MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker Ourio
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Nadia Khouri-Dagher   

Le coup de coeur de babelmed

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker OurioJEREZ TEXAS, Clar de lluna, Prod. Jerez Texas

Chaque nouvel album de Jerez Texas est un enchantement. L’enchantement cela vous prend dès les premières minutes, les premières notes que vous entendez, l’atmosphère qui vous enveloppe immédiatement, vous captive et vous charme - au sens magique du terme, car la musique est magie.

« Clar de lluna », enregistré un soir de pleine lune, en plein air et en live, au théâtre antique Sagunto près de Valence, est une autre perle d’un collier que ne cesse de confectionner ce groupe que nous aimons énormément. Basé à Valence en Espagne et mené par le violoncelliste français Matthieu Saglio, la formation Jerez Texas est à géométrie variable, et ici elle est ramenée à son trio essentiel, avec Ricardo Esteve à la guitare flamenca et Jesus Gimeno aux percussions.

A l’ouverture de ce nouvel opus, ce ne sont pas les notes de violoncelle de Matthieu Saglio que l’on entend tout de suite, mais la guitare aérienne de Ricardo Esteve, oh à peine quelques gouttes de cristal étincelant, qui viennent ensuite faire briller les sons profonds et ondulants du violoncelle, sur juste la respiration des percussions de Jesus Gimeno…

Enlevés : nous sommes enlevés, comme sur un beau cheval alezan, par le trio ensorceleur… « Vapor del Sudan » était le titre de cette composition - signée Ricardo Esteve. Avec Matthieu Saglio, tous deux se partagent les compositions de cet album, tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt ensemble - à l’exception de « Birdland » (de Joe Zaniwul) et « Color café » (de Serge Gainsbourg, ici dans une version «rumba » décoiffante !). Les autres titres se nomment « Sirocco », « Paris sous la pluie » (signée Matthieu Saglio, très belle composition, où comment la musique transforme la tristesse en beauté), « Danza del clavo »,…

Enregistré en live, avec toute l’énergie de l’échange avec le public que l’on entend, cet album nous donne envie de courir les voir sur scène. Jerez Texas, ou quand la flamme du flamenco, la douceur du violoncelle, et la pulsation de vie des percussions, se mêlent pour nous offrir un flamboiement de musique…

//JEREZ TEXAS Live in Sagunto - Clar de Lluna JEREZ TEXAS Live in Sagunto - Clar de Lluna

www.jereztexas.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker OurioCHRISTINA ROSMINI, Lalita, Distrib. L’autre distribution

Nous avions salué, à sa sortie en 2009, le premier album, « Sous l’oranger » (Harmonia Mundi), de la Marseillaise Christina Rosmini, talentueuse auteur-compositeur-inteprète, qui nous offrait un joli bouquet de chansons poétiques, douces ou humoristiques, et parfois les trois à la fois, fleurant bon la fleur d’oranger, les effluves marines de Méditerranée, et le vent du large…(http://www.babelmed.net/muzzika/4472-muzzika-juillet-ao-t-2009.html )

L’artiste nous revient, fidèle à elle-même, avec des compositions tout aussi délicieuses, inspirées comme toujours par toutes les musiques et tous les univers qu’elle aime et qui la constituent, car la belle a des racines familiales espagnoles, italiennes et corses, car son âme gitane aime l’Inde passionnément, et que la langue et la culture arabe sont toutes proches de celles du Sud de la France…

Christina est ici magnifiquement accompagnée, par son « guitariste-mari » Bruno Caviglia ainsi que par Manuel Delgado, aux très hispaniques guitares ; par Xavier Sanchez aux percussions ; et par de nombreux amis musiciens : Sebastien Debard (accordéon), Levon Minassian (doudouk arménien), Tchoune Tchanelas (chants et palmas), pour ne citer qu’eux.

« Ramatu’Allah » est ainsi un hommage à la ville de Ramatuelle, qui tient son nom de celui que les Arabes lui avaient donnée, quand ils étaient installés en Provence : « Rahmatou Allah », c’est-à-dire lieu béni par Dieu, tant la beauté du site les avaient conquis ! Ramatuelle où repose désormais la mère de l’artiste, dont la fille a hérité les dons pour la chanson et pour la poésie…

« Marseille, Marinera » est un chant d’amour à la ville natale de Christina, ville que l’on aime et qu’il faut quitter parfois pour conquérir le monde, comme l’a fait l’artiste, partie un temps à Paris, et revenue au port… mais qui repart souvent, car ses concerts la mènent un peu partout dans le monde…

La chanson « José l’Oriental » est un hommage à l’un de ces vieux chanteurs algériens de « chaâbi » qui vivent en France depuis des dizaines d’années ; « Passage du Génie » s’inscrit dans le droit fil des chansons coquines françaises, tradition hexagonale oubliée en cette ère où la vulgarité a remplacé les grivoiseries - la chanson est une succession de jeux de mots très drôles et jamais vulgaires ; « Jaleo de mi Espana » rappelle les jours sombres de la Guerre d’Espagne, qui amenèrent la famille maternelle de l’artiste en France ; enfin, « Dans les bras d’Amma », qui ouvre l’album, est un hommage à Amma, personnalité qui tient un ashram en Inde et offre aux visiteurs des messages d’amour et d’affection…

Mais Christina Rosmini est avant tout une femme de scène, qui conçoit des spectacles complets, et qu’il faut donc aller voir en live - et programmer en festival ! En effet, l’été et les nuits de plein air se prêteront à merveille à ses spectacles, qui chantent la Méditerranée, les voyages, et la liberté !

//Christina Rosmini "Dans Les Bras D'Amma" - Clip OfficielChristina Rosmini "Dans Les Bras D'Amma" - Clip Officiel

www.christinarosmini.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker OurioCOMPAGNIE RASSEGNA, Il sole non si muove, Buda Musique

Voilà un projet très original, et très convaincant, de la Compagnie Rassegna, et qui prouve, une fois de plus, à quel point Marseille est désormais un véritable creuset musical en France, laboratoire de recherches et de créations autour des musiques du monde entier, parce que l’ADN même de la ville lui confère, depuis plus de 2.000 ans, cette curiosité vers l’autre et l’ailleurs, fruit des mélanges et métissages.

Autour du guitariste Bruno Allary, divers musiciens et choristes - Mireille Colignon à la viole de gambe, Isabelle Courroy aux flûtes kaval, Carine Lotta, Sylvie Paz et Carina Salvado au chant (très belles voix féminines), Fouad Didi au ‘oud, et Philippe Guiraud à la basse - redonnent vie au répertoire européen du XVI° siècle, quand l’Angleterre et l’Italie, et l’Europe entière, conversaient en peinture, en musique, à une époque où la Provence était au coeur d’une région alors en pleine essor économique, avec le commerce maritime des nations européennes avec l’Orient, proche et lointain…

Les mélodies mélancoliques de John Dowland, qui plaçait le luth, fils direct du ‘oud arabe, au coeur de sa musique, croisent ainsi celles de son contemporain italien Bartolomeo Tromboncino ; une romance espagnole anonyme du même siècle répond à une chanson arabo-andalouse accompagnée au ‘oud et chantée en arabe ; et une danse arménienne croise une chanson portugaise, qui était aussi chantée en Espagne…

Le cousinage de ces univers musicaux venus de pays très divers, et que l’on croirait très étrangers les uns aux autres - comme l’Angleterre et l’Italie ou l’Angleterre et l’Espagne - s’entend ici simplement à l’oreille : cousinage de rythmes - ces rythmes lents des musiques de la Renaissance, quand la marche, forcément lente, était le principal outil de locomotion sur les routes ; cousinage des paroles et thématiques aussi, car la plupart des textes sont des chansons d’amour désespéré, et nous parlent de larmes, de lune, de rose, de nuits, d’espoir aussi heureusement, vocables et thèmes toujours chers à la chanson arabe ou hispanique, mais larmes qui ont quasiment disparu des traditions chantées populaires dans une Europe du Nord devenue prospère et matérialiste désormais…

« Tout est mêlé, rien de pur entre nos mains » : cette citation du philosophe Pierre Charron (1541-1603), disciple et ami de Montaigne, et dont certains ouvrages furent censurés car il prêchait la tolérance religieuse en un siècle de guerres de religions et de fanatisme, ouvre le livret. L’une des plus belles démonstrations de notre héritage commun, musicalement, littérairement, et philosophiquement, se trouve ici condensé en une belle heure de musique. Chapeau bas, pour cette leçon d’Histoire, à la Compagnie Rassegna !

//Cie Rassegna "Il Sole non si muove" Cie Rassegna "Il Sole non si muove"

http://ensemble-multitudes.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker OurioDIEGO EL CIGALA, Indestructible, Sony Music

Attention : vous allez totalement décoller ! Diego El Cigala est tombé amoureux de la salsa portoricaine et cubaine, et lui rend hommage dans un album magnifique ! L’artiste, gitan espagnol né dans, et devenu célèbre par, le flamenco, continue ainsi son exploration des musiques hispaniques sud-américaines, avec toujours le même succès - car ces musiques dérivent toutes de l’Espagne-mère, même lorsqu’elles se métissent d’éléments africains et indiens. En 2012 l’artiste avait ainsi rencontré le tango avec son album « Cigala & Tango » (http://www.babelmed.net/muzzika/7208-muzzika-janvier-2012.html ), et auparavant il avait aussi dialogué avec le pianiste cubain Bebo Valdes, dialogues entre le chant passionné flamenco et ces traditions latino-américaines, toujours parfaitement réussis.

