MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David Brossier
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Nadia Khouri-Dagher   

Un très beau disque, « Amerli, Refugees for Refugees », proposé par Muziekpublique en Belgique, nous fait entendre d’excellents musiciens, réfugiés dans ce pays venant de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan ou du Tibet : car les réfugiés avaient un métier dans leur vie d’avant, on l’oublie parfois, et parmi eux, des musiciens aussi… Une découverte, avec le compositeur algérien Tarik Benouarka, auteur de plusieurs opéras en langue arabe, oratorios et autres pièces qui mêlent musique classique savante et traditions arabes - comme celle des longues et savantes vocalises, que l’on trouve dans les opéras de Mozart aussi ! De Begique nous viennent les Trovadotres, qui ont pour passion la guitare flamenca et ses rythmes énergisants. Le duo israélien Maya Belsitzman (violoncelle & chant) et Matan Ephrat (percussions) nous offrent leurs chansons douces ou rock, en anglais, en hébreu, ou sans paroles… De Marseille, le groupe Zé Boiadé prend plaisir à jouer et chanter le choro, musique populaire du Brésil, et à le faire connaître à un vaste public. Enfin, le violoniste David Brossier, amoureux des musiques des Balkans, s’entoure d’un quatuor à cordes classique - et féminin - pour les emmener avec lui faire un tour là-bas… tel un pacha turc avec son harem !:)))) Passez un bel été, ici ou là, avec de beaux concerts et soirées musicales sous la lune !

 


 

Le coup de coeur de babelmed

MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David BrossierAMERLI, REFUGEES FOR REFUGEES, Muziekpublique

Voilà un disque formidable, né en outre d’une excellente idée ! En Belgique affluent, comme dans d’autres pays d’Europe, de nombreux réfugiés qui fuient un pays en guerre, une dictature ou un gouvernement qui les maltraite. Or parmi eux se trouvent, aussi, d’excellents musiciens…

L’association Muziekpublique, qui tient à la fois une école de musiques du monde et une salle de spectacles, au centre de Bruxelles, a réuni ici une vingtaine d’entre eux, venus de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan ou du Tibet, diplômés des meilleures écoles de musique de leur pays ou bien autodidactes comme nombre de musiciens populaires de ces pays.

Le disque s’ouvre sur un chant magnifique de la Tibétaine Dolma Renqingi, accompagnée par Kelsang Hula qui joue du violon local « dramyen ». C’est un hommage à la beauté du mont Everest, près duquel sont nés les deux artistes, et l’on sait que les Tibétains vouent un véritable culte à la Beauté du Monde, improvisant de véritables lieux de culte, qui deviennent parfois temples, pas sur les tombes de saints, mais simplement devant des « panoramas » extraordinaires, indiqués sur les cartes comme chez nous les monuments remarquables…

Le reste du disque se déroule avec des artistes tout aussi excellents (et des félicitations pour l’excellente qualité de la prise de son, et la qualité technique du disque en général)

: l’Irakien Fakher Madallal nous lance ses « Aman ! Aman ! » avec, dans la voix, comme la douleur d’un SOS… Son compatriote Ali Shaker Hassan Al-Bayati - car l’Irak, comme toute civilisation riche, fut riche en musiciens de haut vol - nous offre ses raffinements au qanoun, la cithare arabe. L’Afghan Aman Yusufi nous chante Nowrouz, fête du Printemps qui est le nouvel an afghan et persan, fêté le 21 mars, et aujourd’hui interdite par les Talibans qui tiennent le pays… La chanson décrit comment les filles sont belles ce jour-là, mais il est vrai que voilées de pied en cap cette chanson n’aurait plus aucun sens !…

Avec une chanson traditionnelle pakistanaise chantée par Asad Qizilbash, où une fillette demande à son père de lui rapporter une poupée de la ville, c’est tout le drame de l’exode rural dans ce pays qui est évoqué, et de l’absence des pères pendant des mois, voire des années, loin de leur famille…

Une partie des bénéfices de ce disque est reversée à deux associations belges qui mènent des actions de terrain pour les réfugiés : Globe Aroma et Synergie 14.

