositions de l’artiste - minimalistes comme peut l’être un dessin d’oiseau de Matisse, c’est-à-dire non pas abstrait ou ennuyeux mais au contraire dense et vivant - expriment ce désir d’aller à l’essentiel.

Ici le chant se fait son, vibration, chant primitif, non pas au sens de « grossier » mais au sens de « premier », comme certains matins nous semblent parfois « le premier matin du monde ». Ici et là, on se surprend à penser à l’adjectif « expérimental », tant la ligne est épurée : mais toute musique doit être expérience neuve pour être création, et non pas répétition ou imitation. Musique-expérience, musique-vie, oui ; mais musique abstraite, déconnectée du réel, jamais.

Hayet Ayad, qui a choisi de vivre à Toulouse, proche de son Espagne-racine, fait partie de ces voix singulières qui s’élèvent très haut, et ce faisant nous élèvent l’âme. Une artiste-étoile, qui vogue déjà dans le firmament…

//Hayet AYAD Un chant pour la terreHayet AYAD Un chant pour la terre

wwww.hayet-ayad.com

 


 

MUZZIKA ! Septembre 2017 | LO’JO, Fonetic Flowers, PIAS/World Village

Nous sommes fan depuis longtemps de Lo’Jo, ce groupe-voyageur mené depuis quelques décennies par le troubadour-poète Denis Péan, accompagné aux voix par les soeurs Nid El Mourid qui ont des ancêtres berbères algériens. Groupe basé à Angers mais passant leur temps sur les routes, et s’imprégnant musicalement de toutes les atmosphères traversées de la même façon qu’au retour d’un voyage, on rapporte des photos, des images et des textes, dont on fera un carnet de voyage/collage, personnel et ne ressemblant à nul autre.

Le groupe revient ici du Mali, qu’ils aiment beaucoup (on leur doit notamment la création du Festival du Désert), de Bénin, de Géorgie, de Corée, et du Texas, et c’est dans ces pays, et aussi à Paris, que Lo’Jo a enregistré les titres de ce disque. « Fonetic Flowers », qui ouvre l’album, nous livre d’emblée la poésie de Denis Péan, que nous comptons parmi les plus grands poètes-chanteurs français d’aujourd’hui, dans une tradition enracinée vieille de plusieurs siècles en France, et qui se perd quelque peu aujourd’hui…

Les autres titres portent la trace des cultures et pays traversés : ainsi « Noisy Flower » emprunte aux rythmes béninois et à ses choeurs féminins, tout autant qu’à la soul music américaine, le tout accompagné par un texte scandé par un rappeur suisse… Car Lo’Jo n’aime rien tant que les mélanges, exactement comme l’on compose un bouquet de fleurs, « fonetic » ou pas…

Le titre « J’allais » démarre ainsi par un ‘oud tout oriental pour emprunter ensuite aux rythmes cubains, le tout toujours sur la poésie - éminemment française ! - de Denis Péan. Et la chanson « La libertad » nous offre des choeurs féminins dans une langue qui nous est inconnue - peut-être du géorgien, ou bien une langue imaginaire…

La chanson française recèle toujours de petits trésors, si on les cherche bien, pas toujours connus du grand public à travers les médias dominants, mais appréciés dans des cercles de connaisseurs et d’amateurs - comme l’on dit de bons vins ou de la bonne littérature. Et ce sont ces talents-là, dans le droit fil d’une chanson française poétique, littéraire, et intensément musicale surtout et novatrice, qui se font inviter à l’étranger, dans des festivals de par le monde : alors, que leur importe de ne pas passer en prime time à la télé ou sur les radios commerciales… Le monde entier est leur inspiration, et leur public aussi…

//Lo'Jo - Fonetiq (Audio)Lo'Jo - Fonetiq (Audio)

 

www.lojo.org

 


 

MUZZIKA ! Septembre 2017 | MATTHIEU SAGLIO & JOSÉ « EL PIRU », Petit à petit, matsag.com

Nous sommes fan également du violoncelliste français Matthieu Saglio, qui, basé à Valence en Espagne depuis une quinzaine d’années, est tombé amoureux du flamenco, et ne cesse de s’enrichir au contact de ce monde musical, et au sein de formations à géométrie variable, instruments et voix, violoncelle et voix, violoncelle solo, et ici, violoncelle et guitare flamenca seule, celle, magnifique, de José « El Piru ».

Formé au classique, Matthieu Saglio apporte au flamenco toute l’intériorité et le lyrisme de son instrument de prédilection, le violoncelle, intériorité et lyrisme qui rejoignent étrangement ceux de la musique flamenco, sentimentale, dans le sens noble du terme, et expressive. Et à son tour, la guitare flamenca, fougueuse et vive, réveille et enflamme le violoncelle, qui se laisse volontiers entraîner dans une danse joyeuse et colorée…

Un album qui confirme l’immense talent de Matthieu Saglio, premier « violoncelliste flamenco » de l’Histoire, désormais totalement adopté par ses pairs, les meilleurs artistes de la terre flamenca ! Un petit bijou d’album !

