MUZZIKA ! Juin 2017 Imprimer
Nadia Khouri-Dagher   

Le coup de coeur de babelmed :

MUZZIKA ! Juin 2017  | Kala Jula, Vincent Zanetti, groupe Bissap, duo Miquèu et Baltazar Montanaro, duo Sabîl, Ahmad al Khatib, Youssef HbeischKALA JULA (Samba Diabaté & Vincent Zanetti), Mande Kulu-la montagne du Mandé, Buda Musique

Voilà un disque-merveille : le troisième opus du duo Samba Diabaté & Vincent Zanetti. Le premier, Malien, l’un des musiciens les plus renommés de Bamako, guitariste et joueur de n’goni ; le second, Suisse, guitariste et joueur de djembé et de la « harpe-luth zena » (que nous ne connaissons pas), mais aussi ethnomusicologue et journaliste, acteur important des musiques du monde en Suisse.

Ils sont ici accompagnés de deux figures françaises de ce que nous aimons appeler les musiques « ouvertes » plutôt que « du monde » : le violoniste Jacky Molard et la contrebassiste Hélène Labarrière.

A eux quatre ils nous offrent un album empreint de douceur et de beauté, voguant sur l’inspiration mandingue, car les musiques mandingues ne sont que douceur et beauté… La pochette du disque, photographie rose et or d’un paysage du Sahel au soleil couchant, traduit parfaitement tout l’esprit de ce disque, qui est poudre-de-sable et lumière, et silence aussi… Une merveille…

//Kala Jula - Mande Kulu - studio 2016Kala Jula - Mande Kulu - studio 2016

https://www.youtube.com/watch?v=TT8AtDGVJQ8

www.kalajula.ch - www.budamusique.com

 


 

MUZZIKA ! Juin 2017  | Kala Jula, Vincent Zanetti, groupe Bissap, duo Miquèu et Baltazar Montanaro, duo Sabîl, Ahmad al Khatib, Youssef HbeischDIVANHANA, Live in Mostar, (inclut un DVD), ARC Music (Grande-Bretagne)

Voilà une bien jolie découverte, venue d’un pays dont on entend peu les musiques, en France : la Bosnie-Herzégovine (partie de l’ex-Yougoslavie). Cette région des Balkans dispose pourtant d’un patrimoine musical extrêmement riche, mêlant des influences slaves, tsiganes et orientales, qui donnent une musique allant de folles danses endiablées à de mélancoliques ondulations mélodiques…

Le groupe Divanhana est une star en Bosnie-Herzégovine, comme dans toute la région, et cet album, qui paraît chez le label londonien ARC Music, à destination du marché mondial, est leur quatrième. Divanhana s’est formé en 2009, réunion d’amis qui avaient étudié ensemble à l’Académie de Musique de Sarajevo. Leur but : partir collecter des chants traditionnels de toute la région, et les faire revivre, dans une démarche quasi ethno-musicologique, comme ils s’en expliquent :

«Collecter dans leur besace musicale, le riche héritage musical des peuples qui vivent là, chanson par chanson, comme on cueillerait des pommes en chemin. Sur la route, rencontrer des visages radieux de personnes appartenant à diverses traditions et coutumes… ».

Le groupe veut notamment faire revivre le « Sevdah », qui est le « blues yougoslave », tradition musicale qui se perd, et que ne connaissent plus vraiment le jeunes, un peu l’équivalent, sentimental et populaire, du musette en France ou des chansons d’amour d’une Lucienne Boyer. « Sevdah » vient de l’arabe « Sawda », qui veut dire « Noire » : un chant mélancolique, qui exprime souvent les peines d’amour, lorsque l’on a les idées noires et l’humeur sombre…

Nous avons adoré l’accordéon de Nedzad Musovic et le piano de Neven Tunjic - ils sont cinq musiciens à entourer la chanteuse Naida Catic - et sur le DVD qui accompagne le disque on les voit totalement conquérir le public, qui se joint à la musique par des applaudissements/frappes de main rythmiques de délire !

Le groupe a passé un an en une vaste tournée qui les a emmenés en Allemagne, Autriche, Hongrie, et divers pays de la région. Nous les attendons en France, où ils devraient enflammer les festivals d’été… et les concerts d’hiver, où la chaleur de leur musique sera la bienvenue !