Ce ne serait qu’une raison de plus pour acheter ce disque, disponible mondialement en version digitale. Et d’inviter, surtout, ces musiciens à se produire en concert, pour leur permettre de gagner leur vie, dans leur nouvelle vie en Europe…

Ecouter :

//Refugees for Refugees: Dolma Renqingi & Kelsang Hula (Tibet) - ChomolungmaRefugees for Refugees: Dolma Renqingi & Kelsang Hula (Tibet) - Chomolungma

www.muziekpublique.be

 


 

MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David BrossierTARIK BENOUARKA, La légende de Néré, 21-22 Production

Tarik Benouarka est un compositeur algérien, formé à la musique classique au Conservatoire d’Evry, et compositeur d’opéras où se mêlent orchestres symphoniques, choeurs classiques, langue arabe classique, instruments orientaux tels le ‘oud ou la flûte nay… sans oublier la figure traditionnelle du conteur arabe - le « hakawati », appelé aussi « récitant » si l’on aime les termes savants…

Parmi ses oeuvres, on compte notamment le l’opéra « El Nafas » (Le souffle, l’esprit) ; l’opéra-ballet « Les Jours et les Nuits de l’Arbre Coeur » ; les opéras « Djamila » et « Qais wa Leila » ; l’opéra pour enfants « Sindbad, le fils du vent » ; oeuvres dont certaines ont déjà été accueillies par de grandes scènes arabes, telles l’Opéra du Caire ou le Théâtre National d’Alger. Sans compter de nombreuses musiques de films et documentaires…

Son dernier opus, « La légende de Néré », vient de sortir : un « oratorio pour orgue », dont l’artiste a signé à la fois la musique et le livret. L’histoire tourne autour du personnage de Néré, « un être à la voix si belle, qu’à son écoute, la lumière naissait »…

L’oeuvre, qui met l’orgue et les choeurs au coeur de la composition, rappelle les musiques liturgiques d’Occident, dans lesquelles pareillement l’orgue et les choeurs sont prépondérants. Et pourquoi s’étonner qu’un musicien de culture musulmane soit épris de ces musiques d’inspiration religieuse chrétienne, magnifiées par Jean-Sébastien Bach, lorsque tant de musiciens occidentaux sont passionnés de musiques soufies ou gnawas, intimement liées à la religion musulmane ?…

Et à l’écoute des vocalises sophistiquées de la soprano syrienne Racha Rizk - longues modulations sur une seule voyelle, telles que les adore la musique arabe - l’on se surprend à penser que dans la tradition arabe aussi, tout comme dans l’opéra occidental, c’est la VOIX qui est l’instrument principal. En outre Mozart, Rossini et consorts, firent aussi faire à leurs sopranos de savantes vocalises sur une seule syllabe… mais elles étaient écrites sur la partition, quand dans le monde arabe, comme le faisait Oum Kalthoum, elles durent aussi longtemps, mais sont improvisées…

Racha Rizk, remarquable, donne ici la réplique au ténor marocain Yanis Benabdallah, déjà lauréat de nombreux prix ; l’organiste est le Marseillais Christophe Guida, titulaire du grand orgue de la basilique du Sacré-Coeur dans cette ville ; et les choeurs sont interprétés par l’Ensemble Sequentiae, sous la direction de Mathieu Bonnin.

Une oeuvre musicale accomplie, qui témoigne d’une grande maîtrise des langages musicaux d’Occident et d’Orient. Et surtout : un spectacle - car l’opéra est un spectacle avant d’être un disque - destiné à tourner, comme les précédents, dans tout le monde arabe, comme par exemple au Festival des Musiques Sacrées de Fez ?

Le making-of :

//La légende de Néré (version FR) de Tarik Benouarka - teaser de l'enregistrement La légende de Néré (version FR) de Tarik Benouarka - teaser de l'enregistrement

www.tarikbenouarka.com - www.21-22.fr

 


 

MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David BrossierTROVADOTRES, Mundo Perdido, Homerecords

Amoureux de la guitare, réjouissez-vous ! Car voilà un disque fort réjouissant, porté par le guitariste belge Louis Henry, fou de flamenco, qui a composé et écrit les titres de cet album - chantés en espagnol bien entendus. Trovadotres, c’est au départ trois amis musiciens de Belgique qui se retrouvent pour jouer ensemble : Martin Chemin (Percussions) et Marc Renders (Basse). Mais sur cet album, ils invitent d’autres amis, et c’est au total une douzaine d’artistes qui apportent leur touche à leur musique, y compris un quatuor à cordes…

« Le titre de l’album Mundo Perdido - le monde perdu - évoque (…) un regard sur notre monde actuel. Un monde que nous essayons de faire fleurir à travers l’art, les rencontres, les échanges culturels, ou à travers la volonté de nous éveiller et de nous positionner face aux incohérences du systèmes mondial actuel.
Le concept Mundo Perdido se rapporte à une nostalgie de nos traditions, des connaissances ancestrales et des folklores qui se perdent petit à petit dans la mondialisation. C’est une réflexion sur les évolutions du monde moderne, un monde où nous sommes tiraillés entre notre nature et les artifices de la technologie, de la surconsommation et de l’individualisme qui nous perdent dans leurs extrêmes.
Mundo Perdido c’est un désir de retour aux racines, un esprit optimiste pour un monde meilleur, à redécouvrir et à partager ».
Bon, ça ce sont les sous-titres: le plus important est la musique, tonique, optimiste, joyeuse… et enracinée dans des siècles de flamenco !!! Tania Terron au chant, Sergio Haller à la flûte, pour ne citer qu’eux, apportent avec eux toute leur flamme et toute leur passion pour un genre musical qui, comme d'autres traditions musicales du monde, refuse de mourir, malgré la technologie, la musique par des machines, et le progrès…

Ecouter :

//Trovadotres Nouvel Album - Mundo Perdido Trovadotres Nouvel Album - Mundo Perdido

www.homerecords.be

 


 

MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David BrossierMAYA BELSITZMAN & MATAN EPHRAT, IC Music

Les violoncellistes femmes qui se lancent sur scène en composant et chantant leurs chansons sont un phénomène nouveau : car cet instrument fut longtemps cantonné au seul répertoire classique, et, contrairement à la contrebasse (utilisée surtout rythmiquement d’ailleurs) n’accompagnaient que rarement la scène contemporaine, jazz, chanson ou rock. Ainsi, après le récent succès de l’Américano-haïtienne Leyla McCalla, voici l’Israélienne Maya Belsitzman, ici en duo avec le batteur Matan Ephrat.

Douces balades, rythmes rock ou sons nouveaux sortis des percussions électroniques de Matan, cet album, le premier du duo, nous offre un univers très particulier, inclassable. Les 8 compositions originales s’appuient sur des textes pris chez des poètes israéliens d’aujourd’hui comme chez Martin Luther King. Maya chante ici, d’une belle voix pure, et Matan lui répond aussi…

Un univers intimiste et romantique, à l’image de cet instrument pudique et puissant qu’est le violoncelle…

Ecouter :

//maya belsitzman & matan ephrat - road songmaya belsitzman & matan ephrat - road song

https://mayabelzitzman.bandcamp.com/releases

 


 

MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David BrossierZÉ BOIADÉ, Zé qué casa, Prod. La Roda

Marseille porte décidément dans son ADN le gène « ouverture sur le monde », et la preuve en est encore donnée avec ce groupe, Zé Boiadé, qui réunit des musiciens autour du choro, musique populaire brésilienne qui est une musique populaire tout en étant d’excellente qualité musicale, et qui réunit d’ailleurs, dans les mêmes formations, aussi bien des musiciens formés dans les conservatoires que des musiciens populaires : car au Brésil on ne fait pas, comme en France, de hiérarchies et de distinctions entre musiciens passés par une école et les autres, autodidactes…

Nous avons ici : Claire Luzi à la mandoline et au chant, Cristiano Nascimento et Wim Welker à la guitare, à la viola nordestine et au cavaquinho, et Olivier Boyer aux percussions. Le groupe nous propose ses compositions, chantées en français ou en brésilien par Claire Luzi, ou bien instrumentales, où nos compères dialoguent joyeusement avec leurs cordes !