Extraits à entendre sur le site de l’artiste : www.matsag.com

 


 

MUZZIKA ! Septembre 2017 | GIOVANNI MIRABASSI, Live in Germany, CamJazz

Nous avons découvert le pianiste de jazz Giovanni Mirabassi en octobre 2011, à l’occasion de la parution de son album « Adelante », qui nous avait enthousiasmée (http://www.babelmed.net/muzzika/6988-muzzika-octobre-2011.html ). Nous avons eu la chance ensuite de l’écouter, au Centre culturel italien de Marseille, en un concert intimiste car le lieu n’est pas grand, lieu parfait pour ce jazzman venu d’Italie et installé en France désormais.

Dans ce dernier album, « Live in Germany », l’artiste va encore plus loin, en inventivité musicale, en imagination, en virtuosité aussi (quelle rapidité dans les doigts, pour qui a jamais joué un peu de piano ! ). L’on songe parfois à Keith Jarrett - et l’artiste y a sans doute songé également, album « in Germany » pour l’un, ou à Cologne (« Köln Concert ») pour l’autre…

Mais Giovanni Mirabassi est d’une curiosité et d’une gourmandise musicales insatiables, et n’aime rien tant que se balader - et nous promener - dans tous les univers qu’il affectionne. Et si le disque est un hommage à trois chanteuses que l’artiste adore - Ella Fitzgerald, Edith Piaf et Mercedes Sosa - les mélodies que le pianiste se réapproprie, et que nous connaissons tous - Sous le ciel de Paris, The man I love, Solo le pido a Dios, Hymne à l’amour - il les transforme totalement, sous ses doigts libres comme l’air, et la ligne mélodique devient prétexte à ses savantes - et délicieuses compositions.

La formation classique du pianiste s’entend ici ou là, ainsi lorsque « Mercedes », titre de sa composition, fait un clin d’oeil aux fugues de Bach… L’amour de tous les jazz, y compris les plus anciens, se découvre aussi, ainsi lorsque « J’men fous pas mal » prend des allures de ragtime.

Au total un album somptueux, et un « must » dans la discothèque de tout amoureux de jazz, et de jazz pianistique notamment.

//Giovanni Mirabassi "Live In Germany" TeaserGiovanni Mirabassi "Live In Germany" Teaser

 

www.camjazz.com - mirabassi.com

 


 

MUZZIKA ! Septembre 2017 | VINTAGE ITALIA, Putumayo Records

Dès la première plage de ce disque, éclate toute la joie de vivre de l’Italie, et l’insouciance de ces années 50 et 60, années de la « Dolce Vita » dans ce pays qui semble avoir inventé ce concept même de vie-bonheur…

Putumayo nous offre ici un florilège de quelques-unes des plus belles chansons italiennes d’autrefois, dont certaines, comme « Torna a Surrriento », ont fait le tour du monde…

L’album nous donne à réentendre ces grandes stars que furent Fred Buscaglione, Renzo Arbore, Flo Sandon’s ou Teddy Reno, mais le plus intéressant est sans doute le choix d’artistes contemporains, tels les américains Pink Martini (avec leur superbe « Nanni Nanna », chantée en napolitain, sur un rythme de boléro), le groupe autrichien Quadro Nevo, ou le Québecquois Marco Calliari, qui après 15 années passées dans un groupe de heavy metal, a choisi de revenir aux racines du pays d’origine de ses parents, et rencontre un grand succès avec des reprises des grandes chansons italiennes - c’est lui qui interprète ici la célébrissime « Torna a Surriento »…

Babelmed est basé à Rome comme vous savez, et personnellement nous adorons l’Italie, sa musique, et à peu près tout ce qui concerne ce pays, alors nulle surprise si nous avons adoré ce disque, plein de bonne humeur, d’humour, et de tendresse aussi… « Latin lover(s) » (au pluriel ici) oblige…

//Fred Buscaglione - Boccuccia di rosaFred Buscaglione - Boccuccia di rosa

 

putumayo.com

 


 

MUZZIKA ! Septembre 2017 | ITALIAN PLAYGROUND, Putumayo Records

Et pour les enfants, un « spécial Italie » tout spécialement conçu pour eux, avec des chansons qui ne furent pas créées pour eux au départ, mais qu’ils adoreront, à cause de leur humour, de leur gaieté, et de la simplicité de leurs paroles et mélodies - qui sont parfois la chose la plus difficile à atteindre, pour un artiste…

Et là aussi, le coup de maître de l’équipe de Putumayo est d’avoir déniché des artistes d’horizons les plus divers : nous découvrons ainsi la version italienne de cette chanson brésilienne que nous adorons, « Aquarela », écrite et composée par Toquinho, artiste brésilien dont nous apprenons que ses parents sont italiens, et qui chante ici sa chanson… en italien.

La chanson en italien :

//Toquinho - Acquarello (Italiano)Toquinho - Acquarello (Italiano)

 

Et sa version originale, en brésilien :

//Toquinho Aquarela "clipe Oficial"originalToquinho Aquarela "clipe Oficial"original

 


Nadia Khouri-Dagher

 

 

 

 

 


mots-clés: