MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve Shehan
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Nadia Khouri-Dagher   

Brassens chanté en chaâbi algérien : voilà une belle surprise - et une jolie réussite, par le Montpelliéren Djamel Djenidi. Rodrigo Costa Félix nous berce de fados sentimentaux comme on les aime. Eva Dénia donne une nouvelle jeunesse aux chansons traditionnelles de la région de Valence. Les Gipsy Kings nous reviennent avec leurs guitares chatoyantes, et de nouveaux rythmes latinos. Khaled Aljaramani pleure sa Syrie avec son ‘oud qui parle mieux que mille mots. Et Steve Shehan nous emmène à nouveau en voyage, avec ses «space drums» au son envoûtant...

 


 

Le coup de coeur de babelmed :

MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve ShehanDJAMEL DJENIDI, De Sète à Alger, Brassens en chaâbi, Auprès de son arbre (France)

Voilà un disque qui fera mentir tous ceux qui croient à un prétendu «choc des cultures» entre Nord et Sud de la Méditerranée ! Djamel Djenidi, Algérien installé en France, et à Montpellier plus précisément, reprend ici une douzaine de titres de Brassens, qu’il chante avec une instrumentalisation «orientalisante», et dont il chante même deux titres... traduits en chaâbi algérien ! (le chaâbi étant le langage parlé en Algérie, par opposition à l’arabe classique, que personne ne parle mais qui est la langue des livres et des journaux).

Et le croirez-vous ? On jurerait que ces chansons, «Françaises pur jus» diraient certains, ont été composées... par un artiste algérien ! Bravo à Djamel Djenidi d’avoir ainsi chanté en arabe «Une jolie fleur» (qui devient ici «Khad el warda» - Il a pris la fleur), et je suis sûre que si l’on faisait écouter cette chanson, en arabe algérien, à une assemblé de vieux Algériens qui n’auraient jamais entendu parler de Brassens, ils la prendraient pour une chanson originale chaâbi de leur pays !

Bravo aussi à Djamel d’avoir osé une magnifique introduction, éminemment orientale, accompagné par sa mandole, à sa reprise de «Je rejoindrai ma belle» (Twahacht h’bibti - Mon amour me manque). Et toute la tristesse de la sublime chanson «Les passantes», chantée en français, est sublimée par les quelques mesures d’introduction de ce titre, orientales également...

Cet album nous prouve ce que vous, lecteurs de Babelmed ou amateurs de musiques méditerranéennes, savez depuis longtemps : que les musiques autour de ce bassin antique n’ont cessé de circuler, et qu’elles sont toutes cousines, apparentées par les rythmes, les textes, et l’esprit.

Mais le plus troublant ici est encore ... la VOIX de Djamal Djenidi, extraordinairement proche de celle de Georges Brassens, qui semble s’être réincarné dans un artiste algérien aujourd’hui installé à Montpellier, c’est-à-dire à deux pas de Sète, ville natale du grand Georges... De la magie, vous dis-je...

Ecouter «Une jolie fleur» en chaâbi : http://www.youtube.com/watch?v=4JzQ-EVHGdQ

www.eldjamila.net - www.aupresdesonarbre.com

 


 

MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve ShehanRODRIGO COSTA FÉLIX, Fados de Amor, Arc Music

Rodrigo Costa Félix et Marta Pereira da Costa partagent la même passion pour le fado, et pendant que Rodrigo chante, sa femme Marta l’accompagne à la guitare portugaise - seule femme à être guitariste professionnelle de fado au Portugal.

Nous avons été totalement conquise par ce bel album, dès les premiers accords de guitare : un peu comme une personne peut vous faire immédiatement bonne impression, d’instinct, certains disques conquièrent votre coeur en quelques premières mesures - et en l’occurence ici, ces premières notes étaient des notes de guitare ... jouée par Marta !

Et bientôt le chant de Rodrigo, qui a suivi cette introduction instrumentale, nous a totalement convaincue. Voilà du fado dans la belle tradition de ce genre, sentimental et poétique, où les mots qui reviennent sont «poésie» justement (combien de fois l’entend-on aujourd’hui dans des chansons en France ou aux Etats-Unis par exemple?...), «baiser», «coeur», «lune», ou «miel»... : âmes stressées ou pressées, s’abstenir !