Le groupe est produit par une association, La Roda, qui soutient plusieurs formations de musique brésilienne, et vise surtout à faire connaître le choro au public dans la région. Roda veut dire « Ronde » en brésilien, et une « roda de choro » est une réunion informelle de musiciens, professionnels et amateurs mêlés, dans un lieu où le public peut participer - café, plein air, maison privée… C’est l’occasion pour certains musiciens de transmettre leur art, et pour d’autres, de l’apprendre… Ce sont donc de vraies «écoles informelles de musique » au Brésil, et comme il en fut probablement dans le monde entier, avant le XX° siècle, quand la plupart des gens ne savaient pas lire… l’alphabet et encore moins une partition!

Pourquoi la Roda est-elle publique ? C’est que précisément ça n’est ni une école, ni une répétition ! Car l’esprit est plus proche d’une « jam session » ou d’un « boeuf » : une impro entre musiciens avec et pour un public - car on peut danser bien sûr, et si l’on danse ça fait plaisir aux musiciens : c’est que leur musique est bonne ! Comme nos amis l’expliquent : « on n’assiste pas à une Roda, on y vient ! Le public fait la Roda autant que les musiciens ».

A Marseille, La Roda organise des soirées Roda de Choro à l’Equitable Café, sur le Cours Julien. On ira les écouter… et participer !

A noter pour les amoureux du choro - dont je suis : deux anthologies du choro parues chez Frémeaux, l’une (1906-1947) et l’autre (1978-1999), tous deux sous la direction de Philippe Lesage.

Ecouter :

//Zé Boiadé - Zé qué casá (C. Nascimento) Zé Boiadé - Zé qué casá (C. Nascimento)

www.laroda.fr

 


 

MUZZIKA ! Juillet-Août 2016 | Amerli, Tarik Benouarka, Trovadotres, Maya Belsitzman, Zé Boiadé, David BrossierQUINTET BUMBAC, Libre voyage dans les musiques des Balkans, Prod. Collectif Çok Malko

David Brossier est un violoniste, formé au Conservatoire de Gap, et tombé amoureux des musiques des Balkans à l’âge de 15 ans. Il décide alors de partir sur place écouter la musique qu’il aime, et jouer avec les musiciens locaux, et prend la route pour séjourner en Roumanie, au coeur de la région. Là-bas, il a le bonheur de jouer avec des violonistes comme lui, auprès de qui il apprend, par la pratique, plus que la technique : le coeur et l’âme et de ces musiques…

Pour ce « Libre voyage dans les musiques des Balkans », il a réuni un quatuor à cordes « classique » : violon (Ariane Cohen-Adad), alto (Aline Haelberg), violoncelle (Léonore Grollemund) et contrebasse (Anita Pardo). Que des femmes ! Pourquoi ? Peut-être en réaction à son séjour en Roumanie ? Car là-bas, TOUS les violonistes et musiciens sont des hommes ! Les femmes ne peuvent que chanter…

Il joue ici du violon d’amour, sur un instrument spécialement fabriqué pour lui par un luthier de Marseille, André Sakellarides (probablement d’une famille venue de la même région?). Roumanie, Bulgarie, Turquie, Moldavie, Grèce : tous les rythmes et toutes les ambiances sont présentes sur ce disque, des danses endiablées des Carpathes aux sirakis grecs et jusqu’aux langueurs des mélodies orientales d’Istanbul…

Une merveilleuse découverte… et le début d’une belle collaboration entre nos 5 musiciens - il faudrait dire musiciennes car elles sont à 4 contre 1! - à cordes ?…

Ecouter :

//Quintet Bumbac - Românesc Quintet Bumbac - Românesc

Le site du collectif Çok Malko : http://www.cokmalko.com/quintet-bumbac/

 


 

Nadia Khouri-Dagher

n.khouri@orange.fr