Le disque comprend 8 chansons traditionnelles sur les 11, et l’on reconnaîtra « Ciganka sam mala », dont on ne connaissait même pas le titre, mais bien la musique, chanson tsigane (« Petite fille brune ») qui a franchi depuis longtemps les frontières de la région…

//Divanhana – Oj Safete, Sajo, Sarajlijo - Live in Mostar (Official video) Divanhana – Oj Safete, Sajo, Sarajlijo - Live in Mostar (Official video)

https://gypsylyrics.net/2011/11/19/ciganka-sam-mala/

http://www.divanhana.ba

 


 

MUZZIKA ! Juin 2017  | Kala Jula, Vincent Zanetti, groupe Bissap, duo Miquèu et Baltazar Montanaro, duo Sabîl, Ahmad al Khatib, Youssef HbeischBISSAP, Rêves de papillon, bissaporchestra.com

Nous avons découvert Bissap lors d’une des soirées musicales organisées par Cati Antonelli dans sa « Ferme urbaine », sur les hauteurs de l’Estaque à Marseille. Bien agréables soirées, où l’on peut écouter dans l’intimité d’un « salon de musique » d’aujourd’hui, des musiques toujours choisies avec sensibilité et rigueur, et où l’on a le plaisir de pouvoir échanger ensuite avec les artistes invités…

Un soir donc, le groupe Bissap était en concert, avec un nombre impressionnant d’instruments « ethniques » déployé sur l’estrade : plusieurs flûtes de toutes tailles pour Stephane Dumas, ainsi que quelques saxophones ; un ‘oud, un bouzouki, un magnifique sitar délicatement ouvragé d’argent, instrument difficile à maîtriser, ainsi qu’une guitare qui semblait par comparaison bien banale, pour Sargam Marie ; un zarb, un daf, un rek, une darbouka, et autres percussions dont j’ignore le nom, pour Mathias Autexier ; seul Vincent Bauza ne changeait pas d’instrument, et pour cause : il est à la contrebasse…

Soirée délicieuse, de musiques voyageuses comme le sont tous ces instruments, et esprit de voyage et de rêverie que l’on goûte, parfaitement restitué, dans cet album aérien et poétique. Une musique douce, comme ces instants passés dans la Nature, que vénèrent nos quatre artistes, qui vivent loin des grandes villes, dans la Provence rurale.

C’est l’esprit du papillon qui vient nous chanter ici, mais aussi celui de la feuille, de la fleur, de l’arbre, du nuage ou du ciel, un bien bel hommage à la beauté du monde, à la beauté tout court, dont ils nous parlent en musique… Ecoutez « Full moon », l’un de nos titres préférés…

//BISSAP-Annonce du 2eme Album "Rêves de papillon" BISSAP-Annonce du 2eme Album "Rêves de papillon"

www.meltimuz.com/bissap

 


 

MUZZIKA ! Juin 2017  | Kala Jula, Vincent Zanetti, groupe Bissap, duo Miquèu et Baltazar Montanaro, duo Sabîl, Ahmad al Khatib, Youssef HbeischDUO MONTANARO, Ki, Compagnie Montanaro

La transition de Bissap à Duo Montanaro coule de source, car voici deux formations ancrées dans les villages de Provence, et créant toutes deux des musiques cousines par la douceur, par l’usage d’instruments inconnus de nous et venus de pays lointains, comme si le terroir, les musiques populaires, le temps de vivre, le sens du passé - et bien sûr le goût de jouer et de créer de la musique - tout cela se partageait mieux de village à village, lorsque l’on est provençal, indien, anatolien, persan - enfant de la terre, tout simplement…

Père et fils : entre Miquèu (père) et Baltazar (fils) la parenté est évidente : même goût des musiques traditionnelles et des improvisations - que l’on peut également baptiser rêveries - mais aussi même goût pour l’évasion, stylistique, géographique, et musicale bien entendu. Et avec sa Compagnie Montanaro, Miquèu a trouvé une bien juste expression : il revendique les « Nouvelles Musiques Traditionnelles », car en effet, la musique étant fluide par définition, toute musique « traditionnelle » ne peut, par définition, qu’être mouvante et libre : car les musiques, pas plus que la forme des poteries, les dessins sur un plat, ou les coutumes, ne sont figées une fois pour toutes, pour un peuple donné…

Au fait, que veut dire « Ki », titre du disque ? Ils nous l’expliquent :

« Ki en hongrois désigne l’extérieur. Mais c’est aussi : Qui. Qui sommes-nous ? Nous nous interrogeons musicalement sur nous-mêmes et nous questionnons le monde qui nous entoure, son chant et ses cris ».

