MUZZIKA ! Mars 2014 | L’Hijâz Car, Violons Barbares, Ana Alcaide, Milan Music, Nadia Khouri-Dagher, Grégory Dargent, Dimitar Gougov, Espagne andalouse, Bob Azzam
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Nadia Khouri-Dagher   

Ce mois-ci, L’Hijâz Car nous enchante à nouveau de leurs musiques méditerranéo-orientalo-jazzistiques; les Violons Barbares nous font voyager de la Bulgarie à la Mongolie, itinéraires que nous avons peu l’habitude de fréquenter; Ana Alcaide chante les chants séfarades d’autrefois accompagnée d’un violon suédois médiéval, Européenne enracinée dans son Histoire; et Milan Music ressuscite pour nous les grandes stars de la chanson algérienne et orientale d’autrefois.

 


 

Le coup de coeur de babelmed

MUZZIKA ! Mars 2014 | L’Hijâz Car, Violons Barbares, Ana Alcaide, Milan Music, Nadia Khouri-Dagher, Grégory Dargent, Dimitar Gougov, Espagne andalouse, Bob AzzamL’HIJÂZ CAR, Buda Musique

Nous vous avions présenté le groupe L’Hijâz Car en novembre 2008, à l’occasion de la parution du disque «Cavaliers de l’Aurès» (Accords Croisés), création de Grégory Dargent avec l’artiste algérienne Houria Aïchi au chant, album qui reçut le «Coup de coeur» de l’Académie Charles Cros (http://www.babelmed.net/muzzika/3714-muzzika-novembre-2008.html ) Nous avons notamment eu la chance de les voir en concert, au festival Babel Méd à Marseille, et avons pu juger de toute leur présence scénique et de la parfaite harmonie musicale qui règne entre eux.

Cinq musiciens issus du Conservatoire, ayant une grande maîtrise de leur instrument, et tombant amoureux des musiques d’Orient et de Méditerranée... : une belle histoire ! Nous vous présentons : Grégory Dargent au ‘oud et à la direction, Jean-Louis Marchand à la clarinette basse, Nicolas Beck au tarhu (instrument à long manche et au corps rond, qui ressemble à une petite kora mais qui est à cordes frottées, et que l’on trouve en Iran et en Asie Centrale), Vincent Posty à la contrebasse et Etienne Gruel aux percussions.

«Cousins» appartenant à la même famille musicale que Renaud Garcia-Fons, Titi Robin, Hadouk Trio, et tant d’autres artistes occidentaux qui voguent, tels des poissons dans l’eau, dans le bleu de la Méditerranée, de ses rives Nord à ses rives Sud jusqu’à l’Est et l’Ouest, L’Hijâz Car, on l’aura compris, cultivent l’excellence et l’originalité musicales, c’est-à-dire la LIBERTÉ, que seule autorise l’excellence musicale, et qui est commune à la fois aux musiques d’Orient et au jazz : liberté d’improviser, d’ornementer, d’emprunter, de restituer, bref d’aller où bon vous semble... à condition de rester dans la même direction ! Tout un art, réservé à quelques «happy few» doués... pour notre plus grand bonheur à nous, modestes auditeurs !

Ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=KxZhGBkFyf4

www.hijaz-car.com - www.budamusique.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2014 | L’Hijâz Car, Violons Barbares, Ana Alcaide, Milan Music, Nadia Khouri-Dagher, Grégory Dargent, Dimitar Gougov, Espagne andalouse, Bob AzzamVIOLONS BARBARES, Saulem ai, World Village/Harmonia Mundi

C’est en juin 2010 que les Violons Barbares avaient sorti leur premier disque, qui nous avait enthousiasmée (http://www.babelmed.net/muzzika/5687-muzzika-juin-2010.html). Les voici de retour, toujours aussi fougueux ... comme le cheval qui illustre la pochette de ce dernier disque ! Nul hasard : le cheval est le symbole de la culture mongole, culture nomade par excellence, où le cheval fut pendant des siècles, avant l’invention du moteur et l’introduction des motos et autos, le moyen de transport - c’est-à-dire l’outil de vie - des populations. Cheval dont on entendra le galop dans les musiques de ce trio mongolo-bulgaro-français, et dont sont issus les crins qui feront les cordes du violon mongol, le morin khoor...

Formé du Mongol Dandarvaanchig Enkhjargal au morin khoor et au chant diphonique, du Bulgare Dimitar Gougov au violon bulgare «gadulka», en forme de petit luth, et du Français Fabien Guyot aux percussions et au chant, ce trio fait souffler un vent frais sur nos platines... et dans les salles de concert, là où il passe !

Tour à tour musique mongole très masculine, très énergique - à la mesure de l’énergie qu’il faut à tout un peuple pour survivre, seul, sur de vastes territoires ; musique orientale plus mélancolique (car l’Empire Ottoman occupa jadis jusqu’à la Bulgarie) avec des titres comme «Les murs de Constantinople» ; influences tsiganes aussi (comme «Gipsy Wedding») car les tsiganes ont profondément influencé les musiques de cette Europe orientale ; influences afghanes et d’Asie centrale («Karawane»), ce disque ressemble à une broderie des Routes de la Soie, trouvée dans un souk de Samarkand ou d’Istanbul, qui porterait des motifs de différentes couleurs et composantes, évoquant à la fois les couleurs vives prisées à l’Est et les broderies fines de l’Orient, le tout se fondant en une étonnante harmonie. Barbares? Pas tant que ça !

www.violonsbarbares.com- www.worldvillagemusic.com

 


 

MUZZIKA ! Mars 2014 | L’Hijâz Car, Violons Barbares, Ana Alcaide, Milan Music, Nadia Khouri-Dagher, Grégory Dargent, Dimitar Gougov, Espagne andalouse, Bob AzzamANA ALCAIDE, Como la luna y el sol, ARC Music

En décembre dernier nous vous présentions l’album d’Ana Alcaide, «La cantiga del fuego», paru chez le même label, ARC Music, à Londres (http://www.babelmed.net/muzzika/13208-muzzika-decembre-2012-janvier-2013.html).