Certains titres, comme «Fonte» (Printemps), sont d’une magnifique tristesse (Victor Hugo disait que «la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste»), d’autres joliment dansants, comme «Como te quis e te quero» (Combien je te désirais et te désire encore). Rodrigo Costa Félix, dont le premier album, «Fados d’alma», était paru en 2008, a conquis le public portugais avec sa voix tendre et chaleureuse, et quand on met le disque chez soi, on a un peu le sentiment d’entendre chanter un ami, ce qui est sans doute ce à quoi peut rêver de mieux un artiste... Un interprète fin et délicat, pour un album tout en douceur et en tendresse, que l’on aime à écouter et à réécouter ...

Ecouter «Paixões Secretas»: http://www.youtube.com/watch?v=7Vd_h_03aO8

www.arcmusic.co.uk

 


 

MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve ShehanEVA DÉNIA TRAD QUARTET, Un altre cantar, Comboi Records (Espagne)

Eva Dénia navigue depuis des années dans les styles musicaux les plus divers : jazz d’abord, puis Brésil avec un album, «Tribut a Jobim», où elle interprétait en catalan les chansons de Antonio Carlos Jobim, Brassens auquel elle a consacré deux albums («Eva Dénia chante Brassens» en 2005 puis «Toujours Brassens» en 2008), et plus récemment, les musiques traditionnelles de sa ville, Valence, qu’elle a explorées avec son frère Carles Dénia, dans un spectacle «La nova Rimaire», où ils reprenaient des thèmes traditionnels de la musique de la région, en les réinterprétant.

C’est cette revivification du patrimoine traditionnel valencien qu’Eva poursuit avec ce nouvel album, où elle a demandé à des poètes de mettre de nouvelles paroles sur des airs anciens, et où, aussi elle nous offre de nouvelles chansons mises en musique sur des rythmes séculaires.

Le tout nous a totalement charmés, car si nous reconnaissons les rythmes joliment dansants de fandangos, de habaneras, de malaguenas ou de seguidilles, l’album évite l’écueil de certaines musiques «trad» qui semblent figées dans le passé comme de la cire morte... et nous ennuient passablement. Ici rien de tel, et la raison en est simple : c’est que ce patrimoine ancien, en Espagne, et notamment en Catalogne, très fière de sa culture et de ses traditions, reste vivant, honoré par un cercle étroit d’artistes, tels Marina Rossell dont nous vous avons déjà parlé ( http://www.babelmed.net/muzzika/299-mediterraneo/4387-muzzika-juin-2009.html ).

Nous avons adoré la douce habanera «Quina grua el meu estel», qui parle d’un marin qui soupire (d’amour sans doute, car le livret, en catalan, n’est pas traduit !), et les guitares joyeuses du «Fandango de cobla partida». Et la Méditerranée entière est présente dans cet album, car la Catalogne échangea jadis avec d’autres pays : dans le disque on entend les trémolos des guitares napolitaines ici, des polyphonies de choeurs masculins comme en Corse, ou encore des guitares qui prennent des rythmes de bouzoukis grecs ...

Ce disque est «un regard tendre porté à un patrimoine musical qui a survécu malgré de nombreuses difficultés, mais qui aspire à continuer à exister au XXI° siècle et qui doit, pour cela, s’enrichir et se rénover», expliquait Carles Dénia au magazine «Los sonidos del planet azul». C’est mission accomplie avec cet album... auquel nous souhaitons de nombreux descendants ... par Eva Dénia ou par ses pairs, en Catalogne et ailleurs !

Ecouter «Quina grua el meu estel» : http://www.youtube.com/watch?v=d0Z6dpYd090

www.comboirecords.com

 


 

MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve ShehanGIPSY KINGS, Savor flamenco, Knitting Factory Records (Etats-Unis)

Leur dernier album datait de 2007 («Pasajero», que nous avions présenté à sa sortie - http://www.babelmed.net/muzzika/2266-muzzika-f-vrier-2007.html ). Vous savez donc que nous aimons les Gipsy Kings, qui nous ont fait énormément danser à la fin des années 80, avec leur «Bamboleo» et autres rumbas catalanes.

Le groupe, constitué de gitans français du Sud du pays (les frères Reyes et Baliardos), est très apprécié aux Etats-Unis, qui abritent une forte population hispanique, sans doute particulièrement sensible à ces rythmes venus d’Espagne. Et ce dernier disque sort d’ailleurs sur un label basé à New York, preuve du succès outre-atlantique des plus célèbres des gitans français !