De la même manière que l’on fabrique toujours des poteries en terre en Provence (comme partout dans le monde), l’on joue encore de la « flûte/galoubet » en Provence, instrument séculaire, mais aussi des flûtes yougoslaves Fuljara ou Dvojnica », pourquoi pas ? le tout accompagné de violon… Vive la tradition, mais vive la liberté aussi, et l’inspiration…

//Duo Montanaro - Viva Viva (Ki) Duo Montanaro - Viva Viva (Ki)

http://www.compagnie-montanaro.com/?-MIMO-

 


 

MUZZIKA ! Juin 2017  | Kala Jula, Vincent Zanetti, groupe Bissap, duo Miquèu et Baltazar Montanaro, duo Sabîl, Ahmad al Khatib, Youssef HbeischDUO SABÎL, Zabad - l’écume des nuits, Harmonia Mundi

Nous avions découvert le duo Sabîl, composé du oudiste Ahmad el Khatib et du percussioniste Youssef Hbeisch, tous deux venus de Palestine en France, en janvier 2012, lorsque l’Institut du Monde Arabe avait publié leur premier disque (http://www.babelmed.net/muzzika/7208-muzzika-janvier-2012.html ). Et en relisant notre chronique, nous ne trouvons rien de plus et rien de mieux à vous dire que ce que nous écrivions déjà. Ah si : que les grands artistes se reconnaissent à ceci : plus on les écoute plus on les aime. Et à l’écoute de ce deuxième disque, nous pouvons vous le dire : le duo Sabîl fait partie des GRANDES GRANDES formations en musique arabe aujourd’hui. L’addition de deux grands artistes, chacun dans sa spécialité - ‘oud et percussions arabes - qui donne un duo vraiment exceptionnel ! C’est donc plus que ce j’écrivais dans ma chronique d’alors, lorsque je les découvrais en 2012 ! Et aussi : pour ce disque, ils sont accompagnés d’Elie Khoury au bouzouq et d’Hubert Dupont à la contrebasse.

« Ahmad al Khatib et Youssef Hbeisch sont deux artistes palestiniens, anciens collègues professeurs au Conservatoire National de Musique de Jérusalem-Est, le premier au oud, le second aux percussions, aujourdhui complices musicaux.

Ce cd, le premier qui les réunisse en duo, semble en effet, étonnamment, être le fruit dune collaboration de longues années, tellement laccord entre les musiciens, dans ces musiques pourtant largement improvisées, est évident. Mais cest que, même nés à quelques années dintervalle - Youssef Hbeisch, l’aîné, en 1967 en Galilée, et Ahmad al Khatib en 1974 dans un camp de réfugiés palestiniens en Jordanie - les deux artistes, qui ont tous deux vécu adultes dans la Palestine occupée, ont partagé le même vécu d’un peuple opprimé et qui vit lhorreur au quotidien.

La gravité qui émane de certaines leurs compositions est donc celle de tout un peuple, mais heureusement l’énergie qui se dégage dautres titres rappelle que le peuple palestinien reste debout et résistant - la musique étant, comme pour nombre de peuples opprimés dans lHistoire, lune des principales expressions de cette résistance, et consolations dans le malheur.

Ahmad al Khatib est, paraît-il, un artiste modeste, malgré son immense talent. Nul effet de manches ici, nulle emphase, mais un discours tout d’intériorité. Avec Youssef Hbeisch, que nous avons déjà eu loccasion dentendre et dont nous avons pu admirer le jeu de mains, tout en légèreté (il accompagne, entre autres artistes, le Trio Joubran sur scène), les deux musiciens nous offrent, avec des titres qui senchaînent les uns les autres comme autant d’étapes, un voyage dans leur Palestine intérieure où l’on nest jamais dévasté par la tristesse, mais où, traversant des contrées dévastées parfois, lon reste debout, fier et vivant ».

//Duo Sabil "Emméne moi" Duo Sabil "Emméne moi"

www.sabil-music.com - www.laclique-production.com - www.harmoniamundi.com

 


 

Nadia Khouri-Dagher

Juin 2017