«Como la luna y el sol» fut le premier album d’Ana, mais la sortie chez ARC Music en permet la diffusion internationale, suite à l’excellent accueil fait à la sortie internationale de «La cantiga del fuego».

Ana Alcaide poursuit ici son exploration des musiques séfarades de son Espagne natale - elle vit à Tolède - accompagnée d’un violon médiéval qu’elle a découvert en Suède, et dont elle est tombée amoureuse, et que l’on appelle là-bas la nyckelharpa.

Ana Alcaide a trouvé que le son de cet instrument, qui accompagne les chants traditionnels en Suède, était parfaitement adapté au répertoire séfarade qu’elle a entrepris d’explorer. Et dans cet album, «Como la luna y el sol», elle interprète plusieurs chansons traditionnelles, qu’elle a trouvées dans les pays les plus divers : Turquie, Bulgarie, ex-Yougoslavie, Grèce, etc....

L’Espagne compte de nombreux musiciens qui continuent de faire vivre les traditions musicales de leur pays, région - ou, comme Ana ici, d’un pan de leur Histoire... Un instrument suédois pour célébrer l’Espagne andalouse d’autrefois : belle manière de construire l’Europe, autrement que par des politiques financières ou monétaires !

www.anaalcaide.com - www.arcmusic.co.uk

 


 

MUZZIKA ! Mars 2014 | L’Hijâz Car, Violons Barbares, Ana Alcaide, Milan Music, Nadia Khouri-Dagher, Grégory Dargent, Dimitar Gougov, Espagne andalouse, Bob AzzamGALA DE LA CHANSON FRANCARABE - Blond-Blond, Line Monty, Reinette L’Oranaise, Hocine Lasnami...., Milan Music

Que du bonheur, avec ce disque, même pour ceux qui, comme moi, n’ont aucun lien familial avec l’Algérie ! Mais ces chansons rétro de l’Algérie d’autrefois parlent au coeur de tout amoureux: 1) des musiques du Maghreb ; 2) de l’un de ces pays ou cultures, ou de tous à la fois; 3) des chansons aux mélodies que l’on a plaisir à chanter à son tour - et de toutes les combinaisons de ces trois éléments !

Le disque commence par une chanson qui n’est pas algérienne du tout - mais qui aurait tout à fait pu l’être ! La célèbre «Ya Mustafa», aussi connue comme «Chéri je t’aime Chéri je t’adore», et qui fut un hit dans les années 60 dans tout le Maghreb, le Moyen-Orient, mais également en France, a en effet été créée par le Libanais Bob Azzam (1925-2004), de son vrai nom Wadii Georges Azzam, également auteur des autres succès francorientaux «Fais-moi du couscous chéri» et «Viens à Juan les Pins». Car le parler «francarabe» - mélange d’arabe et de français dans la même phrase - était tout aussi répandu au Liban autrefois, qu’en Algérie, étant même devenu la «langue nationale», parlée par le plus grand nombre bien plus que le français seul ou l’arabe seul !!!

On retrouvera ici le non moins célèbre «Alger, Alger», de Lili Boniche - ici interprété par Hocine Lasnami, dans une version très «francisée», accordéon musette à l’appui, qui va bien à ce titre qui chante l’exil d’un Algérien vivant en France...

La voix sublime de Line Monty ressuscite avec le titre «L’Orientale», titre repris jusqu’à ce jour par Enrico Macias - le «E» final en moins - dans tous ses concerts : «On m’appelle l’Orientale parce que je suis sentimentale (...) J’aime la musique et le chant/Je trouve ça épatant/Que voulez-vous c’est p’têtre banal/Mais j’suis une vraie Orientale».

Blond-Blond ne manque pas à l’appel, avec le tango «Le père et la mère», hymne à des parents aimés, thème classique de la chanson arabo-maghrébine, chanté ici dans les deux langues, française et arabe. L’humour est au rendez-vous avec son titre «La bombe atomique» : «Ça c’est la bombe atomique/ C’est une chose très magnifique/Ça vient d’Amérique (...) Quel dommage on l’aurait rendu poussière lui et son armée et sa croix gammée...» (N’oublions pas que la plupart des stars de la chanson, au Maghreb avant les Indépendances, étaient issus de la communauté juive, tels Blond-Blond (Albert Rouimi), Lili Boniche (Elie Boniche) ou Line Monty (Eliane Serfati..)...

Reinette l’Oranaise, René Perez, Lili Labassi, Salim Halali, José de Souza, Mazouni, et même... le Libanais Bob Azzam (qui chante ici son «Fais-moi du couscous») sont à l’affiche de ce «Gala de la chanson francarabe» qui n’a pas pris une ride en 50 ans !

Ecouter «Ya Mustafa» par Bob Azzam : https://www.youtube.com/watch?v=zNbrEPWnYCg&feature=kp

www.milanrecords.com

 


 

Nadia Khouri-Dagher

n.khouri@wanadoo.fr

Mars 2014