Les artistes s’aventurent d’ailleurs sur d’autres terres latines, en s’appropriant des rythmes cubains (dans «Samba samba» par exemple, qui n’est pas une samba brésilienne comme son nom ne l’indique pas) et autres terres latino-américaines.

Nous, nous sommes toujours aussi fans de ces rythmes endiablés et de ces guitares virtuoses, dont les notes s’élancent telles des flammes du flamenco (en français les deux mots semblent cousins !), flamenco original qu’ils honorent ici en le mêlant à des musiques venues d’ailleurs, comme leurs lointains ancêtres l’ont toujours fait... Ils seront bientôt en tournée en Europe : à guetter donc !

www.gipsykings.com - www.knittingfactoryrecords.com

 


 

MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve ShehanKHALED ALJARAMANI, Athar, Institut du Monde Arabe (France)

Khaled Aljaramani était professeur de ‘oud au Conservatoire de musique de Damas avant de s’installer en France fin 2011, emmenant avec lui femme et enfants. Et ce premier album, «Athar» (Ruines), porte en lui une lourde tristesse : est-ce celle de l’exil ? des pleurs sur un pays qui devient «ruines» depuis de trop long mois ? Par moments les cordes du ‘oud sonnent comme des larmes, qui tombent une à une, que l’on retient, et qui reviennent. Parfois l’instrument est comme une longue méditation solitaire, comme le fil d’une pensée qui va, revient, marque une pause.

L’artiste nous «parle» avec son ‘oud - et mieux qu’avec des mots - de son malaise, de son malheur, de son pays, de la guerre, de la mort, de ceux que l’on aime et qui restent là-bas lorsque soi-même on a sauvé sa peau, thèmes universels...

Et l’on sent aussi, lorsque les compositions se font plus énergiques, que s’il n’y avait pas la musique, le ‘oud, la force de la musique, et bien on s’effondrerait, et que la musique est là, salvatrice, énergie de vie, malgré tout, pour survivre - et pour aider les autres à survivre.

Un disque qui court comme un fleuve, et vous embarque avec lui...

Ecouter : http://www.youtube.com/watch?v=RUIJDpHhasY

www.imarabe.org

 


 

MUZZIKA ! Octobre 2013 | Nadia Khouri-Dagher, Brassens, Djamel Djenidi, Rodrigo Costa Félix, Eva Dénia, Gipsy Kings, Khaled Aljaramani, Steve ShehanSTEVE SHEHAN, Hang with you, Naïve (France)

Le percussioniste américain Steve Shehan est grand voyageur et amoureux tout particulièrement du Sahara, et nous vous l’avions déjà présenté ( http://www.babelmed.net/muzzika/4698-muzzika-novembre-2009.html ).

Il est entouré ici d’artistes, qui ont l’âme voyageuse comme lui, et que nous apprécions également à Babelmed : Ibrahim Maalouf à la trompette, Didier Malherbe au duduk (cette clarinette arménienne), le poète saharien Baly Othmani, son compagnon musical sur plusieurs disques, ou encore Golshifteh Farahani au «space drum» (encore appelé «hang»), cette percussion de métal que Steve Shehan affectionne particulièrement, au son aquatique et doux, percussion «zen» avons-nous envie de dire, à l’esprit asiatique ...

Et c’est bien l’esprit de cette percussion légère, dont Steve Shehan est passé maître, qui imprègne tout l’esprit de cet album (ce sont d’ailleurs plusieurs ces percussions qui illustrent la pochette de l’album, intitulé «Hang with you»), album qui, à l’écoute, s’élève comme un nuage bleu - bleu touareg bien sûr - et se meut doucement dans l’air comme poussé par le vent, ici, et là...

Nous sommes fan de l’atmosphère éminemment poétique des albums de Steve, l’atmosphère éminemment voyageuse, car au fil des morceaux Steve semble nous emmener avec lui, pour revivre certains moments vécus ici ou là, à Vienne, Kaboul, ou Djanet, comme on montrerait des photos à un ami. Photographies musicales, films plutôt car la musique est mouvement, et qui restituent, mieux qu’une image parfois, l’ambiance d’un lieu, d’un moment vécu, d’une émotion, nuage ou papillon...

http://www.steveshehan.com/

 


 

Nadia Khouri-Dagher

n.khouri@wanadoo.fr

Octobre 2013