Et voilà à présent notre artiste espagnol parti enregistrer à Miami, New York, Porto Rico, et même, tout près de chez lui,… Barcelone, où se vit, se chante et se danse la salsa, et l’artiste de flamenco se fond tout naturellement dans cet univers, qui lui est familier par ADN. Nous avons été enchantée, une fois de plus, par cet album de Diego El Cigala, artiste que nous avons eu le bonheur d’entendre sur scène, il y a peu…

//Diego El Cigala - Indestructible (Cover Audio)Diego El Cigala - Indestructible (Cover Audio)

http://diegoelcigala.squarespace.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker OurioRENAUD GARCIA-FONS, La vie devant soi, Distrib. L’autre distribution

« La vie devant soi » : le contrebassiste Renaud Garcia-Fons dédie cet album à son père récemment disparu, le peintre Pierre Garcia-Fons, né en 1928. Dans le livret, par pudeur sans doute, l’artiste n’écrit pas « dédié à mon père Pierre Garcia-Fons » mais « au peintre Pierre Garcia-Fons »…

Et c’est au vu de cette minuscule ligne, tout à la fin du livret, que l’on comprend la musique - et le titre - de l’album « La vie devant soi » : l’artiste, que l’on connaît féru d’atmophères lentes, voire mélancoliques, propres aussi au son grave de son instrument, se « dépêche » ici : et l’on entend comme une urgence, urgence à vivre, à ne pas sombrer dans le désespoir aussi comme certaines musiques - orientales ou indiennes, qu’affectionne l’artiste - pourraient nous y inviter. Urgence aussi à retrouver ses racines françaises, pour un artiste porté vers le voyage, et né à Paris : d’où un album qui se présente « officiellement » comme un hommage à Paris, bien qu’il soit en réalité un hommage… à un père aimé et disparu… Car c’est à Paris que trouva refuge la famille de son père, exilée d’Espagne, et c’est à Paris que le père-peintre trouva aussi la consécration de son talent d’artiste.

Le résultat de ce bouleversement - la disparition du père - dans la musique de l’artiste s’entend à l’oreille : des rythmes plus rapides (dans « Je prendrai le métro ! », « Montmartre en courant » (qui porte bien son nom !) ou encore « Monsieur Taxi »), qui reflètent aussi le rythme de cette métropole trépidante - où ne vit plus l’artiste, qui préfère vivre au calme…

Tout au long du disque, s’égrènent des pièces diverses, comme : une valse-musette bien sûr, hommage à la Paname populaire qui vit encore (« Revoir Paris ») ; une pièce légère et humoristique, « Les écoliers » (« Le petit Nicolas, Sempé et René Goscinny » nous indique seulement l’artiste), où l’artiste semble se remémorer son enfance, et son apprentissage de la musique, avec ses gammes et ses exercices répétitifs ; et enfin, pour finir, une « Elégie de novembre », dans laquelle le son grave de la contrebasse, cordes frottées ou pincées, se révèle parfaitement approprié à exprimer la tristesse et la profondeur des sentiments…

A la fin de l’écoute, il nous semble qu’un nouveau Renaud Garcia-Fons est né, qui nous apparaît plus fort - et plus amoureux de la vie - que jamais…

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker Ourio

www.renaudgarciafons.com - www.nemomusic.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2017 | Jerez Texas, Christina Rosmini, Compagnie Rassegna, Diego El Cigala, Renaud Garcia-Fons, Olivier Ker OurioOLIVIER KER OURIO, French songs, Bonsaï Music

Imaginez que vous ayez un ami qui aime vous chanter les plus belles chansons françaises, et qu’il le fasse avec un charme infini…. Et bien, ce disque d’Olivier Ker Ourio, qui nous « chante » ces chansons avec son harmonica, produit exactement cet effet : le son de l’harmonica, si proche et si familier, pas prétentieux pour un sou, vous rend l’artiste - dont nous avouons que nous ne le connaissions pas avant - immédiatement proche, et « aimable » comme on disait au XVIII° siècle…

Accompagné de Sylvain Luc à la guitare, de Laurent Vernerey à la basse et de Lukmil Perez à la batterie, l’artiste nous ravit, avec ses reprises et interprétations toutes en douceur de thèmes que nous connaissons et aimons tous, parce qu’ils font partie du patrimoine oral immatériel de la France du XX° siècle, c’est-à-dire de notre histoire, pour ceux qui ont vécu en France depuis 30 ou 40 ans : « La bicyclette », « Le métèque », « Champs-Elysées », « Et maintenant », « Toulouse »…

Lorsqu’un descendant de Bretons naît et grandit à La Réunion, terre éminemment musicale, et qu’on lui offre un harmonica à 8 ans, comme à tant d’enfants, cela donne parfois de petits miracles… Olivier Ker Ourio, merci pour ce joli album des chansons de notre enfance…

//Duo Sylvain Luc & Olivier Ker OurioDuo Sylvain Luc & Olivier Ker Ourio

www.kerourio.com

 


 

Nadia Khouri-Dagher

n.khouri@orange.fr